‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 108 sur 156 · CHAPITRE VIII. — DECEMBRE 1796-MA · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DECEMBRE 1796-MA

M. Windham, qui ne craignait pas d<> désavouer ses collègues du cal>inet de Saint-James ; la dépêche de Wickb.am.du ] 1 décembre était arrivée à Londres le (J janvier : c'est dune en toute connaissance de eaux' que Windham écrit à Puisaye et condamne l'emploi des moyens pacifiques pour la restauration de la monarchie :

« J'ai bien de la raison à être convaincu qu'un tel complot existe quelque part1, et que c'est par là qu'on a cherché à gagner, peutêtre à tromper le gouvernement de l'Espagne, parce que ce n'est pas en faveur du jeune d'Orléans, autant qu'on sache, mais de quelque branche de la maison d' Espagne qu'on veut écarter le Roi légitime. On a dit que c'était le prince de Parme que l'on avait en vue; mais c'est plutôt un des fils du roi même, c'est-à-dire le fils du prince de la Paix.

« Les agents du Roi ne se dissimulent pas l'existence d'un tel plan, mais c'est précisément par là qu'ils pensent, du moins qu'ils disent qu'il faut faire reconnaître le Roi par la manière la plus courte, de peur que, vu le penchant que la nation parait avoir pour la monarchie, on ne soit prévenu par celui qui voudrait l'accepter sur les conditions les moins coûteuses.

« C'est une question extrêmement difficile à résoudre et qui demande des données que je ne possède pas.

« Je suis persuadé que leur idée sera la plus goûtée ici. C'est malheureusement dans l'esprit de la politique qu'on a suivie jusqu'ici. Je n'en suis pas plus convaincu que ce soit celle qui doit avoir le meilleur succès. 11 s'en faut beaucoup que les conseils timides et mitoyens soient toujours les plus sûrs ni les plus prudents.

« Vous exercerez là-dessus vos lumières et votre sagesse; mais vous vous garderez bien, je suis sûr, de trop borner vos vues à l'esprit du pavs où vous êtes et de ne pas faire assez d'attention aux ménagements qu'il faut observer pour les différentes parties du royaume.

« En tout cas, vous serez probablement d'avis qu'il faut conserver

1 Le passage qui précède cet extrait ne précise pas; Windham fait allusion à un paquet envoyé par Puisaye à d'Harcourt, et où il est question de l'affaire.

l'ensemble par des sacrifices d'opinion de part et d'autre, tandis qu'on aura raison de croire que tout va de bonne foi1... »

Dans les provinces de 1 Ouest il v avait donc à craindre quelque révolte, que la jalousie de Puisaye à l'égard des agents de Paris et l'attitude du ministre anglais Windham amèneraient peut-être à une époque prématurée. A Lvon, au contraire, ou avait une confiance absolue dans Précy, et Précy déconseillait tout mouvement, faute de movens. Un cas cependant devait toujours être prévu : celui où 1 oppression du gouvernement contraindrait les habitants à s insurger; là encore on était exposé à se voir devancé par la force des choses, et, s'il en était ainsi, il était impossible de ne point prêter quelque assistance aux Lvonnais. Wickham se tint prêt à leur envoyer officiers et argent.

L'état de l'opinion était le même que l'année précédente : le désir de changement se mêlait à la crainte :

« Un mépris marqué pour les gouvernants, et un secret désir d'un changement plus ou moins radical dans le gouvernement actuel ; un besoin général de la paix, quel qu'en soit le prix; un sentiment profond de la puissance et de la force actuelles du Directoire; un souvenir vivace de l'efficacité de la Terreur, et la crainte d'en précipiter le retour par quelque tentative imprudente pour secouer le joug; une ferme résolution de ne rien entreprendre et de ne supporter aucune entreprise dans ce sens, à moins d'être appuyé par une puissante armée étrangère : tels sont, comme autrefois, les caractères principaux des opinions qui dominent en France2... »

Somme toute, la situation était assez favorable : la province suivrait Paris sans résistance, peut-être même avec un certain enthousiasme.

Mais les agents de Paris compromirent le succès par leur imprudence : le 30 janvier, Brottier et ses collègues, qui

1 Windham à Puisave,ler février 1797. firitish Muséum, Mss., Add. 7976 ; texte français!

s Wickham .1 lord Crenville, 17 février 1797. — Reçu à Londres le 12 mars.

Page 1