‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 113 sur 156 · CHAPITRE VIII. — DECEMBRE I796-MA1 I79T · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DECEMBRE I796-MA1 I79T

plus (jue de gagner l'opinion en promettant des récompenses, des places, en assurant L'oubli des erreurs, l'oubli même des crimes ' »

Ce pessimisme n'était rien moins que justifié. On sait ce qu'il faut penser de la prétendue intervention de l'Angleterre dans la rédaction du manifeste. Quant à l'opinion publique, elle se montrait de plus en plus favorable. C'est dans le tiers état qu il faut chercher un point d'appui, dit Wickham :

«Votre Seigneurie apprendra par les journaux... quel sérieux progrès l'esprit monarchique a accompli, même à Paris, et combien tous ceux qui ont pris une part active à la Révolution commencent à s'alarmer. Je regrette de voir qu'un certain système d'exclusion commence à prévaloir; mais une fois l'impulsion donnée énergiquement à l'opinion publique, je suis et j'ai toujours été persuadé que le courant sera beaucoup trop fort pour être dirigé par ceux qui l'ont fait naître et pour être arrêté par tout ce qui ne sera pas la tyrannie militaire.

« Il a dès longtemps été évident, et je l'ai toujours dit à Rlankenburg, que la monarchie était entièrement et exclusivement dans les mains du tiers état, et que c'est à cet ordre que le Roi doit s'adresser avec confiance, car je suis sûr qu'il peut le faire en toute sécurité.

« Ma ferme opinion a toujours été également que les véritables intérêts du Roi lui-même, aussi bien que ceux de la noblesse (et je pourrais ajouter de l'Europe), seraient bien mieux garantis dans lés mains du tiers que dans celles des anciennes cours ou de la noblesse exclusivement. Ce qui se passe maintenant confirme mon sentiment : les gens qui ont été excités contre le gouvernement par les chefs de divers partis qui ne poursuivaient que leurs ambitions personnelles, ont presque toujours, quand on leur a laissé la liberté du choix, rejeté ces chefs, et choisi des personnes notoirement attachées à l'ancien gouvernement, ou des propriétaires influents qui, n'ayant aucune part aux dissensions politiques, paraissent désireux d'établir un gouvernement qui assure la tranquillité à l'intérieur, la paix à l'extérieur2... »

1 Marquis de la Jaille à Puisaye, Yarmouth , 16 avril 1797. — Britist Muséum, Mss., Add. 8042.

5 Wickham à lord Grenville, 15 avril 1797. — Reçu à Londres le 1er mai.

2»é L*ÀNGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.

A en croire Wickham, il fallait à la France une monarchie bourgeoise comme celle qui s'établit en 1830. Bien des crises étaient encore nécessaires avant qu'on en arrivât là. Après les excès de la Révolution, il était peut-être utopique de vouloir la constitution immédiate d'un gouvernement tempéré et parlementaire. Aux explosions de passions populaires succède toujours une réaction violente, autocratique, tyrannique même. La révolution anglaise de 1648 s'abîma aux pieds de Cromwell; la Révolution française, aux pieds de Bonaparte. Puis vint dans les deux pays un retour temporaire vers l'ancien régime. Une nouvelle secousse enfin aboutit au calme et au fonctionnement régulier d'institutions libérales. Lorsqu'il indiquait comme une solution radicale le recours au tiers état, Wickham anticipait sur le cours normal des événements; mais il saisissait la véritable portée de la Révolution française, faite au profit de la bourgeoisie. Celle-ci n'était pas encore assez mure pour prendre le pouvoir : pendant les journées de la Révolution, elle s'était laissé déborder par la démocratie parisienne; elle ne pouvait être investie de 1 autorité politique avant qu'une main énergique eût maîtrisé les révolutionnaires de la rue. Mais c'était à elle en définitive que 1 influence devait faire retour : le roi lui-même deviendrait un bourgeois.

Fort de l'approbation que lui avait donnée son gouvernement1, Wickham restreignit l'organisation de ses correspondances, cessa tout encouragement à l'insurrection et concentra sur Paris ses moyens et son activité. Il avait là un agent nommé Berger, qui prit la direction de l'un des deux comités royalistes, tandis que Dumas, effarouché par l'arrestation de Brottier, travaillait à se rapprocher du Directoire. Avant les assemblées primaires de mai 1797, Berger, au nom du club de Clichy, s nuit à Despommelles, l'agent du roi ; jusque-là il avait jn;;é plus prudent, plus conforme à ces devoirs envers les amis

1 Lord Grenville à Wickham, 18 avril 1797.

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