LES COMPLICATIONS FINANCIERES
Ismaïl était généreux, intelligent, instruit militairement, à l'Ecole de Saint-Cyr.
Ses vues claires, son énergie et son patriotisme ont été favorables à l'Egypte. Mais hélas, sa confiance absolue dans les étrangers, ses prodigalités excessives et sa guerre contre l'Abyssinie, sa vente des actions du Canal de Suez ont été fatales pour lui et pour son pays.
Les dettes de l'Egypte, quand Ismaïl monta sur le trône, se montaient, avec le solde de prix des actions que le gouvernement de Saïd avait achetées du Canal de Suez, à 338 millions de francs.
L'amende du jugement rendu par Napoléon III dans l'affaire du Canal de Suez avec les frais de son inauguration furent de 367 millions.
Les cadeaux qu'il offrit à Constantinople et aux grandes capitales européennes pour obtenir les concessions, les tribunaux mixtes et les emprunts, ont été de 700 millions.
Le théâtre de l'Opéra, les nombreux palais et les dépenses faites pour ses nombreuses femmes, qui vivaient dans ces palais, atteignirent 100 millions.
La guerre d'Abyssinie, la formation d'une grande
armée et d'une marine puissante ont fait monter ces dépenses à 500 millions.
Les emprunts dismaïl au taux de 7 0/0 atteignirent jusqu'à 12 0/0 en 1874.
La Société Générale française pour le développement du commerce et de l'industrie lui fournit 300 millions en 1868.
La Banque franco-égyptienne lui prêta, en 1870, 175 millions.
La loi de Moukablah, que le Gouvernement d'Ismaïl avait promulguée en 1871, fit rentrer dans les caisses de l'Etat 125 millions. Aux termes de celte loi, tout contribuable ayant versé au Trésor, par anticipation, six annuités de ses contributions foncières, devait être à perpétuité dégrevé de moitié.
En 1873, Ismaïl fit un emprunt de 800 millions, toujours au taux de 7 0/0.
En 1874, ayant besoin d'argent, il vendit les 176.602 actions du Canal de Suez. La France hélas, sortant de la guerre franco-allemande de 1870, ne put les acheter et perdit la majorité des actions de ce canal que l'Angleterre acheta à 100 millions.
Cet état de choses provoqua de graves inquiétudes dans les milieux financiers.
L'Angleterre délégua en 1875 M. Cave, Avocat général de la Trésorerie, pour étudier la situation financière de l'Egypte.
M. Cave, dans son rapport, conclut que les finances de l'Egypte étaient très obérées.
Il préconisait l'unification de la dette, l'établissement d'un budget de 210 millions et enfin la constitution d'un bureau de contrôle.