CHAPITRE VIII. — DÉCEMBRE I79«-MA
les Jacobins et les terroristes, dans l'intention d entretenir l'anarchie et le désordre en France1 : le Directoire, comme de juste, faisait tous ses efforts pour propager cette croyance, et y avait admirablement réussi. Or, Dumas voulait Louis XVIII; d'André avait fait sa soumission à Louis XVIII : en s'unissantà ces hommes, on vaincrait peut-être les soupçons dont la politique anglaise ne cessait d'être l'objet.
Wickbam conseilla à d'André' de partir pour Paris, et lui promit son concours le plus actif. Il lui donna, en guise d'instructions, ces conseils que l'on retrouve si souvent dans ses dépêches, et qui tous tendent à établir l'union des diverses factions conservatrices et de tous les partisans de la paix en France. Mais il lui recommanda par-dessus tout de ne pas se compromettre trop avant avec des personnes capables de se conduire aussi légèrement que l'avaient fait les amis de Dumas : \Vickham croyait en effet que Dumas, si Garnot voulait s'en donner la peine, reviendrait bien vite à ses anciens errements.
La politique anglaise à l'égard des royalistes entrait donc dans une nouvelle phase : on allait combattre sur le terrain électoral avec toutes les armes usitées en pareil cas. Le centre d'action était transporté à Paris, dans l'enceinte des Conseils, dans les réunions publiques; le Directoire comptait sur un succès éclatant aux élections : il fallait lui donner tort à tout prix2.
Deux conditions étaient surtout nécessaires pour faire aboutir le nouveau plan : la cessation momentanée de tout mouvement insurrectionnel, afin que le Directoire ne trouvât aucune
1 Wirkham à lord Grenville, 11 décembre 1796.
- Wîckham eût peut-être désespéré avant de rien entreprendre, s'il eût connu ce jugement porté par un esprit juste et sensé : « On déteste, on méprise le gouvernement, on ne croit à la stabilité de rien; on préférerait généralement la royauté, si on pouvait à son réveil la trouver rétablie sans secousses et sans dangers; mais la crainte de ces dangers et de ces secousses est mille fois plus forte que le désir de la monarchie, qui de plus en plus devient une idée fugi tivc. » — Mallet du Pan au comte de Sainte-Aldegonde, 26 novembre 1796. Mémoires, II, p. 277.
raison valable pour user de moyens violents ; la prudence et l'union des agents employés dans l'intrigue électorale. Ces deux conditions étaient presque irréalisables.
Dans le courant de novembre 1796, le marquis de Bourmont se rendit à Paris, sur la demande de Brottier, pour examiner un plan d'insurrection en Bretagne et dans les provinces voisines. Bourmont trouva ce plan raisonnable, et en prépara l'exécution éventuelle. Mais il écrivit à Wickham qu'il craignait un soulèvement soudain des partisans de Puisaye dans l'Ouest, et qu'en tout cas, par ses prétentions au commandement suprême, Puisaye excitait parmi les officiers rovalistes des jalousies dangereuses pour la cause.
Dès le 2 janvier 1707, l'agence de Paris manda à Puisaye que, d'accord avec le cabinet britannique et avec Louis XYIII, on devait cesser tout mouvement jusqu'aux élections1. Mais, dans l'Ouest, on se défiait des agents du roi : on les accusait d'être monarcliicns, c'est-à-dire constitutionnels; aussi les jugeait-on sévèrement :
« Il parait et même il m'est démontré, écrivait Puisaye le 20 janvier à un officier de l'armée de Charette, que le parti monarchien cherche à profiter de la décadence de la République pour établir sur ses ruines ce système mixte qui a désolé la France et conduit Louis XVI à l'échafaud... Je m'élèverai hautement contre cette nouvelle faction, plus dangereuse, selon moi, que la faction républicaine2. »
Au duc d'Harcourt, Puisave mandait le 10 janvier:
« Il est plus facile de remettre le Roi sur le trône tel qu'il était que de l'y replacer avec des modifications. »
Les agents de Paris avaient en effet laissé transpirer le projet de substituer le roi au Directoire en conservant la Constitution de l'an III. Par malheur, Puisaye était encouragé dans ses sentiments de résistance par un ministre anglais,
1 HritM, Muséum, Mss., Add. 80ÔS.
* iJiitUI. .Muséum, Ms-i., AcJd. 80(i:j.