CHAPITRE VII. — AVRIL-DÉCEMBRE l-Of
ou les détails sont tellement liés à l'ensemble qu'il est impossible de les en séparer, dans des lettres écrites de temps en temps, au
milieu du tumulte îles armes, el < 1 1 1 i p;ir conséquent ne peuvent être que fort courtes? Je voudrais pouvoir la discuter avec l'auteur lui-même, mais je sens très bien que cela ne se peut pas, parce qu'il esl nécessaire qu'il reste à son poste. Je désire donc et je regarde comme indispensable qu'il m'envoie quelqu'un qui soit digne de toute sa confiance el qui la possède, afin d'avoir avec lui la discussion la plus importante peut-être qui fut jamais. J'ai voulu vous répondre moi-même sur le grand article; quant au surplus, je m'en remets à ce que M. de LaVauguvon vous écrit de ma part1. »
Les instructions auxquelles renvoie Louis XYIIl furent expédiées le même jour, 11 juillet, à l'abbé Brottier. On ne peut les lire sans étonnement. Il semble que leur auteur plane dans quelque monde idéal, où tout peut se combiner géométriquement, suivant ses désirs. La Vauguyon conseille d'établir la chouannerie par toute la France, de façon à faire « une chaîne » entre Monsieur et Wickham. Puis, les agents doivent préparer l'opinion :
« Sa Majesté leur recommande cet objet capital des fonctions qui leur sont confiées; ils ne sauraient trop multiplier les occasions de faire connaître les invariables dispositions du Roi à ouvrir ses bras paternels à ses sujets égarés, à proscrire l'esprit de vengeance particulière, à ne permettre que qui que ce soit puisse s'v abandonner quand il donne l'exemple de l'oubli le plus généreux, à ne régner jamais que par les lois et à adopter le plan d'administration le plus sage et le plus propre non-seulement à corriger efficacement les abus de l'ancien régime, mais à mettre des obstacles insurmontables à leur renaissance. C'est surtout vers cette sévérité, cette pureté d'administration qu'il importe de fixer l'attention publique. »
La Vauguyon en vient enfin aux propositions de Brottier, et lui reproche cl avoir excédé ses pouvoirs. Surtout, que l'on ne parle point d établir deux Chambres législatives :
1 Louis XVJII à l'abbé Brottier, Villingen, il juillet 1796. — Envoyé par Wickh.im à lurd (ii'unville le 18 juillet.
<( Sa Majesté pense constamment que c'est sur les bases île notre ancienne constitution qu'il convient de relever l'édifice de la monarchie, et que ce n'est que sur l'ancien régime que doivent porter les changements destructifs des abus qu'il entraînait avec lui1... »
D'ailleurs, le duc est convaincu que Brottier n'a pu accepter l'idée d'une constitution limitative que comme un moyen, non comme une fin; le fondé de pouvoirs qui viendra trouver le roi se pénétrera bien vite de l'inanité des plans révolutionnaires de Paris, de l'excellence des élucubrations du cabinet de Villingen.
Wickham, navré de tant d'outrecuidance , déclara que le glas funèbre de la maison de Bourbon avait sonné :
« Je considère, écrivait-il le 16 juillet, la malheureuse façon dont ces négociations se sont terminées comme le coup de grâce de la famille régnante. Je n'avais jamais eu jusqu'ici d'alarme sérieuse au sujet du duc d'Orléans; mais, à moins que Sa Majesté n'ait assez d'influence sur le roi de France et les princes pour les amener à renoncer à une partie de leurs prétentions et particulièrement à la déclaration de Vérone, je suis persuadé que tout est à craindre... Les choses ont bien changé depuis les désastres de Vendée. Cet événement a été suivi de la résolution fort claire prise par les rovalistes de se rallier au gouvernement actuel, jusqu'à ce qu'il plaise à la Providence de leur en envoyer un meilleur. »
Et, dans une autre dépêche du même jour, Wickham montre le Directoire profitant de chaque faute commise par ses adversaires :
« Le Directoire acquiert tous les jours de la force et de l'assurance, les habitants étant persuadés qu'ils ne peuvent avoir la paix que par l'entremise de leurs gouvernants actuels. Cela est pour moi si •'vident qu'il est impossible d'en douter un instant. Au milieu de cela, la conduite du Roi me fait trembler. On adonné à Brottier l'ordre péremptoire de s'en tenir à ses instructions premières et à
1 Le duc ck> La Vanguyon à l'abbé Brottier,' 11 juillet 1796. — Envoyé par Wickham à lord Grenville le 18 juillet.