Id
Pendant ces neuf jours, huit cents hommes moururent d'inanition ou empoisonnés par les végétaux qui leur avaient servi de nourriture 1 . Au cours d'une autre disette, cent cinquante individus périrent dans une nuit 2 .
Dans une circonstance analogue, on en vit
« qui expirèrent dans des convulsions terribles; des symptômes de rage se manifestèrent chez plusieurs. La pierre, le bois, ils voulaient tout dévorer; on ne pouvait, sans danger, s'approcher d'eux. »
C'est alors qu'on songea à sacrifier un pauvre âne, seul être vivant qu'on eût trouvé dans l'île. Il servait à faire des corvées, à transporter de l'eau et à promener les deux jumeaux dont une femme était accouchée pendant la traversée 3 . Les soldats l'adoraient. On le tua cependant, et,
« De sa dépouille, on fit quatre mille cinq cents morceaux. Chacun de nous, dit Ducor, eut pour sa part à peu près trois quarts d'once de sa chair, dont on fit du bouillon. »
Uiï jour, quelques hommes essayèrent d'enlever la barque aux provisions. Mais, comme ils avaient, plus ou moins volontairement, oublié de laisser les vivres sur le rivage, la foule accourut au moment où ils poussaient au large, les lapida et les contraignit à se jeter à la nage pour regagner le bord.
La relation de Wagré, caporal de grenadiers 4 , rapporte deux scènes immondes, dans Tune desquelles figure un « mylord » dont le navire avait abordé accidentellement à Cabrera. Le second personnage est un malheureux français que la faim pousse à un acte d'une bestialité telle que notre plume se refuse à le retracer. Disons seulement que cet homme, affligé d'un appétit dévorant, tua, quelque temps après, un de ses camarades dont il faisait déjà cuire le cœur et le foie, quand il fut découvert, livré aux Espagnols et fusillé.
1. Relation d'un soldat, Mémoires d'un officier français prisonnier en Espagne.