‹ L'Angleterre en EgyptChapitre 55 sur 73 · SON ARMÉE · texte numérisé non relu

SON ARMÉE

Dès la plus haute antiquité, les Egyptiens furent connus pour leur bravoure.

Les guerres de Thotmès III, d'Amenhotb III et de Ramsès II, quinze siècles avant l'ère chrétienne, sont des affirmations glorieuses d'héroisme égyptien.

L'Egypte subit, durant vingt-cinq siècles, les invasions étrangères, attirées par sa situation unique dans le monde.

Les invasions eurent pour conséquence de dompter ses qualités militaires, sans cependant les anéantir.

Lorsque Mohamed Aly prit en mains les destinées de l'Egypte, aucune armée n'y était organisée, mais sa confiance en la bravoure égyptienne lui inspira la pensée géniale de l'appuyer sur la bravoure française.

L'organisation de cette armée par des officiers français, créa une force puissante, qui put, en 25 ans, conquérir l'Arabie, assurer l'entière sécurité au Soudan, vaincre plusieurs offensives grecques et infliger deux fois la défaite à l'armée ottomane.

Les colonels. Sèves, Larmée, Goubert et plusieurs autres officiers de notre état-major, créèrent une armée égyptienne invincible.

Tous les historiens qui célébrèrent le règne du grand réformateur Mohamed Aly, reconnurent et glorifièrent les qualités militaires des Egyptiens.

Durant le règne de Mohamed Saïd Pacha, larraée égyptienne ne cessa d'être admirée.

Ce Vice-Roi avait fait ses études militaires à notre Ecole de St-Cyr, dans l'Etat-Major. Commandant en chef de son armée, il l'organisa, au dire de tous les écrivains qui en ont écrit, de façon à la rendre invincible.

L'armée égyptienne, durant le règne d'Ismaïl Pacha, comptait deux cent mille soldats, munis d'armes nouvelles.

Les divisions qu'Ismaïl envoya à Constantinople en 1877-1878, pour soutenir l'empire ottoman contre la Russie, provoquèrent l'admiration des Russes eux-mêmes.

Dans les ouvrages que les généraux russes publièrent sur la guerre Turco-Russe, tous rendirent un hommage enthousiaste à la patience, à l'activité, au double courage militaire et physique du soldat égyptien que le climat glacial de la Russie éprouvait plus que tous autre, étant données les différences de degrés de froid qu'il avait à subir.

Lorsque les Anglais occupèrent l'Egypte en 1882 ; ils conçurent, dès le début de cette occupation, le projet criminel d'anéantir l'armée égyptienne, sachant qu'ils anéantiraient avec elle les forces et l'âme de la liberté d'un peuple.

Ils détruisirent cyniquement les forces nationales de l'Egypte, dont l'armée fut anéantie dans les déserts du Soudan en combattant la révolte du Mahdi, sous le commandement de Heks, d'Elà-el, Din, etc.

Les occupants anglais créèrent pour l'intérieur

de l'Egjpte une petite armée de dix mille égyptiens, qu'ils dispersèrent entre le Caire, Suakin et Wadi Halfa.

Afin de nourrir copieusement cette armée d'officiers anglais, ils nommèrent, comme commandant, pour chaque bataillon de 600 soldats d'infanterie un capitaine anglais, auquel ils donnèrent le grade de lieutenant-colonel égj'ptien à L. E. 60 par mois (1.550 frs en or), deux lieutenants anglais, puis quatre et quelquefois six comme adjoints au commandant du bataillon et au grade de major égyptien, chacun touchant 45 livres par mois (1.065 en or).

Les lieutenants-colonels et majors égyptiens ne touchaient que la moitié des traitements des officiers anglais ! !

Les écoles militaires égyptiennes, semblables à nos écoles françaises supérieures, avant l'occupation anglaise, furent supprimées et remplacées par une petite école de caserne, bien entendu, aussi inférieure qu'elle pouvait l'être !

Cette armée, si petite et si inférieure qu'elle fut, gagna seule, au Soudan égyptien, les batailles de Guimméza, de Toski, de Toker, d'Ei Hafir, de Dongola, d'Abou Hamad, d'El Gadaref et fut victorieuse dans tous les engagements qui eurent lieu, de l'année 1899, jusqu'aujourd'hui.

La dite armée est toujours au Soudan.

Le soldat égj^ptien n'est pas seulement soldat, il est maçon, charpentier, peintre, menuisier, porteur, apte à tout travail, quel qu'il soit.

Toutes les rations, les équipements, les matériaux de constructions et jusqu'aux bateaux impuissants

à traverser les cataractes, il les porte sur ses épaules !

Les casernes, les chemins de fer, les ateliers, au Soudan égyptien oriental et occidental, ont été construits par le soldat égyptien ! ! !

Un jour, le commandant égyptien d'un bataillon d'infanterie, dit au Sirdar anglais (commandant en chef de l'armée), pendant l'expédition de Dongola,en 1896, que la majorité de ses soldats étaient tombés malades, par suite des fatigues incessantes qu'ils subissent en portant de trop lourds fardeaux sur leurs épaules.

Le Sirdar anglais lui répondit : « Que voulezvous? Les animaux coûtent de l'argent, mais les soldats égyptiens n'en demandent pas, et l'Egj'pte a des millions d'hommes ! »

Peut-on répéter, avec plus d'indignation, un mot plus cruel ?

Lord Kitchener qui a obtenu son titre de Lord, grâce à la bravoure du soldat égyptien, n'a pu que faire des éloges sur les qualités supérieures de ce soldai en disant :

« Si le soldat égyptien n'avait pas les qualités de patience, d'action, de résistance aux obstacles qu'il domine, qualités de bravoure, d'obéissance indéfinie, nous n'aurions jamais pu revendiquer le Soudan ! »

Cela est à peine la vérité ! Le soldat égyptien seul a conquis le Soudan. Le très petit nombre de soldats anglais qui ont pris part aux batailles d'Atbara et d'Omdorman, n'a été pour rien dans la victoire.

Partout le soldat anglais était transporté par des bateaux, entouré de toutes les facilités du repos, tandis que le soldat égyptien transportait ses aliments, ses munitions et ceux mêmes du soldat anglais ! ! ! .

Le soldat égyptien subissait l'enfer, le soldat anglais côtoyait le paradis.

Les officiers égyptiens, et les bataillons soudanais, après la conquête d'Omdorman, en 1899, se révoltèrent et 9 d'entre-eux furent privés de leur grade.

A la suite de la dernière visite de Lord Allemby au Soudan, des officiers égyptiens et soudanais, des employés civils furent arrêtés comme coupables d'avoir déclaré que le Soudan est une partie intégrale de l'Egypte !

La politique de cupidité, de mensonge, d'injustice criante de l'Angleterre vis-à-vis de l'armée égyptienne au Soudan, ne pouvait moralement et politiquement, aboutir qu'à la faillite de la politique anglaise en Egypte.

Comment les impérialistes anglais peuvent-ils croire que le peuple soudanais, associé au peuple égyptien depuis cinquante siècles, protégé par l'armée égjrptienne, administré, soutenu par l'Egypte, pourrait renier, oublier des relations séculaires, des fraternité de sang, de langage, de religion, d'intérêts de toutes sortes qui unissent les Soudanais aux Egyptiens ?

Les Anglais seraient-ils au Soudan sans leur occupation de l'Egj^te ? Peuvent-ils assurer la sécurité au Soudan sans l'appui de l'Egypte? Et qui

peut croire que leur occupation de l'Egypte est définitive ?

Comment les Anglais administreraient-ils le Soudan sans les employés égyptiens, sans l'argent de l'Egj'pte ? Auraient-ils pu un seul jour y vivre seuls, sans l'appui de la protection des Eg^^ptiens.

Le Nil qui soude les deux pays et en fait un seul, est et sera toujours le Nil. Et toujours il unira le Soudan et l'Egypte dans ses courants.

L'armée égyptienne, ce qu'il en reste ! après tant d'hécatombes, est vaillante, les Soudanais ont au fond de l'âme, et pour cause, la haine des Anglais.

Déjà ils se sont révoltés lors de la nomination d'employés anglais en 1876. Le présent et l'avenir ne les apaiseront pas.

Devant les forces soudanaises unies à celles de l'Egypte, l'Angleterre pourra-t-elle continuer d'opprimer les deux peuples ?

L'Egypte consentira-t-elle toujours à consacrer au Soudan des milliards au profit de l'Angleterre ? Est-ce admissible?

L'Egypte peut-elle admettre que le Soudan devienne, par la volonté de l'Angleterre, une nationalité détachée d'elle ?Le Soudan possède les sources de sa vie : le Nil ! Dans les mains de l'Angleterre il peut devenir une menace de mort !

LEgj'pte réveillée d'une somnolence indigne d'elle, sait et croit qu'elle ne cessera de trouver, dans les sentiments de ses frères soudanais, des motifs d'entente et non de trahison.

Elle entendra la voix d'outre-tombe, la voix héroïque de Moustafa Kamel. Elle écoutera la voix

vibrante d'Aly Kamel et les conseils du plus éclairé des patriotes.

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