CHAPITRE VIII — DECEMBRE 1796-MA
nielles eut le département de la guerre. Ceci se passait au commencement d'avril 1797. La Trémouille devait aller en Angleterre pour conférer avec Monsieur avant de se rendre à son nouveau poste ; l'entrée en fonction du ministre du roi se trouva donc retardée.
Mais Louis XVJII, tout heureux d'avoir un prétexte pour s'adresser à ses sujets, ne s'attarda point à de mesquines considérations d'opportunité et rédigea de Blankenlmrg un nouveau manifeste. Rétablissement de la religion; résurrection de l'ancienne constitution avec drs perfectionnements et la réforme des abus : voilà ce que veut le prétendant. Il proclame ouvertement la présence de ses agents à Paris, disant qu'ils ont mission de préparer les élections, d'attendre le succès de l'opinion seule et de ne se servir de la force qu'à la dernière extrémité '.
C'était une étourderie et une duperie, alors qu'on avait promis la prudence et que l'on affichait la sincérité :
« Quoiqu'il y ait certainement à d'autres points de vue bien des choses à approuver dans ce manifeste, il serait cependant à désirer, pour des raisons évidentes, que ce point (la présence d'agents du Koi) n'eût pas été traité. Il n'est rien que les habitants bien disposés, qui ont le plus sincèrement à cœur la restauration de la monarchie, craignent autant, et avec tant de raison, que quelque intervention du Roi ou de ses agents, ou que l'apparence de travailler avec les royalistes avoues de l'intérieur ou de l'extérieur. Cela n'a jamais été bien compris à Blankenburg, et l'extrême délicatesse du sujet m'a rendu plus circonspect dans ma façon d'y insister auprès du comte d'Avaray et du duc de La Vauguyon, que je n'aurais peut-être dû l'être, étant donné sa grande importance et les conséquences auxquelles il conduit naturellement.
«J'ai cependant eu bien des entretiens sérieux avec le duc de La Vauguyon sur des points connexes à ce sujet, et, dans un temps... j'avais de bonnes raisons d'espérer que la conduite publique du Roi aurait été conforme aux principes que je viens d'exposer, car il
1 Cf. Fauche-Borel, Mémoires, II, p. 67-78. On y trouvera te texte de ce nouveau manifeste de Louis XVIII, daté du 10 mars 1797.
m'assura à plusieurs reprises que les sentiments de Sa Majesté sur cette matière étaient identiques aux miens. J'eus néanmoins bientôt la mortification d'apprendre, tant par les lettres du duc interceptées et publiées par l'ennemi, que par d'autres lettres qui me furent communiquées d'une manière secrète et confidentielle, que son langage dans cette occasion était fait pour me tromper, et que le conseil que j'avais donné fut représenté aux agents du Roi connue une raison de se défier de tout ce qui venait du cabinet britannique. Sans vouloir attribuer la même duplicité au comte d'Avarav, dont les intentions me paraissent parfaitement droites, je suis persuadé que le mal est et restera le même.
a C'est une calamité publique, dans un moment comme celui-ci, qu'il n'y ait auprès du roi de France personne qui connaisse l'état réel de l'intérieur et de l'opinion, et les causes secrètes qui ont produit la Révolution et lui ont assuré des partisans, personne qui ait une notion exacte de ce qu'est une assemblée populaire ni du gouvernement mixte. II est inutile de parler de ces questions avec ceux qui entourent le Roi : ils ne les comprennent pas et ne peuvent pas les comprendre.
a Là est la véritable cause des fausses mesures que l'on prend; là est la raison pour laquelle ils ne conseillent ni ne comprennent les mesures de prudence et de précaution que dicte la nécessité, et pour laquelle ceux qui les proposent deviennent immédiatement l'objet des méfiances et des soupçons. C'est aussi la raison qui fait qu'au lieu de conduire et de diriger l'opinion publique comme on pouvait le désirer, il se trouve malheureusement qu'ils ne retardent que trop souvent son progrès1... »
La proclamation de Louis XVIII, dont quelques parties étaient approuvées par Wickham, fut au contraire vivement critiquée par les exaltés du parti royaliste :
« On nous procura hier la proclamation du Roi; elle nous fit faire de funestes réflexions. Il paraît que l'on veut régner coûte que coûte et vaille que vaille. On ne peut rien faire avec de
pareilles intentions On prétend aussi que cette proclamation a
été soumise au gouvernement anglais avant d'être publiée, et que c'est de son aveu qu'elle a été répandue. Il est certain qu'elle le dispense de nous donner aucun secours à l'avenir, puisqu'il nes'agit
1 Wickham ;i lord Grenville, 12 avril 1707. — Reçu à Londres le 1er mai.