‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 26 sur 40 · ORDRE DU JOUR DU 30 GERMINAL · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR DU 30 GERMINAL

Au quartier général devant Acre le 30 germinal an V/I(I9 avril 1799). Le générai en chef, au chef de Pétat-major général :

Le commandant de la croisière anglaise devant Acre ayant eu la barbarie de faire embarquer, sur un bâtiment qui avait la peste, les prisonniers français faits sur les deux tartanes chargées de munitions qu'il a prises près de Caïffa;

Dans la sortie qui a eu lieu le 18, des Anglais ayant été remarqués à la tête des barbares, et le pavillon anglais ayant été au même instant arboré sur plusieurs tours de la place; — la conduite féroce qu'ont tenue les assiégés en coupant la tête à deu\ volontaires qui avaient été tués, doit être attribuée au commandant anglais, conduite si [opposée aux honneurs que l'on a rendus aux officiers et soldats anglais trouvés sur le champ de bataille et aux soins que l'on a eus des blessés et des prisonniers; .

Les Anglais étant ceux qui approvisionnent et défendent Acre, la conduite horrible de Djezzar, qui a fait étrangler et jeter à la mer, les mains liées, plus de deux cents chrétiens, naturels du pays, parmi lesquels se trouvait le secrétaire d'un consul français, doit

également être attribuée à cet officier^ puisque, par les circonstances, le pacha se trouve entièrementsôus sa dépendance ;

Cet officier, refusant d'ailleurs d'exécuter aucuns des articles du cartel d'échange établi entre les deux puissances, et ses propos dans toutes les communications qui ont eu lieu, ses démarches depuis le temps qu'il est en croisière dénotant la conduite d'un fou, mon intention est que vous donniez les ordres aux différents commandants de la côte pour qu'on cesse toute communication avec la flotte anglaise, actuellement en croisière dans ces mers.

Bonaparte.

Le général de division, chef de l'état-major général de l'armée, Alex. Berthier.

Fidèle à ses penchants pour l'embauchage, le commodore ne voulut point laisser les Français quitter Saint-Jean-d'Acre sans les avoir engagés à abandonner leurs drapeaux. L rédigea donc, à cet effet, une proclamation qu'il fit signer au Grand Vizir 1 le 10 mai 1799, et qu'il contresigna.

Il y était question de la perfidie du Directoire, de son but secret de se défaire des soldats de l'armée d'Egypte, de les « exiler de France », de les « précipiter dans un abîme de dangers ». Le ministre de la Sublime Porte, ou plutôt le commodore anglais continuait ainsi :

« Ceux d'entre vous, de quelque grade qu'ils soient, qui voudront se soustraire au péril qui les menace, doivent, sans le moindre délai, manifester leurs intentions aux commandants des forces de terre et de mer des puissances alliées. Qu'ils soient sûrs et certains qu'on les conduira dans les lieux où ils désirent aller et qu'on leur fournira des passeports... »

Venait ensuite l'apostille du commodore :

« Je soussigné, ministre plénipotentiaire du roi d'Angleterre près

la Porte Ottomane, et actuellement commandant la flotte combinée

devant Acre, certifie l'authenticité de cette proclamation, et garantis

son exécution.

A bord du Tigre, ce 10 mai 1799.

Signé : Sidney Smith 2 . »

1. « Les Anglais dirigent tout, et le Grand Vizir n'est véritablement qu'un homme de paille. » (Lettre de Kléber au Directoire, 3 décembre 1799.)

2. Mémoires pour servir à V histoire des expéditions en Egypte et en Syrie, par Jacques Miot, commissaire des guerres à l'armée d'Egypte (Paris, 1S04).

Bonaparte quitta l'Egypte peu après l'expédition de Syrie, laissant le commandement de l'armée à Kléber, dont le premier soin fut d'ouvrir des négociations avec le Grand Vizir Yussuf. Celui-ci accueillit ses ouvertures, mais n'en continua pas moins sa marche en avant, avec les fanatiques qui étaient venus, en nombre immense, se grouper autour de lui. Le 15 décembre, il est à Gazah, et son avantgarde pousse jusqu'au fort d'El-Arisch; ce fort, occupé par les Français, était considéré comme une des clefs de l'Egypte.

Sidney Smith, apprenant que des pourparlers se sont engagés, rentre naturellement en scène. Déjà, à propos d'une lettre de Bonaparte au Grand Vizir, en date du 17 août, il avait écrit à Kléber, le 26 octobre :

« ...La Grande-Bretagne n'est pas auxiliaire, mais bien puissance principale dans la question (de l'évacuation)... depuis que les Cours alliées ont stipulé entre elles de faire cause commune dans celte guerre. »

Il cite les clauses du traité d'alliance du 5 jaiïvier précédent, alliance défensive à laquelle la Russie a déjà accédé pour garantir l'intégrité du territoire ottoman :

« D'après cet arrangement, Monsieur le général, continue-t-il, vous pouvez croire que le gouvernement ottoman, célèbre de tout temps par sa bonne foi, ne manquera pas d'agir de concert avec la puissance que j'ai l'honneur de représenter. »

Il ajoute qu'il a reçu le texte d'une proclamation du Reys Eftendi, offrant l'évacuation aux Français; que, si l'on profite de cette offre généreuse, on ne peut le faire sans l'autorisation des Anglais :

« L'humanité seule dicte cette offre renouvelée aujourd'hui. La politique actuelle de l'Europe semblerait peut-être exiger sa rétractation; mais la politique des Anglais est de tenir leur parole, quand même cette ténacité pourrait nuire à leurs intérêts du jour. »

Il termine en faisant observer que la paix générale ne peut avoir lieu avant l'évacuation et signe :

<< Sidney Smith, ministre plénipotentiaire de S. M. Britannique près

la Porte Ottomane, commandant son escadre dans les mers du Levant 1 ».

La netteté avec laquelle Sidney Smith prend le titre de ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, montre qu'il était réellement accrédité par le Cabinet anglais. Il l'avait déjà pris pendant le siège de Saint-Jean-d'Acre 2 . Sa signature n'en sera pas moins absente au bas du traité d'El-Arisch, et cependant, de son propre aveu, « la Grande-Bretagne n'était pas auxiliaire, mais bien puissance principale dans la question ».

L'évacuation ne pouvant, matériellement, se faire sans le concours des Anglais, Kléber envoie auprès de Smith, le général Desaix et l'administrateur Poussielgue, avec mission de proposer un armistice. Le commodore, plein d'empressement, offre de conduire les plénipotentiaires français à Jaffa, sur son vaisseau Le Tigre, et de se rendre lui-même auprès de Yussuf, auquel la question doit être, avant tout, soumise.

C'est alors que se produisit l'un des événements les plus douloureux de la campagne. Le 8 décembre 1799, le colonel anglais Douglas, à la tête de lavant-garde du Grand Vizir, écrivit la lettre suivante au commandant du génie Cazals, chargé de la défense de la place d'El-Arisch :

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer que je suis destiné à diriger les opérations de l'armée ottomane contre votre garnison ; la force est si considérable que je suis convaincu que vous trouverez juste, pour l'amour de l'humanité et pour sauver l'effusion du sang, que je vous requière d'accepter les conditions offertes, qui certainement ne peuvent être contraires à votre honneur, et je n'ai pas besoin de vous dire combien il me sera difficile de préserver la vie des braves soldats que vous commandez, en cas que vous refusiez et que nous soyons obligés de vous attaquer.

J'ai l'honneur d'être, etc.

John Douglas.

Or Cazals avait reçu, de Kléber, l'ordre de défendre la place « jusqu'à la dernière demi-once de pain ». Il répondit :

1. Observations et pièces relatives à la convention d'El-Arisch. Paris, an IX. Les documents ci-dessous, relatifs à cette convention, sont, à moins d'indication contraire, tirés du même ouvrage.

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