‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 19 sur 40 · Coblenz et Quiberon · texte numérisé non relu

Coblenz et Quiberon

3. Guillemot, Lettre à mes neveux sur la ChouanneHe (Nantes, 1859).

4. Les émigrés limousins à Quiberon (Limoges, 1886). 5.' Le chevalier de Grandry.

6. Cet officier de marine, aussi courageux que bon nageur, se jeta à la mer pour faire cesser le feu d'une des corvettes anglaises, puis, sa mission remplie, il revint à terre se constituer prisonnier, croyant qu'une capitulation avait été consentie. Il fut exécuté, comme la plupart de ses camarades.

7. Rouget de Lisle. Historique et souve?iirs de Quiberon, publiés dans les Mémoires de tous. Rouget de Lisle avait été chargé d'une mission parlementaire au Fort-Neuf. Son témoignage, émanant d'un officier républicain, est donc probant.

môme il aurait été décidé de ne pas tenter le débarquement de la totalité des forces sous votre escorte 1 ».

Cette phrase est accablante pour le cabinet de Saint-James. On ne peut, avec plus de sang-froid, envoyer des hommes à la boucherie.

Il nous reste à parler d'un événement qui a été apprécié de diverses manières et sur lequel l'équité nous oblige à faire nos réserves, malgré les rapports de Hoche et de Tallien, très précis sur ce sujet: nous savons qu'au moment où les troupes de Sombreuil se réfugiaient au Fort-Neuf, deux navires anglais, Le Lark et La Pomone, étaient venus s'embosser dans la baie située sous ce fort, et canonner le rivage :

« Là, sur un rocher, dit le rapport de Hoche, en présence de l'escadre anglaise qui tirait sur eux et sur nous, furent pris l'étatmajor, à la lête duquel était Sombreuil, les chefs de corps, officiers d'artillerie et du génie.

*< Les vaincus jettent des cris de désespoir. Ils demandent de se rendre. Le général leur envoie l'ordre de mettre bas les armes et de faire cesser le feu des Anglais : « Eh! s écrient-ils, ne voyez-vous pas qu'ils tirent sur nous comme sur vous 2 ! »

D'après MM. Lacharron et de laRoche-Barnaud, ces assertions auraient été confirmées par Vauban, dont les Mémoires sont cependant favorables aux Anglais, comme la plupart des documents de source royaliste.

Quant aux relations républicaines de l'affaire de Quiberon, elles sont rares; les Souvenirs de Rouget de Flsle sont, croyons-nous, les seuls de son parti dont nous puissions invoquer le témoignage. Nous savons que l'auteur de la Marseillaise avait été chargé par Hoche d'inviter les émigrés, réfugiés au Fort-Neuf, à faire cesser le tir des deux corvettes anglaises, pendant ses négociations avec Sombreuil. Or, le colloque suivant se serait établi entre Rouget de l'Isle et les royalistes :

1. A, Duchâtellier. Histoire de la Révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne (Paris, 1836).

2. Cette phrase est en italique dans le texte du Moniteur du 2 août 1795.

« Messieurs, décidez-vous (à mettre bas les armes); nul délai n'est admissible : surtout, a dit le général, qu'ils aient à faire cesser le feu de la flotte anglaise; si je perds un homme, ils sont tous morls. » Ce fut en ce moment qu'une voix s'écria : « Eh ! Monsieur, vous voyez bien qu'ils tirent sur nous comme sur vous! » Allégation fausse, continue Rouget de Lisle, que, de la part des émigrés, pouvaient expliquer les accidents d'une mer très houleuse et la chute fortuite, dans le Fort-Neuf, de quelques-uns des boulets dirigés de la flotte anglaise contre nos colonnes qui débouchaient par la crête de la plage... »

La même explication, très plausible, est donnée par le chevalier de Grandry :

« S'il est vrai que quelques-uns de leurs boulets soient tombés dans nos rangs, c'est que les colonnes républicaines s'en trouvaient fortement rapprochées, et que, la justesse du tir étant fort incertaine, sur une mer très grosse et très houleuse, il était presque impossible que plusieurs de ces projectiles ne vinssent pas s'égarer parmi nous ».

Il ajoute « qu'on a bien assez de reproches à faire aux Anglais sans les charger encore de celte odieuse calomnie ». M. Lacharron et le général Tercier 1 tiennent exactement le même langage.

On ne peut que s'incliner devant leurs attestations. Toutefois, si Ton rapproche la canonnade de Quiberon de celle de Nimègue et de celle de la seconde bataille d'Aboukir dont nous parlerons plus loin, on s'aperçoit qu'elles ont eu lieu dans des circonstances analogues. Les Anglais ne varient guère leurs procédés à l'égard de leurs alliés.

Quoi qu'il en soit, l'ancien corps des'officiers de la Marine française était détruit; l'Angleterre venait ainsi de porter, à la seule puissance en état de lui opposer quelque résistance sur mer, un coup dont elle ne devait pointse relever de longtemps: « Plus de six cents épées portant sur la garde une ancre, une mappemonde et trois fleurs de lys 2 », attributs de la Marine, furent, dit Tallien, trouvées sur le champ de bataille de Quiberon, et, quelques jours plus tard, les survivants du

Page 1