‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 20 sur 40 · Mémoires politiques et militaires (Paris · texte numérisé non relu

Mémoires politiques et militaires (Paris

2, Rapport de Tallien, Moniteur du 2 août.

régiment d'Hector, faits prisonniers par les Républicains, furent passés par les armes.

Le nombre des victimes dont les noms sont inscrits sur le monument de la Chartreuse d'Auray, s'élève à 947 ; celui des paysans et des soldats à 900. II faut ajouter, à ces chiffres, 400 décès dans les prisons de Vannes et d'Auray.

Peu suspect de tendresse pour les émigrés, Hoche ne peut, cependant, s'empêcher de les plaindre, à la fin de son rapport :

« Le voilà donc, s'écrie-t-îl, M. Pitt, le résultat de trois années de travaux! Quels sentiments pensez-vous inspirer à ceux que vos nombreux armements ne pourront sauver de la vengeance nationale ! Us vous abhorrent: vous les avez indignement sacrifiés. Envoyeznous d'autres victimes ; elles apprendront à connaître votre politique, lorsqu'elles seront sur notre sol ! i »

C'était l'opinion de Sheridan, que les explications données par Pitt à la Chambre des Communes n'avaient point satisfait :

« Du moins, venait de dire Pitt, c'est une consolation pour nous, il n'a pas coulé une goutte de sang anglais sur le rivage de Quiberon. — Il est vrai que le sang anglais n'a pas été versé, lui répond Sheridan, mais l'honneur anglais y a coulé par tous les pores! »

En avril 1794, les Anglais s'étaient rendus maîtres de l'ile de la Guadeloupe. Victor Hughes, commissaire de la Convention, et le général Aubert, à la tête de 1150 hommes, sont envoyés contre eux et s'emparent de Pointe-à-Pitre.

Ils les contraignent, le 5 juillet, à évacuer la partie de l'ile appelée la Grande-Terre, et à repasser la Rivière Salée, qu'ils traversent à leur suite. Battus de nouveau en plusieurs rencontres, les Anglais sont acculés dans le camp de Berville.

Là M. de Richebois, l'un des officiers qui commandent les émigrés et les colons alliés des Anglais, propose au général Grahâm d'essayer de faire une trouée à travers les rangs des vainqueurs. Le général refuse, alléguant qu'il ne peut abandonner son artillerie et ses blessés.

Le 6, Victor Hughes lui donne quatre heures pour capituler. Graham fait part de la sommation à MM. de Richebois et de Marraud, en les assurant que, s'il y a une capitulation, les étrangers combattant sous les drapeaux de l'Angleterre, seront considérés comme « devenus sujets de Sa Majesté Britannique ».

Or, l'armée anglaise se composait alors de 2 600 hommes. Ses adversaires comptaient 1 900 soldats, plus quelques esclaves mal armés et nullement exercés. Graham aurait donc pu, sans aucune témérité, tenter un dernier effort. Il n'en eut garde.

Il dépêche un parlementaire à Victor Hughes qui pose des conditions acceptables à l'égard des Anglais, mais exige qu'on lui livre les émigrés. Graham, malgré ses promesses à M. de Richebois, souscrit à ces propositions et signe la capitulation. Les émigrés et les colons 1 , au nombre de 500, sont, en conséquence, remis entre les mains de Victor Hughes 2 et envoyés par lui, les uns à Pointe-à-Pitre, pour être guillotinés, d'autres devant une commission militaire; d'autres, enfin, sont fusillés sur-le-champ.

Le général Graham et plusieurs officiers Anglais assistèrent à l'exécution, où Victor Hughes ne parut point 3 . Il n'en flétrit pas moins leur conduite dans un ordre adressé au capitaine du navire français qui devait les emmener. Son indignation est d'autant plus à remarquer que ce commissaire de la Convention n'était point homme à se scandaliser aisément, ni enclin à plaindre les royalistes :

Liberté. Égalité.

Basse-Terre (Guadeloupe), le 6 frimaire Tan 4 e de la République française une et indivisible.

Le commissaire délégué par la Convention nationale aux lies au Vent,

Enjoint au citoyen Morel, lieutenant de vaisseau commandant la frégate L'Andromaque, de recevoir à son bord les trente-deux officiers

1. Le parlementaire avait voulu plaider leur cause. Victor Hughes l'interrompit brusquement : « Va dire à ton chef, s'écria-t-il, que demain je serai au camp et que je le ferai guillotiner... et toi aussi! » Menace qui ne dut pas être sans influence sur la décision du général anglais.

fc. Chiffre donné ci-dessous, par Victor Hughes. D'après M. A. Lacour (Histoire de la Guadeloupe, Basse-Terre, 1857), au livre duquel nous empruntons ces détails, les émigrés et les colons auraient été plus de 800.

3. Selon M. A. Lacour, il était malade et forcé de garder la chambre.

ci-dénommés; ces prisonniers, compris dans la capitulation cijointe, ne méritent aucun égard et doivent être traités avec sévérité et dans toute la rigueur des lois de la guerre.

Le général Graham, dont la conduite mérite l'animadversion du genre humain, est un de ces hommes qui, comme Pitt, n'a eu d'autre but que de faire égorger les Français les uns par les autres, ce qu'il a exécuté dans ladite capitulation où il a fait entourer cinq cents Français que ses infâmes principes avaient séduits. Après nous avoir assurés que tous étoient angiois, il nous les livra parce qu'il savoit que nos lois les condamnoient et, craignant que quelques-uns d'entre eux n'échappassent à la recherche de l'armée, il les désigna par les boutons sans numéros qu'il n'avoit pas permis aux rebelles de porter, quoiqu'il les eût enrégimentés et donné l'uniforme de la plus perfide des nations.

Ces mêmes officiers poussèrent l'immoralité jusqu'à aller voir exécuter et applaudir au supplice des chefs qu'ils avoient séduits et dont il y avoit peu de jours qu'ils avoient reçu tous les secours d'hospitalité.

En conséquence, le citoyen Morel leur fera distribuer une simple ration de soldat et les surveillera très-exactement...

Victor Hughes.

Ainsi, comme à Quiberon, les Anglais étaient parvenus à faire tomber leurs alliés sous les balles républicaines, après les avoir, comme en Bretagne et en Vendée, poussés à l'insurrection : ce dernier fait est attesté par le passage suivant d'une lettre de Victor Hughes au Comité de Salut publie :

Basse-Terre (Guadeloupe), le 6 frimaire an IV.

.... VAndromaque porte vingt marins de la frégate La Thétis, qui se sont mis en rébellion au moment où nous sommes presque assurés d'être attaqués par les Anglais. Cette insurrection, qui a pensé être funeste à la colonie, a des ressorts cachés que nous n'avons pu encore découvrh\On a cherché aussi à mettre les noirs en mouvement par des insinuations perfides, des faux rapports auxquels malheureusement ils ne se laissent que trop aller... *

En réduisant à la portion congrue les prisonniers anglais embarqués à bord de VAndromaque, Victor Hughes ne leur faisait payer cher ni leur lâcheté, ni la perfidie avec laquelle ils avaient livré à la vengeance républicaine leurs alliés.

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