‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 120 sur 156 · CHAPITRE IX.— JUIN-DECEMBRE 1"'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX.— JUIN-DECEMBRE 1"'J

Les royalistes se joignirent à ces prêtres pour arrêter un mouvement qui détachait d'eux un grand nombre de partisans : le rétablissement de la religion, réclamé dans tous les manifestes, était pour eux moins un but à se proposer qu'un moyen à mettre en œuvre. L'alliance hétéroclite entre L'Église et l'insurrection, fondée sur une communauté d'intérêts toute momentanée, prenait fin, comme la plupart des alliances, Inique l'une des deux parties voyait jour à satisfaire ses propres prétentions à l'exclusion de celles de son allié. Les catholiques se séparaient des royalistes, comme ceux-ci avaient voulu se séparer de l'Angleterre et de l'Autriche : les uns et les autres écoutaient la voix si puissante de l'intérêt bien entendu. Un parti politique, pas plus qu'un gouvernement, n'est susceptible de reconnaissance; s'il l'était, ne pourrait-on lui reprocher à bon droit de trahir l'idéal qu'il prétend servir, et dont il affirme la supériorité, la vérité absolue?

Une lettre d'un royaliste met en pleine lumière les sentiments qu'inspirait aux chefs de l'insurrection l'attitude si naturelle des catholiques:

« M. Dubois, vicaire général de l'évèque de Tréguier, me mande que l'agent de l'évèque de Rennes engage tous les prêtres de ce diocèse à exercer publiquement leurs fonctions et à profiter de la tolérance, décrétée pour tous les cultes; je vous envoie le discours cm'a prononcé Camille Jourdan (sic) pour obtenir ce décret. Vous en verrez les conditions humiliantes et dégradantes. Je ne puis croire qu'un évêque catholique puisse ordonner à son clergé d'en profiter; c'est ce qui me fait craindre que celui qui se dit chargé des pouvoirs de l'évèque de Rennes soit un imposteur.

« Ce décret de tolérantisme pour les cultes, dicté par la perfidie la plus adroite, m'afflige d'autant plus que la grande majorité des royalistes et des prêtres mêmes s'en réjouissent et ne voient pas qu'il est un des plus contraires aux intérêts de notre souverain Maître. Il nous reste cependant un moyen d'en paralvser les effets; vous êtes à portée de le faire connaître à Son Altesse Royale.

« Si les prêtres catholiques continuent d'exercer secrètement

leurs fonctions, le peuple sentira alors ce qui lui reste à désirer, et ce désir augmentera de plus en plus par l'aisance que vont avoir les royalistes de se communiquer leurs pensées, et les prêtres pourront échauffer leur zèle en leur rappelant les devoirs que leur impose leur religion.

u 11 est on ne peut plus intéressant, je crois, que Sou Altesse Royale fasse écrire à tous les prélats catholiques pour les engager à donner à leur clergé des mandements pour leur défendre de dire la messe dans les églises concédées par la République et de se soumettre à la discipline et à la surveillance des magistrats '. »

Le désir exprimé par Ghalus avait déjà reçu un commencement d'exécution : un ordre parti de Blankenburg interdit au clergé de l'intérieur de se soumettre à la République. Cette intrusion du prétendant dans les affaires religieuses était assez extraordinaire : elle causa de véritables dissensions dans le clergé, à Lyon notamment, et aliéna complètement à la cause royaliste un certain nombre de prêtres qui, bien que ralliés à la République dans l'intérêt immédiat de la religion, conservaient à Louis XV11I leur affection et leur dévouement. Quelques-uns des principaux prélats de Paris, à la tête desquels se trouvait l'abbé Émery, ancien supérieur de Saint-Sulpice, chargèrent Bavard de faire des remontrances à Blankenburg; le caractère de l'abbé Émery, l'influence qu'il avait eue autrefois à la cour serviraient peut-être à tempérer les dispositions de Louis XVIII.

Ménager l'opinion à tout prix; s'abstenir dans ce but de tonte ingérence publique et officielle dans les affaires : telle était, en résumé, la politique que l'on conseillait au roi. En même temps, lord ( rrenville encourageait Wickham à répandre 1 argent anglais dans l'intérieur de la France, en attendant l'issue des conférences de Lille.

« Je ne reviendrai point ici sur le compte des anciens agents,

1 Le comte de Chalusà Puisaye, 8 juillet 1797. — Uritisli Muséum, Mss., A. M. 8010.

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