‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 104 sur 156 · CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE

lui donner une tout autre destination. Convenait-il d'ailleurs de faire tant de fond sur les récents succès do l'Autriche en Allemagne? En Italie, la situation n'était guère favorable, et les défaites essuvées par les armées républicaines du Rhin s'expliquaient par les défauts du plan de campagne imposé par Carnot, plutôt que par lincapacilé des officiers ou la faiblesse des troupes. A un moment donné, le plan changerait, et la victoire reviendrait peut-être aux Français. Enfin, il était plus que douteux que l'on rencontrât l'appui des royalistes de 1 intérieur : des émigrés rentrés en France dans ces derniers temps avaient par leurs discours surexcité le patriotisme des populations contre les alliés ' . Mieux valait donc s'abstenir.

Wickham supplia Condé de mettre beaucoup de retenue dans ses rapports avec la cour de Vienne et les généraux autrichiens ; il allégua que les plans de l'Autriche étaient sans doute dressés, que rien n'amènerait cette puissance à s'en départir, et qu'une intervention trop active de Condé ou de lui-même, Wickham, en faveur d'une expédition en Alsace fournirait peut-être le prétexte d'en retarder 1 époque, sinon d'en faire absolument rejeter l'idée. Néanmoins, Wickham engagea Condé à se tenir prêt pour donner son avis ou entrer en campagne au premier jour; il lui promit de saisir toute occasion favorable pour appeler l'attention des Autrichiens sur le point en question.

Wickham avait encore une fois à jouer le rôle de modérateur et de conciliateur. Il se chargeait d'apporter tous ses soins à calmer les passions de Condé et à le convaincre que tout le possible serait fait; quant à l'Autriche, il pria sir Morton Eden de persuader à cette puissance qu' « un témoignage quelconque de désintéressement apparent {any additional appearance of disinterestedness)» serait d'un intérêt capital pour la cause, si l'on entrait en Alsace. Et Wickham, qui ne parlait et n'agis-

1 Wickham à lord Grenville, 22 octobre 1796.

sait plus qu'avec beaucoup de scepticisme, ajoutait ces mots caractéristiques : « Que Ton dispose au moins le prince de Condé à voir les décisions de la cour de Vienne , quelles qu'elles puissent être, d'un œil aussi favorable que possible '. » Tous ces conseils, tous ces projets furent inutiles. Le succès des armées autrichiennes ne se poursuivit pas; la frontière française fut respectée; l'Alsace ne vit ni Autricbiens, ni royalistes. A la fin de décembre, Wickham se résigna à cesser les secours pécuniaires qu'il donnait à Pichegru : celui-ci luimême reconnaissait qu'il n'y avait rien à faire pour le moment'; l'opinion publique réalisait bien quelques progrès assez satisfaisants : mais il fallait du temps, beaucoup de temps avant d'arriver par là à un résultat pratique.

1 Wickham à sir Morton Eden, 22 octobre 1796. â Wickham à lord Grenville, 14 décembre 1796.

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