CHAPITRE IX. — JUIN-DECEMBRE 1797. Jil
écrivait le comte d'Artois à Puisaye, le Iï> juillet 171)7 ' ; les circonstances les ont écartés des affaires, et je crois que le service du Roi ne pourra au y gagner. » La modération relative
dont Brottier et ses acolytes avaient fait preuve dans les derniers temps les avaient en effet frappés de discrédit auprès des princes, (jui, saisissant avidement 1 occasion de revenir aux saines traditions de la royauté absolue, s'étaient empressés de constituer le fameux conseil royal que La Trémouille devait présidei . Aussi, lorsque Delamarre et Bavard arrivèrent à Blankenburg, opposa-t-on aux propositions dont ils étaient porteurs l'impossibilité de revenir sur une création aussi récente ; cela déguisait mal 1 intention où l'on était d éluder leurs demandes.
Le comte de Saint-Priest avait succédé à La Vauguyon dans la faveur de Louis XVIII : ce fut lui qui annonça à Wickham la réponse faite à Delamarre et à Bavard. Sa dépèclie est un chef-d'œuvre, côtoyant le mensonge à chaque ligne sans jamais y verser complètement. Wickham avait dit à Saint-Priest « qu'on ne devait constituer à Paris rien de semblable à an conseil, et que le chef des agents, quel qu'il fût, ne devait pas être un émigré 9 » . Saint-Priest explique la décision de Louis XYIII en s'autorisant d'un prétendu assentiment donné par lord Grenville :
u Certainement, s'il s'agissait d'une mesure à prendre, Sa Majesté n'aurait pas balancé à adopter celle qui lui est proposée et qui a votre attache, et elle aurait été admise de confiance, si vous l'aviez présentée au Roi lorsque vous avez su que l'on demandait de Paris à Sa Majesté une nouvelle agence, et que le sieur Well, passant à Berne, vous a informé que tel était l'objet de son voyage; mais vous ne témoignâtes alors que le désir de voir le Roi faire un choix, et d'apprendre sur qui il s'était porté. A présent, il ne s'agit plus de construire, mais de se servir le plus utilement possible de ce qui se trouve fait. Le Roi est lié à le maintenir par ce qui s'est passé à cet égard avec le ministère britannique.
1 British Muséum, Mss., Add. 7972.
* Wickham à lord Grenville, 27 août 1797.
u Pour entendre les choses, il est nécessaire île remonter à l'époque de l'arrestation des agents du Roi à Paris. Lorsqu'elle fut connue en Angleterre, Mylord Grenville s'expliqua avec le chargé d'affaires de Sa Majesté sur ce malheur qui rompait le cours des moyens qu'avait Sa Majesté pour influencer et diriger l'opinion vers le rétablissement du trône en France. On lui répondit que le Roi tenait encore le fd de ses intelligences dans le Rovaume et qu'on remplacerait aisément les détenus. En effet, le prince de La Trémouille, qui était compris dans l'ancienne agence et qui s'échappa lors de l'arrestation de trois de ses membres, vint à Blankenburg; et le Roi, satisfait de son zèle, de son instruction et de ses formes, pressé par les avis de Paris et de Londres, jugea à propos de le choisir pour monter à Paris une nouvelle agence. M. de La Trémouille accepta, pour le cas où il obtiendrait sa radiation de la liste des émigrés, et passa en Angleterre.
u II vit à Londres à plusieurs reprises Mylord Grenville, lui fit approuver les plans du Roi; et quoique ce ministre, aborbé dans ce temps par l'affaire des matelots et celle d'Irlande, ne lui eût pas alors fourni de fonds, à peine M. de La Trémouille était-il parti que Mylord Grenville fit compter six mille pièces pour être emplovées par ce prince aux opérations dont il était chargé à Paris, où nous ne le savons pas encore arrivé.
« Telle était, Monsieur, l'organisation des choses, lorsque MM. Delamarre et Villars (Bavard?) sont venus ici. Ce dernier a présenté à Sa Majesté un nouveau plan d'organisation d'agence; mais peut-elle l'accepter en détruisant celui qu'elle a fait, après qu'il a été admis par le ministère britannique? Le seul parti qui reste à prendre sans contredit est d'amalgamer les arrangements déjà pris avec les nouvelles propositions qui viennent d'être apportées au Roi. Il s'y rencontre d'autant moins de difficultés que MM. Despommelles et d'André, les deux personnes que l'on propose pour les principales fonctions de l'agence, étaient l'un et l'autre compris dans le règlement qui a été déterminé, ce dernier pour le cas seulement où cela pourrait lui convenir. M. le prince de La Trémouille s'est déjà probablement réuni à eux pour commencer ce travail. Que M. Despommelles suive donc la marche de l'Institut qu'il a fondé, et dont l'utile effet s'est fait sentir lors de ['élection des nouveaux députés. Que M. d'André s'occupe à guider le corps législatif, ce dont il est si capable. Il faut à l'un et à l'autre un tiers arbitre, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui serve à