‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 103 sur 156 · CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE

Les récentes victoires de l'armée française avaient en leur contre-coup : Barthélémy demanda à la Confédération helvétique d'expulser les émigrés de son territoire. Le 30 juin, Wickham annonçait à son gouvernement qu'il y avait cinq mille individus chassés; mille d entre eux voulaient passer en Angleterre, mais Wickham leur en refusa l'autorisation, jusqu'à ce qu'il eût reçu des ordres de Londres. L'entretien des émigrés réfugiés en territoire britannique était trop coûteux pour le gouvernement anglais : il était impossible de lui imposer cette nouvelle charge sans son aveu.

Directement menacée par les plans de descente en Angleterre formés par le gouvernement français, la cour de Londres emplova toute sa diplomatie à mieux organiser sur le continent la résistance à la Révolution. En septembre 1706, elle négocia avec la Russie un traité d'alliance et de subside que la mort de Catherine II empêcha de conclure. A la même époque, un diplomate anglais, M. Hammond, envoyé à Berlin dans le courant du mois d'août, s'efforçait de faire rentrer la Prusse dans la coalition.

Mais, si elle préparait la guerre, l'Angleterre ne s'en donnait pas moins l'apparence de désirer la paix : à la fin de septembre, lord Malmesbury partit pour les conférences de Paris. Pichegru, qui ne s'abandonnait pas aux utopies, avait conseillé à Wickham de faire ouvrir des négociations. II ne croyait pas à l'efficacité d'une déclaration pacifique et désintéressée des puissances, mais il avait dit ouvertement à Besançon :

u II pourrait être infiniment profitable de diverses façons que le gouvernement britannique fit de nouvelles ouvertures ce paix. ouvertures modérées, loyales et autant que possible spécifiques, l'effet des premières ayant été complètement détruit par l'adresse et l'habileté supérieures du Directoire et par les préventions qui subsistent contre l'Angleterre, préventions qu'il serait très-important de dissiper par tous les moyens1. »

1 Wickham à lord Grenville, 23 juillet 1796.

L'avis si formellement exprimé par Pichegru ne fut peutêtre pas sans influencer les décisions du cabinet de Londres relativement à la mission Malmesbury; toujours est-il que lorsque lord Grenville annonça cette mission à Wickham1, il lui enjoignit de ne pas arrêter ses préparatifs belliqueux; il laissait tout à la discrétion de Wickbam, et annonçait qu'il renverrait bientôt Précy*.

Dans ses rapports avec ses alliés, le cabinet de Saint-James se montrait particulièrement correct : toutes les pièces de la négociation engagée à Paris furent successivement communiquées à Vienne et à Saint-Pétersbourg. Cette franchise, peu usitée en diplomatie et souvent étrangère à l'Autriche, donnait sans doute à la mission de Malmesbury le sens indiqué par Picbegru, et prouvait qu'en octobre, pas plus qu'en mars, l'Angleterre ne voulait sincèrement mettre un terme aux hostilités. La nouvelle négociation n'aboutit d'ailleurs pas mieux que la première.

Au commencement de l'automne, la défaite du général Jourdan, la retraite du général Moreau semblèrent modifier totalement la situation qui, au mois de juillet précédent, avait forcé les amis de la rovauté à renoncer à toute entreprise immédiate. On croyait volontiers que l'archiduc Charles suivrait Moreau jusqu'en France et que l'occasion serait bonne pour reprendre les anciens plans d'insurrection et d'invasion ; Coudé pria Wickham d'insister auprès de la cour de Vienne pour que Ion entrât en Alsace et en Franche-Comté.

Wickham fut fort embarrassé par cette demande : son peu de foi dans les opérations rovalistes luttait chez lui avec le devoir impérieux de ne rien sacrifier de ce qui pouvait être utile à la cause. Il savait pertinemment qu'au mois d'avril précédent, alors qu'il était question d'une expédition dans l'Est, l'Autriche avait voulu écarter le prince de Condé, et

1 14 octobre 1796.

s Précy quitta Londres le 23 novembre.

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