‹ L'Angleterre en EgyptChapitre 59 sur 73 · PROTESTATIONS · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS

L'Agence Havas nous avait signalé une protestation des deux députés de la Colonie Française contre la suppression des capitulations. Voici le texte

de cette protestation publiée par le «■ Journal des Débats » :

A. M. H. Gaillard, ministre plénipotentiaire, agent diplomatique de France en Egypte, Le Caire.

« Monsieur le Ministre,

« Les récentes nouvelles télégraphiées de Londres relativement aux négociations anglo-égyptiennes, ont soulevé dans la colonie française du Caire une émotion dont nous devons nous faire les interprètes auprès de vous-

« Le gouvernement britannique fait figurer parmi les réserves apportées à la souveraineté égyptienne, la protection des intérêts étrangers qu'il prétend assumer à l'exclusion de tout autre Etat.

« La formule étant suffisamment imprécise pour permettre toutes les interprétations et aussi tous les abus, nous estimons qu'en aucun cas il ne serait possible à notre gouvernement de l'accepter, sans en avoir au préalable, fait fixer le sens d'une façon positive.

« Mais, même en la prenant dans son acception la plus étroite, nous ne pouvons concevoir qu'en aucun pays les intérêts français, publics ou privés, soient défendus ou « protégés » par d'autres gouvernements que celui de la République.

« Il y aurait tout d'abord, dans l'acceptation d'un pareil statut, une « capitis diminutio » d'autant plus inadmissible que notre victoire est encore toute fraîche.

« En outre, à un point de vue purement pratique, nous sommes fondés à nous demander ce qu'il adviendrait de nos intérêts quand ils se trouveraient en contradiction avec ceux des ressortissants de la puissance protectrice.

« Au surplus, Monsieur le Ministre, nous estimons qu'il serait sage et profitable, de ne toucher en rien au régime capitulaire tel qu'il existait en 1914.

« Ce régime, si heureusement complété par les institutions mixtes, a assuré à tous les étrangers sans exception, la liberté et l'égalité devant la loi.

« C'est grâce à lui que les colonies européennes ont pu vivre en Egypte, y travailler sans craintes ni entraves et contribuer dans la plus large mesure au développement et à la prospérité du pays, qui sont leur œuvre commune.

« Ainsi toutes les colonies — et même la colonie britannique, à l'exception des fonctionnaires — s'accordent-elles pour constater que ce régime si parfaitement adapté à l'Egypte, ne peut qu'être maintenu.

« Les Egyptiens, même les plus avancés, sont d'un avis en tout semblable.

« Enfin, il faut reconnaître que les expériences tentées depuis trois ans n'ont eu pour résultat que l'anarchie, l'insécurité et l'arrêt des affaires.

" Nous vous prions donc. Monsieur le Ministre, de vouloir bien, tout en nous donnant acte de notre protestation, transmettre au gouvernement de la République, les vœux de la colonie française du Caire concernant le maintien du régime des capitulations en Egj'pte.

« Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, les assurances de notre haute considération.

Les députés de la nation française:

Signé : A. T. CANERI. Signé : J. VALLET. »

Les italiens et les capitulations

« Alexandrie, 28 février. — La Chambre italienne de commerce attire l'attention du gouvernement italien sur les préjudices énormes — économiques, politiques et moraux — qui pourraient résulter en Egj^pte et dans tout le bassin de la Méditerranée Orientale du fait du transfert de la protection des intérêts italiens à une quelconque puissance étrangère. La Chambre demande ou gouvernement italien de se réserver le droit de négocier directement avec le gouvernement local qui sera définitivement établi dans le pays.

<' La question des garanties est nécessaire pour la protection de ces importants intérêts.

Signé : N. FERDONATO.

Président. »

Tout français, tout italien, tout étranger en Egypte, jouissant des capitulations, adopte ces mêmes arguments.

L'Angleterre a-t-elle vraiment des intérêts spéciaux en Egypte?

Sans aucun doute, elle a ceux qu'elle a conquis

par la violation du droit, la spoliation de la justice et l'usurpation de la liberté de l'Egypte.

Ces intérêts, au point de vue international, ne peuvent créer un privilège pour l'Angleterre et ne peuvent qu'être inexistants alors que les traités et les engagements ne les maintiennent pas.

Les Puissances, en Egypte, sont toutes égales au point de vue du droit. Alors prétendre que l'Angleterre seule a des intérêts spéciaux en Egypte, c'est tout simplement affirmer un droit personnel d'absorption de l'Egypte par l'Angleterre.

Est-ce admissible?

Si l'Angleterre veut agir loyalement à l'égard de l'Egypte et calmer la révolte de son patriotisine trop inquiet à bon droit, qu'elle laisse les Puissances méditerranéennes s'associer à elle quant aux garanties à donner pour que soit assurée l'indépendance complète de l'Egj'pte avec son Soudan, garanties c{ui rendraient certaine la neutralisation de l'Egypte.

L'Angleterre, par une solution équitable, peut s'assurer l'amitié sincère du peuple ég;y'ptien et la confiance des grandes Puissances méditerranéennes que les faux-fuyants ne trompent pas et qui, loj'ales, ont droit à la loyauté.

La grande valeur de Moustafa Kamel, comme régénérateur du patriotisme égyptien, a été de se laisser diriger par le passé en combattant pour l'avenir.

Dès le premier jour de son action nationale.

Moustafa Kamel rappela au peuple égyptien ses anciennes gloires et celle de son grand régénérateur Mohamed Aly.

Il conseilla au peuple égyptien de s'unir au trône de son pays et aux membres de la famille régnante, pour éviter tout schisme national, pour glorifier ses dirigeants énergiques, pour continuer sagement et fortement son action, enfin pour reconquérir l'indépendance de fait de l'Egypte avec son Soudan et ses dépendances, sans condition, ni restriction.

La jeunesse égyptienne a versé son sang pour la plus noble des causes, pour la délivrance de sa patrie du joug étranger.

Elle a entendu dans le lointain des âges la voix de ses grands aïeux, qui lui ont dicté le plus grand des devoirs !

Libérer de toute servitude la terre des Pharaons !

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