LES ANGLAIS ET LES ITALIENS
Des documents nouveaux 1 ont mis récemment en lumière l'histoire de la Cour de Naples de 1792 à 1800, et surtout le drame de 1799, dont la reine Marie-Caroline, le roi Ferdinand IV, lady Hamilton et l'amiral Nelson furent les principaux personnages.
Chargé, en 1798, par l'amiral commandant les forces anglaises dans la Méditerranée, de se mettre à la poursuite des vaisseaux qui transportaient Bonaparte et son armée vers une destination alors inconnue, Nelson se dirige sur Alexandrie, puis, n'ayant point rencontré la flotte française, manquant de vivres et ayant éprouvé de graves avaries, il remonte vers la Sicile.
D'après son traité de 1796, il était interdit au roi Ferdinand de laisser les Anglais pénétrer dans ses ports. Mais l'influence de la trop fameuse lady Hamilton, femme de l'ambassadeur d'Angleterre auprès du roi des Deux-Siciies, était plus puissante que les conventions diplomatiques : elle s'adressa à la reine qui, en réalité, gouvernait le royaume, et, aussitôt, Nelson obtint du gouverneur de Syracuse l'autorisation de se ravitailler et de radouber ses vaisseaux.
Il put alors repartir pour l'Egypte avec la certitude, cette fois, d'y rencontrer les Français. Il convient lui-même que, sans le secours de la Sicile, il lui eût été impossible de livrer la bataille d'Aboukir ; on lit. en effet, dans son testament :
«La flotte anglaise, commandée par moi, n'aurait jamais pu, la seconde fois, retourner eu Egypte, si l'influence de lady Hamilton sur la reine de Naples n'avait obtenu qu'on écrivît des lettres' au gouverneur de Syracuse pour qu'il se mît en devoir de ravitailler la flotte de toutes choses. Arrivés à Syracuse, nous reçûmes toutes les
1. A. Gagnière, La reine Marie-Caroline de Naples (Paris, 1889).
provisions. De là je me rendis en Egypte, où je détruisis la flotte française. »
La haine de Marie-Caroline contre les Français quelle traite, dans sa correspondance, de « coquins » et- de « canailles », quand elle ne les appelle pas « monstres », trouva, dans cette victoire, une occasion de se repaître. Nelson, de retour à Naples, fut accueilli avec un enthousiasme qui se traduisit par des fêtes, ou plutôt par des orgies dignes de lady Hamilton, de cette courtisane éhontée dont il avait fait sa maîtresse et à laquelle il allait sacrifier sa gloire.
La Cour des Deux-Siciles jette alors le masque et se déclare ouvertement l'alliée de l'Angleterre ; elle fournit à la coalition 30000 hommes qui, sous la conduite de Mack, poussent jusqu'à Rome. Mais, le y décembre, Mack est battu par Championnet et se replie sur Naples, que Ferdinand juge prudent de quitter au plus vite, quoiqu'il ait juré de défendre sa capitale. Il gagne la Sicile sur un des vaisseaux de Nelson, le Vanguard, où il a eu soin de faire entasser, avant son départ, non seulement les joyaux de la couronne et les objets d'art des palais et des musées, mais encore les deniers publics, dont la ville avait plus que jamais besoin pour organiser la résistance à l'ennemi.
L'amiral anglais écrit à lord Saint-Vincent, son chef hiérarchique dans la Méditerranée :
« Lady Hamilton, du 14 au 21 décembre, reçut toutes les nuits les richesses de la famille royale, etc. etc., ainsi que les bagages des nombreuses personnes à embarquer. Quant au numéraire, je suis dépositaire de bien deux millions cinq centaure livres sterling
Les joyaux de la couronne représentaient, en outre, une valeur de plus de 85 millions.
On met à la voile le 23 décembre 1798. Ferdinand est à bord du Vanguard; il n'a point consenti à prendre place sur le Sannita, navire italien commandé par l'amiral Cara<».ciolo qui l'en a vainement supplié. Une tempête s'élève pendant la traversée, dont le Vanguard a beaucoup à souffrir; le San* nita tient beaucoup mieux la mer ; aussi le roi en fait-il la réflexion à l'amiral anglais : « Je donnerais tout, ajoute-t-il,
pour être sur ce bâtiment. Les navires anglais obéissent au vent, mais celui de Caracciolo s'en fait obéir. »
Nelson ne pardonna point à Caracciolo l'observation dont il était la cause involontaire.
Le départ de Ferdinand fut le signal d'une révolution à Naples, où l'entrée de Championnet rétablit Tordre ; la République parthénopéenne fut aussitôt fondée. Mais, bientôt Championnet est rappelé et les troubles recommencent. Les malheureux États deviennent le théâtre des plus effroyables excès.
Le priilce Pignatelli, nommé vice-roi de Naples par Ferdinand, rejoint prudemment son souverain à Palerme. Son arrivée, non moins que ses récits, prouve la gravité de la situation. Nelson, inquiet, fait trêve, un instant, à l'existence joyeuse qu'il mène depuis son retour, pour donner à l'un de ses lieutenants, le capitaine Troubridge, Tordre d'occuper les îles d'Ischia et de Procida, et de bloquer Naples, ce qui est exécuté.
Aussitôt les fêtes de reprendre de plus belle, l'argent de fondre plus vite que jamais entre les mains de lady Hamilton. Nelson est ruiné. Pour remédier à cet inconvénient, la courtisane l'invite, un jour, à mettre Tembargo sur deux navires espagnols mouillés dans le port et chargés d'une riche cargaison de mercure; hâtons-nous d'ajouter que son conseil est rejeté.
Cependant, Troubridge ne perd point de temps à Procida. Une de ses lettres demande à Nelson
«Un honnête juge pour faire pendre sept ou huit des rebelles, ses prisonniers. »
Nelson lui répond :
«Écrivez-moi bientôt qu'on a coupé quelques têtes; il ne faut rien moins que cela pour me réconforter un peu. »
L' « honnête juge » qu'on envoie n'est point, tout d'abord, à hauteur de la situation :
«Il me répète à chaque instant, écrit Troubridge à lady Hamilton, que soixante-dix familles seulement sont coupables. Bien plus, il demande un évêque pour dégrader les prêtres, avant qu'on ne procède à leur exécution. Je lui ai répondu qu'il fallait commencer
par les pendre, et que, s'il ne les croyait pas suffisamment dégradés par cette opération, je me chargerais de le faire.»
Il paraît que le magistrat finit par comprendre ce qu'on attendait de lui, car Troubridge écrivit quelques jours plus tard :
«J'ai donné au vieux juge tous les conseils salutaires dont je suis capable, et demain il se mettra à la besogne. »
Les conseils du capitaine n'étaient point demeurés lettre morte, en effet; un présent qu'il reçut à quelque temps de là et dont une lettre de Nelson à lord Saint-Vincent fait mention, en fournit la preuve :
«Notre ami Troubridge, écrit l'amiral, a reçu, l'autre jour, un panier de raisins frais pour son déjeuner, et la tête d'un jacobin proprement arrangée dans une boite. Troubridge s'excuse de ne pas me l'avoir fait passer, sur ce que le temps était trop chaud pour un semblable message.»
A cette lettre est joint un billet du donateur assassin :
«Je prie Votre Excellence de vouloir bien accepter cette tête et de regarder ce que j'ai fait comme une preuve de mon attachement à la Couronne. Je suis, avec le respect qui vous est dû, le fidèle sujet du Roi. J. Vitella. »
En marge, on lisait ces mots tracés de la main de Troubridge : « A jolly felloiv! », c'est-à-dire «Un brave garçon! »
Le gouvernement anglais devait permettre bien* d'autres atrocités.
Un ami du roi Ferdinand, le cardinal Ruffo, moitié prêtre, moitié soldat, reçut, en février 1799, la mission de soulever la Calabre. A la tête d'une troupe de bandits ou Sanfédistes, il se rendit bientôt maître du pays. Macdonald, qui avait remplacé Championnet à Naples, envoya contre eux le général Duchesne, qui leur tua 2000 hommes. Rappelé à son tour par le gouvernement français, Macdonald se préparait à quitter la ville, quand les Anglais, joints aux Sanfédistes, débarquèrent inopinément à Gastellamare et massacrèrent la garnison. Il en fut de même à Palerme. La revanche ne se fit point attendre : Macdonald accourut, atteignit les alliés près du Sarno, leur fit plusieurs milliers de prisonniers et
leur enleva 15 canons. Quelques jours après, les Français se retiraient, laissant des garnisons au fort Saint-Elme, àCapoue et à Gaëte.
Naples résolut de continuer la lutte, mais ne put résister longtemps aux Sanfédistes, bien supérieurs en nombre aux défenseurs de la ville. Pour comble de malheur, le colonel Méjean, auquel le fort Saint-Elme avait été confié, se laissa gagner par l'or anglais et livra la citadelle aux royalistes.
Dans de telles conditions, la résistance devenait impossible : les assiégés acceptèrent une capitulation honorable que leur proposait le cardinal Ruffo, capitulation qui fut signée le 19 juin par le colonel d'artillerie Massa, le colonel Méjean, le cardinal Ruffo et le capitaine Foote, représentant V Angleterre.
La violation de cette capitulation est un des faits les plus honteux qu'on puisse reprocher à Nelson, sans l'appui duquel la reine Marie-Caroline n'eût osé commettre ni ce forfait, ni ceux qui le suivirent.
La flotte anglaise avait pris le chemin de Naples, Nelson ayant lady Hamilton à son bord. L'amiral eut une entrevue avec le cardinal Ruffo qui insista pour l'exécution du traité conclu par lui avec les républicains; mais Nelson lui déclara qu'il passerait outre et signa le billet suivant qu'il lui remit en le congédiant d'une façon cavalière :
« Le vice-amiral lord Nelson, arrivé dans la baie de Naples le 25 juin 1799 avec la flotte anglaise, a trouvé une capitulation signée avec des rebelles. Il est d'avis qu'elle n'eût pas dû être exécutée sans l'approbation de S. M. Sicilienne, du comte de Saint-Vincent et de lord Keith. »
Une lettre de Marie-Caroline à sa « chère milady » Emma Hamilton, lettre suivie du texte de la capitulation annoté de sa main montre que, contrairement à ce qu'ont affirmé certains historiens, la Cour de Palerme avait eu connaissance du traité.
Le 27 juin, Nelson publie la déclaration suivante :
«Si, dans l'espace de vingt-quatre heures, les partisans de l'infâme république ne s'abandonnent pas à la clémence du Roi, lord Nelson les considérera comme encore en rébellion et comme des ennemis de S. M. Sicilienne.»
Quatre-vingt-quatre républicains, soupçonnés d'être chefs dans leur parti, sont arrêtés et emprisonnés.
Quant à la ville, elle est abandonnée aux lazzaroni qui la mettent au pillage et s'y livrent aux plus odieux attentats. Une femme de qualité est, sur Tordre de lady Hamilton, fouettée en place publique, puis abandonnée au peuple; cinq personnes sont jetées vivantes sur un bûcher allumé place du Palais Royal.
L'amiral Garacciolo, prévoyant, la rupture du traité, s'était enfui dans les montagnes. Trahi par un des siens, il est aussitôt conduit à bord du Foudroyant, vaisseau amiral. Une heure après son arrivée, Nelson réunit un conseil de guerre pour juger ce vieillard septuagénaire, malgré son offre de prouver qu'il a été contraint de prendre le commandement des vaisseaux républicains.
Nelson ne veut rien entendre : le conseil, sommé de prononcer sur-le-champ, condamne Caracciolo à la prison perpétuelle. Mais l'amiral anglais ne l'entend point ainsi : il exige une sentence de mort, que le conseil rend immédiatement.
Caracciolo demande alors qu'on lui évite un supplice ignominieux ; mais les ordres de Nelson sont formels. Il tient même à ce que la sentence, qui a été rendue par des officiers napolitains, soit exécutée sur un vaisseau napolitain, et, le même jour, l'amiral est pendu au mât de misaine de la frégate italienne la Minerva. Son corps est ensuite jeté à la mer, avec un boulet aux pieds.
Pendant que le cadavre se balançait au mât du navire, on vit lady Hamilton en faire le tour dans une barque. Nelson, du pont du Foudroyant, mouillé à cinquante mètres de la Minerva, assistait à la scène. Il écrivit ensuite à lord Reith ce billet laconique :
« Caracciolo a été exécuté le 29 juin, à bord du vaisseau de S. II. Sicilienne La Minerva. Je suis, etc. Nelson. »
Cet odieux attentat souleva les protestations des plénipotentiaires russes et turcs qui avaient assisté à la signature du traité. Quant à lord Keith et à lord Saint- Vincent commandant les forces navales anglaises dans la Méditerranée, leur silence implique l'approbation de la conduite de Nelson.
Le 3 juillet, Ferdinand reprend le chemin de Naples où il
a été appelé par l'amiral, désireux de couvrir ses actes de la présence du souverain. En attendant son arrivée, les navires anglais sont transformés en pontons, et les supplices commencent. Une junte d'État est instituée pour juger 40 000 personnes arrêtées. Mais les magistrats se montrant trop modérés, Marie-Caroline en envoie d'autres qui emportent une liste de proscription dressée à l'avance et qui emmènent un bourreau.
Ferdinand, arrivé le 8 juillet, reste à bord du Foudroyant, Nelson lui ayant persuadé que sa vie courrait des dangers s'il débarquait. Pour distraire son hôte, l'amiral organise de fréquentes promenades dans le golfe. L'une d'elle est marquée par un incident dramatique : « La journée s'annonçant très belle... ; le Foudroyant mit à la voile ; mais prèsqu'aussitôt les officiers de quart signalèrent un corps humain dont le buste se tenait à peu près droit sur les flots, et qui paraissait se diriger directement vers le vaisseau. Le commandant Hardy reconnut de suite le cadavre de Caracciolo ; il fit avertir Nelson qui se promenait sur le tillac avec le roi. Mais ces allées et venues avaient intrigué Ferdinand qui regarda et, tout aussitôt, s'écria : « Caracciolo ! » Puis, saisi d'un tremblement nerveux et convulsif, il s'appuya contre le bastingage, en balbutiant : « Mais que veut ce mort? » L'émotion du roi gagnait les assistants, et personne n'osait ou ne pouvait répondre à sa question, lorsque le chapelain du Foudroyant, s'avançant, prit la parole : « Je dirai à Votre Majesté que ce mort vient réclamer une sépulture chrétienne. — Il l'aura. » répondit sourdement le roi, et, sans ajouter un mot, il rentra dans son salon. Une barque de pêcheurs recueillit le cadavre qui fut porté à terre et inhumé le même jour dans la petite église de Sainte-Marie. »
Le cadavre, gonflé par les gaz, avait soulevé le boulet attaché à ses pieds et s'était ainsi maintenu perpendiculairement aux flots.
Lady Hamilton s'efforça de rassurer le prince en lui persuadant que Caracciolo était venu lui demander pardon de ses forfaits.
De cette courtisane allait désormais dépendre le sort des plus nobles familles de Naples. Marie-Caroline lui avait prêché la sévérité. Recommandation inutile! Lady Hamilton
n'abusa point de son droit de grâce. Elle se montra surtout impitoyable à l'égard des personnes qui, jadis, lui avaient témoigné du mépris.
Les exécutions commencèrent. Cependant, la crainte des Français, qui menaçaient encore l'Italie, fit différer le supplice de ceux d'entre eux qui avaient été compris dans la capitulation. Elle cessa après les batailles de la Trebbie et de Novi, perdues par Macdonald et par Joubert. La liste des victimes connues se compose de 99 noms, mais, « on ne connaîtra jamais les noms des milliers de prisonniers exécutés sans jugement sur les pontons anglais... En réalité, la noblesse, le clergé, l'armée, la marine, la magistrature, les professions libérales furent décimées... » Une des premières victimes avait été le général Massa, témoin compromettant de la capitulation qu'il avait signée. Manthonè, général en che f des révoltés, fuL exécuté le même jour que Joseph Sieyès, consul de France à Naples. Il faut encore citer, parmi les victimes, cette Luisa Sanfelice dont Alexandre Dumas père a fait l'héroine d'un de ses romans.
Nous renvoyons au livre de M. Gagnière pour le détail de ces atrocités auxquelles Nelson prit une part réelle. Rien ne se faisait sans qu'on le consultât. On en a la preuve dans une lettre de Marie-Caroline qui écrivait à lady Hamilton, vers la fin de juillet 1799, au sujet du prince Pignatelli et de deux autres prisonniers qu'on devait mettre à mort :
«Je recommande à votre boa cœur un bon mot pour eux, si le héros tutélaire Nelson l'approuve...»
Quand celui-ci revint à Palerme avec son escadre, le roi et la reine lui donnèrent le prix du sang versé : une couronne d'or massif fut posée sur sa tête par le prince royal. Il reçut une épée dont la garde en or, enrichie de gros diamants, avait en outre une valeur historique considérable, car c'était l'épée que Louis XIV avait remise à son petit-fils, lors de son départ pour l'Espagne. Et il est probable que la munificence royale ne s'en tint pas à ces deux présents.
Quant au capitaine Troubridge, il ne cacha point son mécontentement du prix peu élevé auquel on avait évalué ses services. Aussi lady Hamilton offrit-elle de réclamer en sa faveur. Il lui répondit :
«Je viens de recevoir votre aimable lettre de Palerme, dans laquelle vous me demandez si je veux recevoir une pension payable soit dans ce pays, soit en Angleterre. J'en ai tant vu, du gouvernement napolitain, que je doute qu'il ait l'intention de faire quelque chose. Si la reine a l'intention et le pouvoir défaire quelque chose, une somme modérée et mise immédiatement à ma disposition me contenterait.»
Les fêtes recommencèrent plus nombreuses, plus brillantes que jamais, jusqu'au moment où l'indignation de l'Europe força le gouvernement anglais à prendre des mesures pour éloigner Nelson du théâtre de ses exploits.
Ce départ affligea beaucoup la reine Marie-Caroline. Mais un dernier coup, non moins cruel que mérité, devait encore la frapper: Malte, après une longue résistance, venait de se rendre aux Anglais qui, pendant la durée du siège, s'étaient donnés comme agissant au nom du roi des Deux-Siciles. L'île prise, leur langage avait subitement changé ; ils la gardaient maintenant et ne s'en cachaient pas.
De retour à Londres, Nelson déclara au Parlement qu'il approuvait cette prise de possession et se vanta de n'y être point étranger.
Pour comble de douleur et de désillusion, Marie-Caroline apprenait bientôt que l'Angleterre venait de conclure la paix d'Amiens, sans même l'en aviser. Ses lettres à lady Hamilton ne contiendront plus, désormais, d'épithètes injurieuses pour les Français; elle ne, parlera plus d'eux qu'avec une nuance de respect. Et quant à ses anciens alliés, on peut juger de l'amertume dont ils venaient de remplir son cœur, en lisant la phrase suivante, douloureux écho de ses pensées :
« Mon attachement à l'Angleterre a été complet, entier : toutes nos démarches, malheurs, pertes et douleurs pour la vie en sont les effets. Ainsi j'avoue que cet entier abandon est cruel, d'autant plus qu'il faut se taire en silence; chacun me riant au nez, me dit : «Êtes-vous guérie de l'anglomanie?»
Elle Tétait, à coup sûr.
Marie-Caroline n'a point trouvé la postérité indulgente, et ce n'est que justice. Cependant, les Anglais qui se sont associés à ses infamies et les ont encouragées, doivent, nous le
répétons, partager avec elle la responsabilité des massacres
de Naples.
Ces événements ne remontent point encore à un siècle, et pourtant ils ne sont que trop effacés de la mémoire de lltalie contemporaine, si fière de la protection accordée à ses côtes par l'Angleterre. Qu'elle ne s'y trompe point, toutefois : comme la France, elle est puissance maritime, tort non moins grave aux yeux de la Grande-Bretagne, que celui de pouvoir, un jour, étendre son protectorat sur une partie des .côtes d'Afrique baignées par la Méditerranée.
Si le gouvernement italien tient à la sécurité de ses ports et à. la sauvegarde de ses droits, qu'il médite l'histoire du règne de Ferdinand IV; qu'il n'oublie point le cadavre de Caracciolo, l'amiral napolitain, avançant vers le roi, debout sur les flots !