‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 9 sur 40 · Fonvielle · texte numérisé non relu

Fonvielle

2. La plupart de ces faits sont confirmés par le récit du baron d'Imbert qui, pourtant, se montre favorable aux Anglais dans les autres parties de sa relation intitulée Précis historique sur les événements de Toulon en 1793 (Paris, 1814 et 1816).

en est instruit, il s'empresse de mettre les chaloupes de son escadre à la disposition des fugitifs. Les Napolitains imitent son exemple.

Les Anglais ne levèrent leur consigne que quand tous les navires de leurs alliés furent encombrés. Leur inhumanité avait une cause matérielle : les vaisseaux de l'amiral Hood étaient remplis de mâts et d'agrès volés dans les magasins de l'arsenal, où nous avons vu ces navires stationner tour à tour.

Fonvielle n'assiste que de loin à l'incendie de l'arsenal et des vaisseaux français. A défaut de son témoignage, nous avons celui de sir Sidney Smith, dont on trouvera plus loin le rapport. Avant d'en parler, nous devons laisser le chevalier raconter un dernier incident, qui a son importance.

Il causait avec le major espagnol, M. de Maturana, sur le pont de son navire, La Reine-Louise, des « ressorts cachés qui avaient préparé ces désastres ». Le major lui raconte que les garnisons des forts avaient reçu, la veille, des instructions pour se replier dans la ville, mais qu'on ne leur avait soufflé mot de l'évacuation :

« Nos quatre mille soldats, dit M. de Maturana, eurent ordre de se réunir, à onze heures du soir, à la porte d'Italie... Les Anglais s'étaient déjà rassemblés à cette même porte et, à onze heures, nous devions trouver leur retraite effectuée. Les portes de la ville devaient être fermées; ils en avaient emporté les clefs, mais nos troupes devaient sortir par une poterne qu'ils auraient laissée ouverte pour nous, après être sortis eux-mêmes par cette unique issue.

Je commandais les Espagnols... Quelle fut ma surprise, quelle horreur s'empara de moi lorsque, certain qu'il n'y avait plus, dans Toulon, d'autres troupes que les miennes, et n'ayant nulle autre issue possible que la poterne qui m'était assignée, je la trouvai barricadée extérieurement! »

Les Anglais avaient espéré que les Républicains entreraient, cette nuit-là, dans Toulon, et surprendraient les 4000 Espagnols. Mais les Républicains, qui se méfiaient de la perfidie anglaise, donnèrent à M. de Maturana le temps de forcer la barrière à l'aide de haches et de leviers. La conclusion du major est celle-ci : « Nos soldats de marine, dont ils ont vu de si près la bravoure, ont excité leur jalousie, et ils ont voulu les faire exterminer. Tout peuple qui ose avoir une marine est nécessairement leur ennemi. »

Nous aurons à retracer un incident qui n'est point sans analogie avec celui de la poterne, en parlant de l'évacuation de Nimègue par les Hollandais.

Les flottes alliées, augmentées de huit de nos vaisseaux emmenés par les Anglais qui en avaient brûlé neuf et trois frégates, appareillèrent le lendemain.

On sait ce que devinrent les infortunés Toulonnais. La lettre suivante de Fréron, en date du 6 nivôse, en donne une idée plus que suffisante :

« Les fusillades sont ici à l'ordre du jour ; en voilà plus de 600 qui ne portent plus les armes contre la République ; la mortalité est parmi les sujets de Louis XVII. Aujourd'hui, tous les sergents, adjudants et soldats de la marine y ont passé, avec la municipalité, qui s'était affublée de l'écharpe blanche pendant le règne du marmot l ; trois prêtres scélérats ont fermé le bal... Demain et les jours suivants, fusillades de 200, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de traîtres 2 . »

Et Fréron tint parole.

Revenons maintenant à l'incendie de l'arsenal : c'est Sidney Smith qui fut chargé, par l'amiral Hood, de la glorieuse mission de livrer aux flammes notre flotte et nos magasins, après en avoir tiré tout ce que les Anglais purent enlever pendant le temps du siège. La résistance ne faiblit qu'au moment où cet enlèvement ne put aller plus loin, les navires étant chargés à plein bord. Son rapport a été inséré dans le Moniteur* du 4 février 1794.

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