CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE
la déclaration du Roi. Comment ne veulent-ils pas voir que les choses ont étonnamment changé depuis cette époque? Il est notoire
que tout le Directoire est favorable au parti du duc d'Orléans, el qu'il sera appuyé par Tallien, Sieyès et tous ceux qui n'ont pas voté la mort du Hoi. La connaissance de celte vérité a seule amené récemment tant de personnes à tourner leur pensée vers le souverain légitime.
« Je me suis abstenu de rien dire dans mes dépêches officielles; mais Votre Seigneurie peut être convaincue de ma véracité, quand je dis que leurdéfiance à l'égard du gouvernement britannique est plus grande que jamais et que les généreux efforts de Sa Majesté et de ses ministres en leur faveur sont l'objet des viles calomnies et des plaisanteries des personnes qui touchent de plus près au Roi... Je le sais par ce que j'ai vu de mes propres yeux. C'est à cause de la vanité et des préjugés de ceux qui composent son conseil, et non à cause de leur bon vouloir à notre endroit, que Votre Seigneurie n'a pas encore vu se réaliser ce que j'ai prédit peu après mon arrivée ici, à savoir que toute cette affaire finirait par une union de toutes les factions et de tous les partis contre l'Angleterre'. »
Ainsi, rien à faire avec les rovalistes : si on les laisse agir, ils feront tout contre l'Angleterre. Et cependant, malgré cette certitude, Wickham travaille encore au succès de la cause. A peine a-t-il eu connaissance des demandes adressées à Louis XVIII par les constitutionnels et les « bicaméristes » , et
1 Wickham à lord Grenville, 16 juillet 1796. — Ueçu à Londres le 13 août. — Cette dépèche contient encore une appréciation fort intéressante sur les résultats probables de la politique alors suivie en Allemagne. Il est à regretter que les hommes d'Etat français ne se soient pas toujours rendu compte des faits avec la perspicacité qu'y apportait Wickham, et qu'absorbés par la tradition qui leur montrait dans l'Autriche l'ennemie héréditaire, ils n'aient pas vu plus tût dans la Prusse l'ennemie naissante. « Les négociations avec la Prusse redoublent d'activité, — et j'avoue que la situation et la conduite de la maison d'Autriche sont telles qu'il me parait inévitable que la première de ces puissances acquière la prépondérance en Allemagne. Tout en vérité semble annoncer un grand changement dans le système politique de l'Europe, et particulièrement l'établissement d'un puissant empire dans le nord-est de l'Allemagne, sans qu'aucun effort puisse l'empêcher ; son influence probable et les conséquences qui peuvent résulter d'un semblable événement ne sauraient être prévues et devenir trop tût l'objet d'une sérieuse méditation. »
de la réponse qui leur a été faite, il s'entremet pour éviter une rupture violente.
Louis XVIII déclare que les propositions de Brottier sont inadmissibles, comme contraires aux principes de l'ancienne monarchie : Wickham demande à La Vauguvon si Tonne pourrait pas se fonder plutôt pour les rejeter sur leur obscurité et leur manque de précision dans les détails; ce prétexte aurait au moins l'avantage de laisser subsister quelque doute, qu'il serait loisible aux constitutionnels d'interpréter en leur faveur. Mais il s'aperçoit bientôt que La Vauguvon ne voudra, ou plutôt n'osera jamais condescendre à modifier à ce point l'esprit des instructions qu'il a signées; Wickham le presse, le supplie : La Vauguvon se décide à avouer que « le Roi a irrévocablement pris son parti de ne jamais rien faire qui puisse lui donner le moins du monde l'apparence d'encourager ou même d'écoute?' une proposition de ce genre, et que, si l'affaire aboutissait, il renoncerait à sa couronne plutôt que de souscrire à des conditions qui ne seraient pas greffées (grafted) sur les principes de l'ancien régime » .
Wickham obtient cependant une concession : il se résigne à laisser partir la dépêche du 11 juillet, mais le duc promet d'autoriser 1 agence de Paris par une note confidentielle, à la tenir secrète et à se contenter de dire aux constitutionnels que le roi serait heureux de discuter leurs propositions avec l'émissaire qu'ils jugeront convenable de lui envoyer. «Parla, dit Wickham, nous gagnerons au moins du temps; on ne produira aucune impression désagréable au sujet des intentions du Roi, et la correspondance restera ouverte. Le duc toutefois persiste à m'a»surer que les résolutions du Roi ne sauraient être ébranlées '. »
Dans toute cette affaire, Wickham s'était abstenu de recommander telle ou telle forme de constitution ; il avait seulement suggéré la nécessité «de ne rejeter directement et définitiv. -
1 Wickham à lord Grenville, 18 juillet 179G.