Proclamation du 4 septembre
2. On frappa aussi, à Toulon, des monnaies à l'effigie de Louis XV 11.
avoir rien de commun avec les despotes et les esclaves; ne doit et ne veut communiquer avec eux qu'à coups de canon ; qu'elle n'a pas besoin, pour combattre et vaincre ses ennemis, d'avoir, comme eux, recours à la trahison, à la perfidie et à la scélératesse ».
A Toulon, aucun fait remarquable ne se produisit avant le 1 er octobre. Ce jour-là, le drapeau blanc, officiellement rétabli, ayant flotté pour la première fois sur la redoute du mant Faron, la plus élevée des montagnes qui dominent la ville, un détachement de l'armée de Lapoype, commandé par Victor r s'empare de l'ouvrage et y rétablit les trois couleurs.
Aussitôt deux colonnes sortent de Toulon et, après un combat meurtrier, reprennent la redoute. Le général espagnol Gravina est blessé à la jambe ; sa mise hors de combat est un fâcheux contre-temps pour les Toulonnais, qui le considèrent comme un des meilleurs remparts de la ville contre la perfidie anglaise.
Le 4, l'amiral Hood apprend qu'une frégate républicaine, La Modeste^ est mouillée avec deux tartanes, dans le port neutre de Gênes. Il détache aussitôt de son escadre, Le Bedford et Le Saint-George qui se livrent à un odieux attentat contre le droit des gens, et contre ceux de l'humanité. Voici la scène racontée par un témoin :
« Le Bedford prit la position dans le port, précisément à côté de notre frégate La Modeste^ ne laissant entre elle et luy qu'un léger passage. A midi, au moment du repas de nos équipages, les Anglais jettent le grapin, enlèvent un pont de bois entre les deux bâtimens, se précipitent à l'abordage le sabre nud, tandis que d'autre matelots du même bâtiment se distribuent sur les hunes des grenades et font un feu continuel sur notre bord.
Les Français sont hachés à coups de sabre, sur le pont; on les poursuit partout où ils cherchent à se réfugier; une grande partie se précipite à la nage; différentes barques les poursuivent et les refoulent dans l'eau à coups de rames. A mesure qu'ils surnagent, on les poursuit à coup de fusils jusque sur le rivage. On compte à peu près 40 morts, beaucoup de blessé; une centaine au plus est échappée à la férocité des Anglais. Le reste a été fait prisonier.
Le même attentat a eu lieu sur les deux tartanes françaises également mouillées dans le port. Ils menacent enfin de faire éprouver le même traitement aux 15 bâtiments marchands et à leurs équi-
pages. C'est dans la nuit du 10 au H que, malgré les promesses du gouvernement de Gênes de s'opposer à l'enlèvement de la frégate et des tartanes, les Anglais les ont fait sortir du port sans le moindre obstacle et qu'elles sont parties pour Toulon 1 . »
En apprenant « l'atrocité commise dans le port de Gênes », les représentants près l'armée d'Italie mettent l'embargo sur les navires génois dans les ports français, et déclarent que « la République française est prête à agir pour obtenir réparation d'un si grand crime ». L'embargo fut levé à la fin du mois, Gênes ayant consenti aux satisfactions demandées.
A Toulon, les deux partis restent en présence, sans nouveau combat, jusqu'au 14 octobre. Acette époque, les Conventionnels avaient reçu des renforts considérables de Lyon, dont le siège était terminé. Leurs forces balançaient à peu près celles des alliés. Le 14 a lieu une escarmouche dont l'avantage reste à ces derniers. Le lendemain, Lapoype s'empare du cap Brun, mais craignant de se voir coupé par deux colonnes sorties de la ville, il se retire tranquillement, sans être poursuivi.
Les Anglais refusent d'organiser de nouveaux bataillons pour combler les vides creusés dans les rangs de l'armée de Toulon par les précédentes affaires. Comme le disait Fonvielle : « Le siège eût cessé trop tôt. »
Vers la fin d'octobre, Carteaux est remplacé par Doppet, puis par Dugommier. Le 9 novembre, une tentative des Républicains sur le camp de Balaguier est repoussée. Les Anglais, cette fois encore, se bornent à se tenir sur la défensive.
Dans la seconde partie de novembre, arrivent deux commissaires du roi George, le chevalier Gilbert Elliott et lord O'Hara. Celui-ci est porteur d'une déclaration de son maitre; il en donne lecture, le 23, à une députation dti Comité des sections. Elle est infiniment moins nette que celle de l'amiral Hood :
Sa Majesté promet de faire « tout ce qui dépendra d'elle,
1. Archives de la marine (Documents inédits). — Le rapport de Barèredu 7 Prairial an 11 cite un fait du même genre : Le vrai Patriote, qui faisait relâche dans le port neutre de Stavanger (Norvège) fut pris par les Anglais et son équipage massacré sans défense.
en se concertant avec ses alliés, pour repousser les attaques qui pourraient être tentées contre Toulon, et pour le mettre en état d'étendre sa protection à tous ceux qui pourront la désirer, sous des conditions convenables ». S. M., tout en souhaitant ardemment le bonheur de la France « ne prétend pas lui prescrire la forme de son gouvernement » et se borne à déclarer « que le rétablissement de la monarchie dans la personne de Louis XVII et des héritiers légitimes de la couronne, lui paraît le système le plus propre à rétablir Tordre ». Elle s'engage à maintenir « les personnes qui occupaient des emplois civils et militaires dans leurs places respectives, autant que les circonstances le permettront » ; à étendre « sa protection et son secours, autant que les circonstances le permettront, à tous ceux qui témoigneront le désir de concourir à une œuvre si salutaire » ; enfin à « restituer le port et les forts de Toulon avec les vaisseaux et les munitions qui s'y trouvent », aussitôt qu'on aura conclu un traité de paix « stipulant, en faveur de S. M. et de ses alliés, la restitution de toutes les conquêtes que la France pourra avoir faites durant la guerre, avec une juste indemnité des frais et dommages quelle aura occasionnés et une sûreté convenable pour l'avenir ».
Les Toulonnais ne s'y trompèrent point; il ressortait de ces paroles que l'Angleterre prétendait exercer un véritable protectorat sur la ville qui lui avait librement ouvert son port ; qu'elle n'entendait plus la conserver comme un dépôt restituable au seul Louis XVII, qu'elle la laissait libre, au contraire, de choisir son gouvernement sans exclure celui de la République 1 ; qu'elle ne protégerait les citoyens qu'autant que les circonstances le permettraient ; enfin qu'elle traiterait Toulon non plus en alliée, mais en ville conquise et dont la restitution ne pourrait s'obtenir qu'en échange d'autres avantages.
Depuis longtemps, l'autorité absolue que les Anglais s'arrogeaient dans la place, jointe à leur persistance à ne point profiter des succès remportés sur les Républicains, remplissaient d'inquiétude les Toulonnais. La déclaration du
]. La phrase qui vise le mode de gouvernement laisse à supposer qu'il y avait déjà, à cette époque, un commencement d'entente entre l'Angleterre et les Jacobins.
roi mit le comble à leur trouble. Aussi le Comité général, pour en avoir le cœur net, décide-t-il qu'une députation présentera aux commissaires du gouvernement britannique une adresse dans laquelle la ville demandera qu'on proclame Louis XVII roi de France, et le comte de Provence régent; qu'on envoie le vaisseau le Commerce de Marseille à Gênes 1 pour amener le frère de Louis XVI à Toulon, et lui permettre d'y établir provisoirement le siège du gouvernement.
La même adresse est présentée à l'amiral Langara.
Bien différentes sont les réponses des deux officiers généraux. Langara, dans la sienne, dit
« qu'il voit avec le plus grand plaisir les loyaux sentiments que manifesteut les Toulonnais,par l'organe de leurs sections, en reconnaissant pour régent du royaume de France M. le comte de Provence ; qu'il a déjà instruits. M. Catholique de ces louables intentions; qu'en attendant sa réponse, on doit envoyer la députation à Monsieur, pour ne pas retarder plus longtemps une preuve du zèle et de l'amour dont les Toulonnais sont animés pour leur légitime souverain 2 )'.
Tout autre est l'accueil des Anglais :
« Il est évident, disent-ils, que les ministres de S. M. Britannique doivent être absolument incompétents à décider sur ces objets, sans avoir spécialement consulté leurs Cours et obtenu des pouvoirs directs. Tout ce qu'ils pourront faire pour seconder Je zèle louable des habitants de Toulon, est de soumettre, sans délai, cette matière intéressante à la sagesse et aux lumières de Sa Majesté, et d'attendre ses ordres.
Jusqu'alors, ne nous trouvant point autorisés à compromettre Sa Majesté sur la question de la Régence, nous pouvons encore moins consentir à la proposition qui a été faite d'appeler Monsieur, comte de Provence, à Toulon, pour y exercer les fonctions de régent, parce que ce serait destituer Sa Majesté Britannique, avant l'époque stipulée, de V autorité qui lui a été dernièrement confiée à Toulon 3 ».
On ne s'y trompa point; c'était le commencement de la débâcle.
1. Le comte de Provence, qui se trouvait à Hamm au début de la révolte de Toulon, était venu attendre les événements à la Cour de son beau-père, Victor Amédée III, à Turin.
2. Histoire de Vannée départementale ■, par J.-E. Michel (1*797), p. 146.
3. Lettre du 23 novembre 1793, signée Hood, Elliot etO , Hara(Pons, pièces justificatives).
Le 30, le général O'Hara est fait prisonnier, dans une sortie, par les républicains. Les circonstances qui ont accompagné «a capture semblent extraordinaires; légèrement blessé au bras, rien ne lui eût été plus facile que de regagner la ville. Les habitants, et Fonvielle en tète, supposent que les Anglais ont trouvé commode ce moyen d'envoyer, sans éveiller de soupçons, un parlementaire aux Anglais. A partir de ce jour, d'ailleurs, un va-et-vient continuel de parlementaires commence h s'établir. Deux Conventionnels traversent la ville, sans avoir les yeux bandés, et ont un entretien mystérieux avec le gouverneur anglais. Fonvielle parle aussi de « deux grands fourgons couverts » qui furent conduits chez le gouverneur et qui, « venus chargés, s'en retournèrent à vide ». Selon le chevalier, ils contenaient la rançon de Toulon,
Ensuite, tous les vaisseaux de l'escadre anglaise vont, à tour de rôle, stationner devant le port royal, et, pendant ce temps, rentrée do l'arsenal est interdite, non seulement aux Français, mais même aux Espagnols.
Kn même temps le bruit se répand que la ville sera prise avant les fêtes de NoJU l .
Mais le sifcgo dure depuis si longtemps que personne ne croit à ces rumeurs et ne songe à s'éloigner.
Le dénouement n'en était pas moins proche. Bonaparte avait fait prévaloir ses plans, qui consistaient à attaquer la Itedoute anglaise, située entre le camp de Balaguier et le fort do rÉguillette : pendant que Dugommier porterait ses efforts sur la redoute, le général Lapoype devait monter à l'assaut du Faron, dont les ouvrages avaient été laissés en mauvais état par les Anglais, malgré les observations des ingénieurs de la place de Toulon.
La Redoute anglaise et celles du Faron sont emportées le 17 décembre.
Un conseil de guerre s'assemble. Le général de Gravina croit le mal réparable et propose certaines mesures que les Anglais s'empressent de combattre. On attribue à ces
1. Cu bruit est à rapprocher de la déclaration de Barèue, que Toulon tomberait aux mains des Républicains avant l'ouverture du Parlement anglais. (Voir le Moniteur du 10 décembre.) L'entente des Anglais avec les Jacobins fait encore son apparition ici.
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derniers la perte du camp de Balaguier, qui vient d'être pris : « Ils ont, dit-on, mis en avant les Napolitains et les ont mal disposés; ils se sont mis à couvert eux-mêmes et ils ont fini par crier : Sauve qui peut! avant que l'avantage fût décidé en faveur des Républicains 1 . »
Prévenu secrètement, par un officier de ses amis, que les forts vont être évacués, le chevalier de Fonvielle se rend à bord de l'amiral espagnol Moreno, qui demeure stupéfait de la nouvelle. Puis il se dirige vers la demeure du gouverneur de la ville, le général Dundas, dont le secrétaire l'assure « qu'on pouvait être tranquille, qu'il y aurait une capitulation ». Au milieu de la nuit, on lit dans la ville une proclamation rassurante, déclarant « que les Toulonnais ne seraient point abandonnés ». Pendant ce temps, le gouverneur s'embarquait, laissant son quartier général éclairé, pour faire mieux croire à sa présence 8 .
Le 18, à sept heures du matin, le chevalier se rend sur le port. Là, vingt mille personnes attendent le moment de prendre place dans les barques qui vont de l'embarcadère aux escadres alliées. Il monte dans un canot espagnol, venu pour la provision quotidienne. Au moment où il entre dans la petite rade, une décharge de mousqueterie se fait entendre : c'est une troupe de brigands qui a tiré sur les fugitifs pour s'emparer de leurs effets. On croit à l'arrivée des Républicains ; la foule perd la tête et se précipite « par centaines » dans les flots.
Un peu plus loin, un spectacle d'un autre genre s'offre à ses yeux : « Trois cents chaloupes errantes demandent vainement un asile aux Anglais pour les malheureux qu'elles menacent d'engloutir. La consigne est générale : les vaisseaux anglais qui, seuls, sont rapprochés du port, ne reçoivent personne; les sentinelles menacent de faire feu sur les chaloupes qui ne s'éloigneront pas sur-le-champ. »
En arrivant au vaisseau de l'amiral Langara, Fonvielle le trouve encore dans l'ignorance des. événements. Dès qu'il