‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 118 sur 156 · CHAPITRÉ IX. — JUIN-DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ IX. — JUIN-DÉCEMBRE

«M. Barthélémy, le lendemain de son arrivée à Paris, rendit visite à M. d'Anbigny, qui, sous l'ancien gouvernement, était intendant général des postes, et envers lequel il avait autrefois contracté de nombreuses obligations. Après une conversation générale, il s'ouvrit entièrement tant sur sa situation personnelle que sur l'état des affaires publiques. Il dit que, quant à lui, il savait fort bien qu'il venait à Paris comme une victime; qu'il s'attendait au pire; mais qu'il était résolu à ne pas périr sans avoir rendu à l'humanité et à son pays tous les services en son pouvoir; que ses collègues, dès leur première entrevue, avaient fait tous leurs efforts pour lui montrer qu'ils sentaient que son élection était destinée à leur faire un affront; qu'ils avaient ri tout haut de quelques principes qu'il avait exposés dans le cours de l'entretien, et que, pour l'empêcher d'avoir aucune influence dans un département ministériel quelconque, ils avaient résolu d'abandonner le système pratiqué jusque-là de répartir les affaires entre les membres du Directoire, pour porter dorénavant toutes les questions devant le gouvernement réuni en assemblée plénière et les faire résoudre par la majorité.

« Quant aux affaires publiques, il dit qu'il avait trouvé le Directoire absolument déterminé (comme il l'était, pense-t-il, avant son arrivée) à persévérer dans le système néfaste du Comité de salut public; que ses collègues avaient particulièrement manifesté leurs intentions contre la Suisse et Hambourg, leur résolution d'humilier l'Angleterre. Comme M. Barthélémy exprimait un avis absolument opposé en ce qui concerne la Suisse, M. Merlin de Douai, présent à la conversation, lui demanda s'il allait jusqu'à soutenir l'aristocratie de Berne; M. Barthélémy chercha à présenter la conduite de ce canton sous un jour favorable; mais tous les assistants se mirent à rire d'une façon si indécente, qu'il jugea nécessaire de rompre l'entretien. M. Barthélémy conclut en demandant à M. d'Anbigny de venir le voir souvent et de lui donner son appui et ses conseils, dans toutes les circonstances difficiles.

« Le lendemain au soir, M. d'Anbigny, sur le conseil de la personne qui m'a communiqué cette conversation, Berger, alla au Luxembourg, où M. Barthélémy, dans un entretien long et confidentiel, lui confirma avec plus de détails ce qu'il lui avait dit la veille, fortifié dans son sentiment par une nouvelle entrevue avec ses collègues. Il dit qu'il était absolument résolu ou à mourir

■2;ï(i L'ANGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.

dans son rôle, on à déterminer le gouvernement à changer de ligne de conduite; qu'il prendrait la Constitution pour guide, et que, chaque fois que ses collègues s'en écarteraient, il en appellerait lui-même aux Conseils, pourvu qu'il fût assuré d'y trouver un appui; que c'était particulièrement en cela que M. d'Aubigny lui serait utile, d'abord en l'informant clairement de ce qu'il pouvait attendre des chefs des partis, puis en dirigeant ceux-ci, si une question difficile et délicate se présentait... Il ajouta qu'il était nécessaire qu'ils adoptassent immédiatement un plan de conduite déterminé, parce que sans cela tout serait perdu. Il parla aussi à M. d'Aubignv des conseils peu judicieux qui avaient été donnés au Roi, et exprima un vif désir que l'on envoyât chercher l'évêquede La n grès à Blankenburg1... »

Barthélémy disait encore que le Directoire ne signerait la paix avec l'Angleterre que si celle-ci consentait à restituer ses conquêtes coloniales ; il espérait pouvoir gagner Carnot au parti royaliste. S'il parlait de faire respecter la Constitution, il ne s'en préparait pas moins à travailler de tout son pouvoir à rétablir la monarchie ; mais la cause républicaine n'était pas encore définitivement perdue dans les Conseils, et cela expliquait que la majorité du Directoire fût décidée à lutter.

11 y avait dans les assemblées législatives environ deux cents royalistes dévoués2, deux cents républicains, et trois cent cinquante indifférents faciles à gagner. Parmi ces derniers, le groupe Dumas méritait seul le nom de parti. Pichegru, lui, cherchait à ménager tout le monde : il attendait que le peuple se prononçàtet l'appelât au pouvoir. Quant aux royalistes avérés, si leurs opinions pouvaient à la rigueur satisfaire Wickham, elles devaient singulièrement mécontenter la cour de Blankenburg : la majorité d'entre eux inclinait vers une renonciation des

1 Wickliam à lord Grcnville, 27 juin 1797. — Reçu à Londres le 18 juillet.

* Wickliam à lord Grenville, 27 juin 1797. — Berger disposait plus particulièrement de Barbé-ilarboi», Conchery, Jordan, Jourdan, Desmollièregf Larivière, Lemérer, Gosnin, Cadroy, Polissard, Rebon, Imbcrt, etc.

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