CHAPITRE IX. — JUIN-DECEMBRE
frères de Louis XVI au profit du duc d'AngouIéme, à qui l'on ferait épouser Madame Royale. Cependant, ou était disposé à accueillir le roi légitime, à renoncer même à avoir une constitution, si le bien public l'exigeait.
Dans ces conditions, aucun plan d'action spécial ne pouvait être arrêté. Berger, dont l'influence s'établissait peu à peu à Blankenburg, demanda que Louis XVIII fît des offres réelles aux chefs de parti; il croyait que 1 on devait se préparer simplement aux prochaines élections : en attendant, il s'engageait à arrêter l'œuvre révolutionnaire entreprise par le Directoire dans les pays voisins. Il envoya à Blankenburg l'abbé Delamarre et Bavard, l'ancien agent de Wickham à Lvon. Delamarre avait pu constater par lui-même les efforts de Berger; il savait aussi que l'argent anglais avait seul permis d'obtenir quelques résultats heureux aux dernières élections; le crédit dont il jouissait à Blankenburg faisait espèce que son intervention amènerait l'adoption du plan de Berger, que Bavard devait soumettre à la sanction royale.
Ce plan se réduisait à quatre points : 1° obtenir dans le corps législatif une majorité décidée ; 2° se rendre maître de l'opinion publique; 3° préparer les forces nécessaires pour appuver l'opinion, en rendant ses armes à la garde nationale, en gagnant les administrateurs des départements et en leur proposant uue ligne de conduite uniforme; 4° fonder dans chaque département une association de propriétaires royalistes sur le même plan que 1' « Institut philanthropique » créé par Despommelles à Paris, et chargé d'influencer le choix des administrateurs et de soutenir ceux-ci après leur nomination. La condition première du succès, condition sur laquelle Bavard devait spécialement insister, était que Louis XVIII «ne constituât aucun nouveau conseil, ne donnât aucuns nouveaux pouvoirs, ne fit aucune nouvelle déclaration, ne s'arrêtât à aucune forme de gouvernement, ne s'engageât à adopter aucune espèce de constitution quelle qu'elle fût, jusqu'à ce que tout le royaume eût été complètement préparé, par l'entière exécution du plan ex-
posé ci-dessus, à discuter une question aussi grave avec calme et attention, comme à l'accepter sans alarme1. »
Les royalistes commençaient à reconnaître que, si toutes leurs machinations avaient échoué jusque-là, la principale cause en était que le peuple français n'était pas encore mûr pour une restauration. Mais les modérés, disposés aux concessions et à la patience, se voyaient souvent dépassés par les fractions extrêmes du parti royaliste, et ils rencontraient les plus grandes difficultés à les contenir. Quelques-uns, Puisaye l'un des premiers, pensaient que rien ne réussirait sans l'aide d'une force armée5; presque tous étaient d'avis que la modération endormait et dissolvait le parti, au lieu que la persécution et la guerre ranimaient son ardeur.
Le Directoire avait jugé avec raison que l'un des meilleurs moyens de pacifier la France était de se montrer tolérant à l'égard du catholicisme ; emporté lui-même par la force des choses il rendait les églises au culte, sans se montrer trop exigeant à l'égard des opinions des prêtres. Il portait ainsi un coup des plus efficaces aux royalistes exaltés : ceux-ci en effet, particulièrement dans les provinces de l'Ouest, avaient exploité la passion religieuse au profit de leurs aspirations politiques. Quant aux prêtres, ils n'avaient secondé les royalistes que dans la mesure où ils croyaient la Révolution incompatible avec les intérêts de la religion-, à part quelques prélats plutôt politiciens qu'évangélisateurs , tels que l'évêque de Tréguier, qui interdit à son diocèse de se soumettre, le clergé se montra disposé à se rallier à la République, lorsque le Directoire eut fait les premières avances. Dans les diocèses de Saint-Brieuc et de Lyon il en résulta un véritable schisme ; les évêques qui avaient suivi les princes à l'étranger essayèrent de le combattre en dépéchant quelques ecclésiastiques munis d'inslructi ons spéciales.
1 Wickliam à lord Grenville, 30 juin 1797.
* Mémoire de Puisave au comte d'Artois, juin ou juillet 1797. — Rritish Muséum, Mss., Add. 7972.