‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 101 sur 156 · CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE

ment aucune offre, quelle qu'elle fût a . Il ne cherchait pas à conihiner une action immédiate, mais demandait qu'on se tînt sur une prudente expectative en ménageant tous les moyens de reprendre les hostilités. « Il est, selon moi, d'une importance capitale, non-seulement de suspendre en fait toute opération dans l'intérieur, mais encore d'éviter soigneusement toute apparence d'une intention ou d'un désir d'exciter des troubles OU des insurrections en France... » Et, pour être plus sûr qu'il en serait ainsi, il envoya à Londres M. de Précv, en recommandant à lord Grenville de le garder auprès de lui : Précv ne pouvait servir en France, et sa présence en Suisse risquait d'être compromettante pour ses amis et pour lui-même. La situation de l'intérieur était telle que, malgré les instructions de lord Grenville, Wickham ne crovait plus devoir faire d'avances aux royalistes. Quant à Condé, il craignait de voir son armée dissoute d'un jour à l'autre.

La position du prince dans le Brisgau était en effet extrêmement critique : si les républicains passaient le Rhin en force entre Huningueet Neuf-Brisach, il lui serait impossible de se maintenir. Les agents français avaient fait tous leurs efforts pour exciter les habitants de la forêt Noire contre son armée : un moment même, on avait pu craindre qu'ils y réussiraient, et une tentative d'assassinat eut lieu contre Louis XYIII à Vil— lingen ; mais la bonne conduite des royalistes dans la défense du pays, les témoignages de satisfaction que leur avaient donnés les généraux autrichiens, dessillèrent bientôt les yeux de la population : elle s arma de tous côtés pour repousser l'ennemi commun.

On ne pouvait se dissimuler cependant, et Wickham le reconnaissait lui-même1, que, quels que pussent être les succès temporaires des Autrichiens, il n'y avait plus rien à faire sur le Rhin. La pacification de la Vendée allait permettre au Directoire d'envoyer sur la frontière de l'est une armée

1 Wicliham à lord Grenville, 1G juillet 1796.

2i)i L'ANGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.

considérable, pour laquelle « la lutte contre les royalistes avait été une école de républicanisme, de courage et d'intrépidité» . A moins d'une victoire décisive de l'archiduc, l'Allemagne était perdue. Coudé battit en retraite; Louis XY1II quitta Yillingen pour aller à LIm '.

Ces deux princes étaient alors dans la pénurie la plus complète : Wickbam donna quelques secours à La Vauguvon pour Louis XYIII. Quant à Coudé, l'Autriche cessait de paver la solde de ses troupes. Il écrivit à Wickham une lettre éplorée, pour lui demander de lui faire tenir l'argent que l'Angleterre ne donnait plus aux rovalistes de l'intérieur :

u Je ne veux m" entretenir avec vous que de la crise horrible où je me trouve particulièrement; je n'aurais jamais cru que l'intention de Sa Majesté Britannique fût de nous dissoudre avec éclat et de nous exposer à la révolte et à tous les crimes inséparables du licenciement que chaque individu de mon armée va être en droit de se procurer, n'étant plus pavé, ce qui va arriver la semaine

prochaine Est-il possible, permettez-moi de vous le dire avec

plus de sensibilité que de reproebe. que vous autorisiez en quelque sorte tout ce qui va se passer, faute de m'envoyer quelques milliers de louis, vous qui nous avez marqué tant d'intérêt, vous qui avez de si grands fonds à votre disposition? L'usage que vous en faisiez devient pour le moment illusoire... et vous ne pourriez pas en employer une grande partie à soutenir ce qui est beaucoup plus presse que toutes les insurrections désormais inutiles de l'intérieur! Que, même en continuant la guerre, on nous licencie

en nous avertissant d'avance, rien de plus simple; il est reçu que la politique autorise tout; mais que fautede pavement on nous fasse massacrer les uns par les autres, par des paysans indubitablement dévastés par une multitude de soldats en fureur et sans frein, c'est ce qu'un des meilleurs rois de l'Europe, le roi d'Angleterre, c'est ce que les ministres aussi sensibles qu'éclairés qu'il emploie, ne veulent sûrement pas8!... »

1 Wickham à lord Grenville, 18 juillet 17%. r - Condé à Wickham, Guttenmerin{jen(?), 21 juillet 170G. — Envoyé par Wickham à lord Grenville le 31 juillet. — Crawford était alors a Strasbourg,

et ses communications avec Condé étaient coupées; il écrivit à Wickham d'à-

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