‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 15 sur 40 · Their own party · texte numérisé non relu

Their own party

2. Rapport du 26 brumaire an III, Relation du siège de Nimègue par le général Dejean, dans l'ouvrage intitulé Relation des principaux sièges faits ou soutenus par les Français, publié par Musset-Pathay.

NIMEGUE. 33

Cette dernière phrase fait allusion à la précaution que le général Souham avait prisé, avant de pénétrer dansNimègue, d'accorder une capitulation à la ville, afin d'empêcher nos soldats de la traiter en place conquise d'assaut, et de prévenir toute tentative de pillage. Les honneurs de la guerre furent même décernés à la garnison.

En comparant les deux récits, on voit que l'auteur anglais n'insiste point sur la canonnade essuyée par les Hollandais sur le pont volant ; obligé de convenir que ses câbles ont été rompus, il n'a garde de spécifier les auteurs de l'accident. Ce sont, dit-il, les boulets lancés par les Français ou par le « propre parti » des Hollandais qui en amenèrent la rupture. Or son expression « propre parti » n'est applicable qu'aux Anglais qui, de la rive droite du Wahal, tiraient contre le pont.

Au témoignage de Dejean, nous joindroins celui du canonnier Bricard qui donne, sur la prise de Nimègue, des détails curieux et qu'on ne trouve point dans le rapport du général :

18 brumaire an 3. — A la petite pointe du jour, nos avants-postes cheminèrent vers la place et s'aperçurent que les gardes avancées des assiégés avaient évacué. Un instant après, nous vîmes, sur le Wahal, plusieurs barques chargées de soldats qui sortaient de Nimègue. Les Français avancèrent; les habitants de la ville vinrent au-devant d'eux, disant que les ennemis avaient profité de ce que Je pont était encore praticable pour évacuer. Quelle fut notre surprise eu voyant une grande quantité de soldats dans des barques sur le Wahal! Le général français fit sommer ces troupes de venir à notre rive; ils obéirent sans difficulté. C'étaient neuf cents 1 Hollandais qui avaient été trahis par les Anglais, dans l'évacuation de la place; ils convinrent que les Anglais évacueraient les premiers et que les Hollandais tiendraient dans la ville jusqu'à la pointe du jour et, par conséquent, formeraient l'ar ri ère-garde. Mais les Anglais, après avoir passé, coupèrent le pont de manière que les Hollandais furent contraints de se jeter à la hâte dans des barques, pour éviter d'être pris. Arrivés à l'autre rive, les Anglais les traitèrent de lâches et leur refusèrent le passage. Les Français s'emparèrent des batteries commandant la rivière et forcèrent les Hollandais à aborder.

Les Hollandais vomirent toutes les horreurs contre les Anglais,

1. Le général Dejean porte leur nombre à plus de quatre cents.

principalement les officiers supérieurs... Les habitants parurent très mécontents des Anglais qui, comme d'habitude, évitèrent le combat pour mettre les troupes de leurs alliés sous le feu de l'eu Demi.

Ajoutons qu'ils eurent soin, avant de quitter les rives du Wahal, de canonner la ville et d'y amonceler les ruines.

En envoyant les émigrés à Quiberon, le Cabinet anglais avait deux buts très distincts : le premier d'opérer une diversion et d'entretenir la guerre civile sur les côtes occidentales de la France ; le second, de faire écraser par les Républicains ces mêmes émigrés qui représentaient l'élite de la Marine française.

Trois divisions devaient s'embarquer, tour à tour, à Southampton.La première, composée de 3000 hommes, sous les ordres des comtes d'Hervilly et de Puisaye ; la seconde, de 1 500 hommes confiés au jeune marquis de Sombreuil ; la troisième, qui ne partit point, devait être commandée par le comte d'Artois.

La première division comprenait — on a peine à le croire — un grand nombre de soldats républicains. Le seul régiment du marquis du Dresnay en comptait 500 ; celui d'Hector, appelé aussi Royal-Marine parce qu'il renfermait 300 officiers de l'ancienne Marine française 1 , avait reçu 300 républicains.

Gomment ces hommes se trouvaient-ils mêlés aux Royalistes? L'explication en est simple : les Anglais, ménagers du sang national, s'étaient bien gardés d'augmenter de quelques régiments tirés de leur armée, le corps des émigrés, trop peu nombreux pour l'expédition. Alors ils imaginèrent de faire un choix parmi les 12 à 14000 Français détenus dans les prisons d'Angleterre, et de les contraindre à prendre les armes. Mesure dont l'application ne fut point facile, si l'on en croit le rapport que Tallien rédigea après le désastre, en qualité de représentant du peuple près le général Hoche :

1. Théodore Muret, Histoire des guêtres de VOuest (Paris, 1847-48).

« Une foule de prisonniers français gémissait dans les prisons d'Angleterre. Chaque jour on redoublait de dureté à leur égard. On leur retranchait successivement la ration de pain qui servait à leur nourriture, on calculait Je degré d'affaiblissement de leurs forces physiques; alors les émigrés se présentaient à eux et leur offraient d'améliorer leur sort, s'ils voulaient s'engager dans leurs corps : beaucoup résistèrent pendant longtemps, mais les horreurs de la famine, les maladies contagieuses, le spectacle de leurs compagnons d'infortune périssant par milliers en, déterminèrent un grand nombre à prendre parti... »

Nous ne savons si les prisonniers se firent prier autant que le dit Tallien, car la plupart devaient comprendre qu'ils s'échapperaient facilement, aussitôt arrivés en France, ce qui ne manqua point. Retenus d'abord par quelques succès de l'armée royaliste, ils désertèrent au premier échec :

«Ils ne furent pas plus tôt débarqués, continue Tallien, qu'ils se ressouvinrent qu'ils étaient Français et, dès lors, plusieurs abandonnèrent le camp ennemi et vinrent nous rendre compte de tout ce qui s'y passait, de ce que l'on projetait, des forces qu'on pouvait nous opposer. »

Les Anglais, si le simple bon sens ne leur eût point démontré les inconvénients de ce mode de recrutement, en eussent été avertis par une lettre d'Hervilly à un ministre du roi George :

«Ce n'est qu'avec un sentiment de peine infinie, écrivait-il, que, dans le dénombrement des troupes royales, on trouve un grand nombre de prisonniers républicains... Un semblable mélange ne peut être que très préjudiciable 1 . »

Cependant l'embarquement se fit, et dans un désordre qui n'était point de bon augure. D'Hervilly s'en plaignit encore, mais vainement.

«Nous nous trouvions, abord, écrit M. Lecharron 2 , cinq officiers pour 240 hommes de trois compagnies différentes, à la portion d'une desquelles il n'y avait pas même de sergent.

Les commissaires nous embarquèrent comme des tonneaux, tant

1. Le chevalier Berthier de Grandry, Récit sommaire de la déplorable affaire de Quiberon, publié dans la Revue de Bretagne et de Vendée, t. JX,

année 1861.

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