Ministre des Affaires étrangères en Turquie
les Anglais dans l'exécution du traité d'El-Arisch, blâmait leur manière d'agir.
Le jour même de la bataille d'Héliopolis, la population du Caire se souleva, pendant que Kléber poursuivait les Turcs ; elle comptait sur l'appui du Grand Vizir, dont les lieutenants avaient réussi à pénétrer dans la ville avec une quantité de troupes considérable, et à persuader au peuple que les Turcs étaient vainqueurs.
La garnison française, forte de 2 000 hommes, eut à tenir tête à 20000 insurgés. Elle avait heureusement pu occuper la citadelle et les forts. Pendant cinq jours, les rebelles se livrèrent au pillage et au massacre des chrétiens. Kléber revint au bout de ce temps, essaya d'abord de parlementer avec les généraux ottomans, puis, voyant l'inutilité de sa modération, recourut à la force. Le 15 avril, Boulaq, enlevé après un sanglant combat, est livré aux flammes. Le Caire est ensuite bombardé, du haut de la citadelle, par le général Verdier. Cependant la résistance dure encore une semaine, pendant laquelle 12 000 révoltés périssent et 600 maisons sont dévorées par l'incendie. Enfin, une trêve est conclue et Kléber, jugeant les habitants suffisamment punis, se contente de leur imposer de fortes contributions.
Cette seconde insurrection du Caire n'avait pas eu un meilleur résultat que la première, et Ton a tout lieu de croire que, comme la première, elle avait été préparée de longue main et encouragée par les Anglais.
En effet, il est assez singulier de voir Sidney Smith la prédire dès le 30 janvier 1800, quand il écrit à Kléber :
« La crainte d'une insurrection au Caire a été la cause du vif désir que l'on a témoigné de voir en éloigner l'armée française avant les jours des fêtes tumultueuses... Je ne prétends pas répondre du bon ordre parmi des gens que je ne puis plus influer (sic) sans l'entremise d'un drogman, mais je prends l'engagement le plus formel de faire mon possible pour que tout se passe loyalement. »
En outre, cette révolte fut si énergique et si terrible qu'on ne peut y voir l'effort spontané d'une population généralement indolente : les 50000 hommes qui, au premier signal, accoururent tout armés, leur habileté à fabriquer des canons
et des mortiers, les distributions d'argent qui se firent, tout cela prouve que les Anglais avaient dû organiser le soulèvement'.
En laissant massacrer les chrétiens de Saint-Jean d'Acre et les défenseurs du fort d'EI-Arisch, quitte à se retrancher ensuite devant l'impossibilité de maîtriser les Turcs, l'Angleterre n'a rien fait pour les sauver de l'infamie.
En aidant les Turcs à conclure le traité d'EI-Arisch, puis en les obligeant à violer leurs engagements, l'Angleterre les a poussés au déshonneur. Nous la verrons suivre les mêmes errements à l'égard des Espagnols, quand la présence de ses vaisseaux sanctionnera la violation de la capitulation de Baylen, et assurera l'exécution de mesures destinées à faire périr les trots quarts des Français prisonniers à Cadix et à Cabrera.
I . Victoires, conquêtes, revers et 1833.) L'expédition d'Egypte qui y a pris part.