‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 109 sur 156 · CHAPITRE VIII. — DÉCEMBRE 179G-MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DÉCEMBRE 179G-MAI

avaient maladroitement tenté de corrompre deux officiers, furent dénoncés, arrêtés, puis condamnés à mort; leur peine fut commuée en une détention pour prix des révélations de Du verne. Wîckham conseilla à son gouvernement de se retirer au plus vite de la « bagarre » :

« Votre Seigneurie voit que l'affaire de Paris a manqué de la manière que nous avions tous deux prévue et attendue, je veux dire par Y incapacité des personnes. Plus je vois d'eux et de leurs relatioos, plus je suis convaincu qu'il n'y a rien à faire, sinon de les abandonner à eux-mêmes, et de nous tirer de la bagarre (scrapc) aussi vite et à aussi peu de frais que possible. Je n'ai pas communiqué à Votre Seigneurie un vingtième des faits qui sont venus à ma connaissance et qui tous m'ont persuadé de la sagesse et de la nécessité d'en agir ainsi. J'ai à peine effleuré le sujet dans ma dépêche officielle, mais mon esprit en est pénétré, et je ne saurais trop le recommander à la sérieuse attention de Votre Seigneurie. J'ai écrit au moins vingt dépêches à ce propos, et je les ai toujours jetées au feu, quand elles étaient finies, craignant, dans une matière de cette importance, de n'être pas suffisamment informé pour garantir mon opinion1. »

L'arrestation de Brottier aurait eu les conséquences les plus graves s'il eût existé quelque lien entre les diverses intrigues rovalistes. Mais cet agent était complètement étranger à la négociation menée par Dumas, Duplantier et d'André. Le parti constitutionnel restait à Wickham, et il comptait s'en servir, non pas pour en assurer le triomphe, ce dont il se souciait fort peu, mais parce que l'opinion publique imposerait à ce parti une politique d'abstention, s'il venait à prendre la direction des affaires :

« Votre Seigneurie connaît trop bien mon avis sur les cbefs du parti constitutionnel pour supposer que je soisaucunement la dupe de leurs artifices; mais je suis fortement enclin à croire que, s'ils arrivent au pouvoir, ils seront pour un temps incapables de faire du mal, parce qu'ils y arriveront avec C opinion des yens par lesquels

1 Wickham à !oril Gremille, 8 mars 1797. — Reçu à Londres le 30 mars.

ils doivent être nécessairement dirigés et gouvernes; et cette opinion sera longtemps favorable à la paix et à la tranquillité1... »

A côté du désir de trouver du secours à l'étranger, il y a en effet en France « une jalousie marquée contre toute intervention étrangère, et une conviction arrêtée dans l'esprit de tous les Français que les puissances en guerre n'ont d'autre objet en vue que la destruction et le démembrement de leur pavs » . Partant de ce double point de vue, Wickbam forme un plan d'action, où, tout en poursuivant la ruine du gouvernement français, il se voit amené à lui rendre un hommage involontaire : il reconnaît que toute attaque légale contre le Directoire est assurée de l'impunité. G'esL donc à agir sur l'opinion qu'il faut désormais consacrer ses efforts. Quant aux moyens, il en est deux : ne donner ni ne promettre aucun appui aux soulèvements partiels; exhorter les royalistes à se soumettre aux lois. Louis XY1II doit sanctionner les instructions qui seront données : son trône restauré en retirera splendeur et stabilité3.

Les rovalistes objecteront que cela conduit à la monarchie constitutionnelle : Wickbam veut croire que l'opposition de Louis XVIII à cette forme de gouvernement ne provient que de rapports trop flatteurs sur l'état de l'opinion et l'affection qu'il inspire ; quand il saura la vérité, il se ralliera. Si lord Grenville approuve ce plan, on ne pourra en parler directement à lilankenburg3, mais Wickbam préparera les voies dans sa correspondance avec les ministres de Louis XVIII; et si en définitive celui-ci refuse son adhésion, rien n'empêche les alliés d'agir dans ce sens, « avec avantage pour leurs propres intérêts et en particulier pour ceux de Sa Majesté Britannique » .

N'était-ce pas faire au Directoire le plus beau compliment

1 Wickham à lord Grenville, 8 mars 1797. s Voir nux Pièces justificatives, T.

3 Louis XVII] avait établi sa cour dans cette ville, après avoir quitté Vil— lin;;en.

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