CHAPITRE VIII. — DECEMBRE 1796-MAI 170T
près du but, La Vauguyon n'avait point caché son désir de voir l'Espagne déclarer la guerre à la Grande-Bretagne. Ces rêves s'évanouirent soudain ; de là un sentiment d'amertume mêlé d'injustice.
Cependant, la situation de Condé n'était guère enviable : l'Autriche, qui songeait à la paix plus sérieusement que jamais, et pour cause, l'Autriche ne faisait rien pour lui. Wickham vit le général Mack le 20 mars à Mullheim. Mack lui déclara que les forces dont il disposait ne lui permettaient point de prendre l'offensive ; il avait déjà formé le plan de campagne qui lui fut plus tard si funeste : si les républicains passaient le Rhin, au lieu de leur résister, il réunirait ses forces pour les surprendre à l'occasion, en s'appuyant principalement sur Ulm. Mack reconnut également qu'un renfort de cinq mille hommes ou une victoire quelconque le mettrait à même d'exécuter l'ancien projet d'entrer en France par la haute Alsace ; il venait d'étudier les points où le passage du Rhin était possible, et il avoua que « rien ne pouvait avoir empêché les généraux autrichiens de passer le Rhin en 1795, sinon le manque de confiance dans leurs propres talents » . Contre Condé, Mack était aussi prévenu que ceux qui l'avaient précédé dans le commandement de l'armée autrichienne : il ne voulait entendre parler ni d'augmenter son armée, ni de prendre des places au nom de Louis XVIII, ni mêmed'en laisser prendre aucune à Condé; pour lui, le prince ne servirait qu à faire une diversion pendant le cours des opérations autrichiennes1.
Ces déclarations du général Mack confirmaient l'impuissance militaire de la coalition; aussi est-ce avec un vif intérêt que Wickham suivait l'exécution de son plan pacifique à l'intérieur de la France. D'André conduisait fort bien à Paris le système d'opposition constitutionnelle préconisé par Wickham. Avec l'aide de quelques amis, il était déjà parvenu à organiser régulièrement le parti :
1 Wickliam à lord Grenville, 1er avril 1797.
« ...L'opposition a pris un caractère de méthode, d'unité et de vigueur tout à fait inconnu avant l'arrivée de M. d'André à Paris. Le plan que suivent ces messieurs est vaste et sera coûteux, car il s'étend... à toute la France. Je n'ai cependant pas hésité à l'encourager dans son ensemble. J'avoue certainement que c'est la première fois que je dispose des fonds publics avec une pleine satisfaction pour moi-même... Je sais aussi parfaitement toutes les difficultés que rencontrera nécessairement l'exécution de ce plan, ayant la plus hauteopinion des talents et des movens puissantsdont dispose le Directoire, et une expérience complète des jalousies et de la désunion qui existent parmi ses ennemis. Je veux dire que c'est le seul que j aie vu qui eût pour base la vraie situation des affaires tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et qui fût parfaitement conforme à l'esprit général et aux opinions du peuple. Ce plan a encore, comme je l'ai déjà suggéré, le singulier avantage que sa portée est bien plus ample que son objet immédiat ; il écarte les dangers évidents et tend, par sa nature même, à faire revivre en France les principes d'ordre et de bon gouvernement, et à rétablir en Europe la paix et la tranquillité.
« Je suis d'accord avec M. d'André pour dire que, dès cette année, nous verrons s'établir ouvertement la royauté ou une tyrannie militaire. Son plan a donc à ce point de vue un grand avantage : celui d'unir dans une cause commune la grande masse populaire ' »
Après l'arrestation de Brottier, l'agence royaliste de Paris avait été reprise par un nommé Despommelles, dont l'intention était de centraliser toutes les affaires royalistes de l'intérieur. Cet agent proposa à Louis XVIII de créer à Paris un conseil royal qui travaillerait à côté du Directoire et contre lui, et où tous les services seraient répartis entre les membres du conseil comme ils le sont entre des ministres. Louis XVIII adopta immédiatement cette idée, n'étant que trop disposé à jouer de son mieux la comédie d'un souverain qui ne règne pas, mais qui gouverne. Le président du conseil fut le prince Louis de la Trémouille; il était assisté de neuf personnes ; Despom-
1 Wickham à lord Grcnville, Berne, 1er avril 1797. — Reçu à Londres le 22 av.il.