CHAPITRE VIII
Wickham se rapproclie des constitutionnels. — Ses efforts pour ayir sur ic corps électoral. — Opposition de Louis XVIII à ce nouveau plan. — Succès des royalistes aux élections.
(Décembre 1796-mai 1797.)
La campagne de 170G avait montré une fois de plus 1 impuissance des alliés à rétablir la monarchie par les armes. Wickham, qui, à son arrivée en Suisse, avait rompu presque violemment avec les constitutionnels, se voyait peu à peu ramené vers eux. Louis XVIII n'était en somme qu'un instrument dans la main des Anglais ; quand un instrument est mauvais, on le met de côté. Louis XVIII était évidemment plus gênant qu'utile; rien de plus naturel que de l'écarter et d'agir au besoin malgré lui, sinon contre lui. Wickham se renseigna exactement sur l'état des factions politiques à Paris.
Les modérés et les royalistes des deux Conseils législatifs s'étaient divisés en trois groupes ou comités : l'un de ces groupes avait décidé provisoirement de soutenir le Directoire; le second était en relation avec l'agence Brottier; le troisième correspondait avec d'André, ancien constituant, résidant en Suisse'.
Le comité directorial, ainsi nommé à cause de l'appui qu'il prêtait au gouvernement, se composait de Gilbert-Demolières, Dumas, Portalis, Siméon, Duplantier, Dumolard et Cadroy. Dupont de Nemours, directeur de la gazette l'Historien, ami intime de tous ces personnages, n'était point admis aux déli-
1 Wickham à lord Grenville, 11 décembre 179G.
bé rations secrètes. Le comité se réunissait habituellement chez (Jilbert-Desmolières. — Quant aux deux autres groupes, Wickham crovait qu'ils se confondaient en un seul, dont les principaux membres étaient Lemérer, Durand, de Maillard, Thibeaudeau, II. Larivière et un certain Ribuffen, qui n'appartenait à aucun des deux Conseils, mais avait la direction de tous les contrats de fournitures pour l'armée. De Maillard entretenait la correspondance avec d'André, Lemérer avec Brottier. lis avaient fondé le club de Clichy, ouvert à tous ceux qui se trouvaient à peu près dans le même courant d'opinions que le- chefs du parti; quant aux affaires confidentielles, elles se traitaient toutes chez Lemérer, à l'insu du club de Clichy, de Dumas et du Directoire. On croyait généralement que Lemérer ne dirigeait d'autres réunions que celles de Clichy.
Le Directoire ignorait même totalement, au dire de Wickham, qu'il existât un comité Dumas, quoiqu'il eût été amené à traiter avec l'ensemble de ses membres à propos de divers incidents parlementaires. Carnot avait servi d'intermédiaire dans ces négociations de coulisse. Des engagements avaient été pris, modifiés, violés, de part et d'autre. Dumas reprochait particulièrement au Directoire d'avoir continuellement éludé ses promesses.
Au mois d'octobre 1796, il s'aperçut même que partout et toujours son parti avait été la dupe du Directoire, et qu il avait contribué à consolider le gouvernement et à s'ôter toute chance de succès, ainsi qu'à ses amis. A la vérité, la vanité présomptueuse de Dumas pouvait seule l'avoir empêché de reconnaître plus tôt la situation qui lui était faite, car de nombreux indices auraient dû l'avertir du rôle qu'on lui faisait jouer. En premier lieu, et malgré des engagements formels, le Directoire s'était refusé à remplacer Merlin de Douai par Demousseau au ministère de la justice. De même, contrairement à ses promesses, il n'avait pas révoqué dans les départements un certain nombre de ses commissaires connus pour leur inconduite, ou leurs relations suivies avec divers clubs jacobins.