‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 16 sur 40 · Le baron Lecharron, Expédition de Quiberon (Pans · texte numérisé non relu

Le baron Lecharron, Expédition de Quiberon (Pans

pour tel vaisseau, lant pour tel autre, abstraction faite de toutes considérations de discipline et de subordination, chose très essentielle, surtout pour notre régiment composé en grande partie de prisonniers républicains et de plus de matelots que de soldats. »

Ces troupes disparates étaient placées sous le double commandement d'Hervillyet de Puisaye. Distribuer ainsi les pouvoirs, c'était jeter d'avance des germes de discorde dans le commandement. Si l'Angleterre avait eu sérieusement pour but le rétablissement de la royauté, elle n'aurait point manqué de mettre à la tête de l'armée l'un des princes français, dont la seule présence eût électrisé les troupes, apaisé les querelles particulières et provoqué un soulèvement général en Bretagne et en Vendée.

Mais elle voulait des généraux sans audace, subordonnés à ses volontés, capables de prolonger la guerre, et surtout de la faire tourner à son profit. Tout porte à croire qu'elle choisit Puisaye, parce qu'il répondait à ce programme. Les royalistes eux-mêmes ont reconnu qu'il fut « l'homme de l'Angleterre ». Un des correspondants du conspirateur Lemaitre écrivait d'Huningue, le 22 août 1795 :

« J'ai la certitude qu'au moment du départ, il y a eu une scène entre M. le duc d'Harcourt et Puisaye ; tout sou ouvrage, soyez-en sûr, est bien combiné avec l'Angleterre, et il faut espérer que l'aventure de Quiberon aura fait ouvrir les yeux ; mais le but est rempli, la noblesse est détruite, et le corps de la Marine est anéanti Voilà qui (pour les Anglais) vaut mieux qu'une victoire. »

D'autre part, l'abbé Brottier, qui était à la tête du comité royaliste, écrivait au comte d'Artois :

« De tous les côtés il nous revient que ce n'est pas pour le Roi, votre neveu, que travaillent les Anglais, mais pour le duc d'York, qui a promis de prendre Puisaye pour son premier ministre. Ce fait est avéré. Il y a même, à Paris, de vieux débris de la Constituante et quelques membres de la Convention qui, à défaut du- jeune d'Orléans, s'empareraient de ce prince comme d'un en cas à opposer à l'auguste famille de nos rois. »

Les six volumes de Mémoires 1 où Puisaye s'efforce de

1. Mémoires qui pourront servir à l'histoire du parti royaliste, français, durant la dernière guerre. Londres et Paris, Pillet aîné, 1803-1806, 6 vol. in-8°.

Remontrer que les intrigues royalistes ont été la cause du désastre ne justifient point son éloignement de Charette, à son arrivée en Bretagne, ni les honteuses lettres qu'il écrivit à Pitt S ni son imprudence au fort Penthièvre, dont il laissa la garde à des soldats républicains qu'on y avait fait prisonniers, ni sa fuite à bord des vaisseaux anglais, au moment de la déroute de ses troupes. En se faisant, plus tard, naturaliser Anglais, il a prouvé, d'ailleurs, que des "liens secrets l'unissaient à la Grande-Bretagne.

Quant à d'Hervilly, esprit froid et méthodique, brave, mais manquant de hardiesse, si ses hésitations devinrent fatales à l'armée des émigrés, sa mémoire est, du moins, restée celle d'un homme qui sut mourir à son poste.

Avant de mettre à la voile, la flotte avait reçu des approvisionnements considérables.

On y trouvait une marchandise d'espèce particulière; nous voulons parler de ces faux assignats dont l'Angleterre inonda la France pendant la Révolution. Puisaye reconnaît, dans ses Mémoires, en avoir reçu pour 300000 livres, en Bretagne. Mais c'est par millions qu'ils furent embarqués pour ce pays 2 .

Sheridan disait, dans la séance du Parlement anglais, le 11 mars 1794 : « Il existe, en Angleterre, un moulin employé pour une manufacture de papiers qui servent à la fabrication de faux assignats français. »

Hoche signale, dans une lettre écrite à la Convention, après sa victoire de Quiberon, une cargaison de faux assignats trouvés dans le butin immense abandonné par les Anglais. Ce n'était là qu'une partie de ce que les vaisseaux avaient apporté. Le reste fut, en effet, ramené en Angleterre où Lewis Goldsmith 8 le vit sur le port de Falmouth. Les soldats s'en servaient pour en faire des cartouches.

1. « Je préférerais maintenant deux mille Anglais à six mille Français. » — « Je ne dissimule pas qu'un envoi de forces anglaises, fait à temps, ne produise politiquement et militairement un effet incomparablement meilleur que celui des troupes françaises. » (Lettres à Pitt et au ministre de la guerre Windham.)

2. « Les Chouans nous ont remis un paquet qui leur était arrivé d'Angleterre et qui contenait un million en faux assignats qui étaient très bien imités » (Moniteur du 12 mai 1795, discours de Ruelle).

3. Crimes des cabinets, ou tableau des plans et des actes d'hostilité formés par les diverses puissances de l'Europe pour anéantir la liberté en France et démembrer son teiritoire. Traduit de l'anglais de L. Goldsniith (Hambourg, 1801).

Cette affaire souleva même un procès devant la Cour du Banc du Roi, le 18 novembre 1795. Lord Kenyon, président de la séance, acquitta un fabricant de faux assignats, par la raison qu'il les avait faits, en vertu d'ordres supérieurs, pour l'armée du duc d'York et l'expédition dirigée contre la France : « Sans doute, prononça le juge, les nations ont des lois à observer entre elles, même dans l'état de guerre, comme de ne point faire usage d'armes empoisonnées, mais la fabrication de faux assignats n'a rien de contraire, au droit des gens *. »

Nous voilà donc avertis : la ruine du commerce d'un pays ennemi et celle des familles qui le composent est de bonne guerre... au point de vue anglais.

En sortant du port de Southampton, les émigrés étaient dans l'ignorance la plus complète de leur destination. Quand ils apprirent qu'on se dirigeait sur la Bretagne, leur mécontentement fut grand : « Le gouvernement anglais, écrit le chevalier de Kervenoaël à son frère, nous ayant fait prendre les armes, a eu la barbarie, après nous avoir dit que nous allions à Jersey, de nous jeter sur les côtes de ma province, où je ne comptais rentrer qu'à la paix 2 . » Si lé chevalier avait connaissance des bruits qui, de l'aveu même de Puisaye 3 , couraient sur le compte de ce général, à savoir qu'il méditait, avec Pitt, la destruction du port de Brest, on comprend que l'idée de descendre aussi près de cette ville l'ait médiocrement flatté 4 .

Le 27 juin, les alliés débarquent aux environs de Carnac. Là, d'Hervilly perd huit jours à organiser des cantonnements, au lieu de faire une pointe hardie dans les terres. Témoin de son inaction, Hoche s'avance à sa rencontre. Les royalistes se dirigent alors sur la presqu'île de Quiberon, où ils s'emparent du fort Penthièvre, dont la garnison ne s'est point défendue.

Pendant ce temps, Hoche s'établit sur la côle de Sainte-

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