‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 102 sur 156 · CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE

Malgré l'insuccès des Autrichiens à Rastadt, on croyait encore à une prochaine restauration. Pichegru écrivit à Louis XVIII de ne pas perdre courage. Cette circonstance imprévue ne ferait que retarder le moment tant désiré. On réussirait immanquablement, « pourvu que le Roi consentit à entrer en France sous quelque forme de gouvernement constitutionnel (provided he will consent to ENTER into France under some fonn ofconstitutional govemment1) ». Pichegru avait avec Carnot une correspondance suivie. A Besançon, la jeunesse avait porté Pichegru en triomphe, « le traitant comme un général de Louis XVIII, plutôt que comme un républicain ». Enfin, par extraordinaire, les conseils de Pichegru avaient produit une vive impression sur le duc de La Vauguyon. \Yickham se reprit à avoir quelque espoir.

Mais il était plus que jamais nécessaire que Louis XVIII fît des concessions : si tous les partis s accordaient en France pour reconnaître la nécessité d'avoir un roi, la faction du duc d'Orléans gagnait du terrain. Cependant, bien des personnes, qui voulaient écarter le roi légitime, étaient persuadées que le duc d'Orléans n'accepterait pas le trône, ou que, s'il l'acceptait, le seul souvenir de son père exciterait contre lui en province une indignation si générale que la guerre civile en serait la conséquence inévitable et immédiate; ces personnes songeaient au prince Henri de Prusse :

k Si donc le souverain légitime voulait seulement prendre quelque peine pour gagner les chefs des diverses factions, s'il voulait autoriser les personnes qu'il a employées ou qu'il emploiera à l'intérieur à donner en son nom l'assurance solennelle qu'il est prêt à faire tout sacrifice qui n'impliquerait pas l'établissement d'un gouvernement faible et turbulent, et que le bien de son peuple exigerait, et surtout s'il voulait cesser de parler de l'ancien régime dans toute

vancer l'argent à Condé, disant qu'il prendrait toute l'armée royaliste à la solde anglaise si l'Autriche signait la paix. Wickham envoya de l'argent à la fin de juillet.

1 Wickham à lord Grenville, 21 juillet 1796.

20tî L'ANGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.

sa pureté, il n'est pas douteux qu'un peu plus tôt ou plus tard lous les individus bleu pensants de tous genres, de tous partis, pourraient se rallier autour de son drapeau, et même que les plus intelligents et les plus clairvoyants parmi les autres, qui ne sont pas absolument livrés au parti des jacobins, suivraient le torrent de l'opinion publique, et le dirigeraient probablement pour des motifs intéressés, sinon pour leurs bonnes intentions. »

Ces paroles furent textuellement prononcées par Pichegru ' et une autre personne que Wickham désigne sous la lettre Sâ. Pichegru ne demandait d'ailleurs ces concessions qu'à titre transitoire : il disait même qu'aussitôt en possession des rênes du gouvernement, le roi pourrait, si cela lui plaisait, devenir maître absolu du royaume ; que lorsque le cri de : Dieu sauve le Roi! aurait été une fois jeté, le torrent deviendrait irrésistible, et les prérogatives du roi n'auraient d'autres limites que celles que lui assigneraient sa propre sagesse et sa modération. Pour Pichegru comme pour Brottier, il était illusoire de songer à rétablir l'ancien régime sans transition ; la plus grande circonspection était nécessaire ; sans quoi l'on s'exposerait à de tels dangers, « qu'aucun véritable ami de son pays ne pouvait conseiller ou désirer une semblable tentative » . Enfin, Pichegru affirmait que c'était aussi le seul moyen d'assurer une paix avantageuse et honorable à l'Europe, et particulièrement à l'Angleterre.

Ainsi, vers la fin de juillet 1796, tout espoir d'une entrée triomphale de Louis XV III en France par la force des armes était à peu près abandonné. Un seul moyen s'offrait pour rétablir la monarchie ; ce moyen, tous les hommes politiques s'accordaient à l'indiquer à Louis XVIII. Mais celui-ci s'obstinait à n'y point recourir, au point que quelques-uns de ses plus fidèles serviteurs s'éloignaient de lui. (Juant à Wickham, désespéré de voir tous ses efforts rester infructueux, il renonça pour quelque temps à s'occuper des émigrés.

1 Wickham à lord Grenvilie, 23 juillet 1796.

1 Peut-être Sieyès, dont il est question plus haut dans la même dépêche.

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