CHAPITRE IX. — JllN-nECEMBUE 1197. 2i
movonner le concert de leurs opérations. Ce sera M. le prince de La T remouille, s'il est rayé de la liste des émigrés, et, s'il ne l'est pas, le Roi choisira une autre personne pour le remplacer. J'ajoute même que, dans les moyens d'influencer le corps législatif, M. d'André aura besoin d'un coopérateur qui gagne la confiance des députés royalistes à laquelle il ne peut encore prétendre, et peut-être cette mesure où il se trouve est-elle heureuse, pour qu'il puisse agir avec plus d'efficacité vis-à-vis des constitutionnels et des républicains de l'Assemblée sans exciter leur défiance.
« M. Delamarre ne m'a pas dissimulé, Monsieur, que vous avez été frappé de cette nécessité d'un tiers membre dans l'agence dont il s'agit. Elle pourra s'adjoindre, du consentement de ses membres, les coopérateurs qui deviendront nécessaires à mesure que la besogne s'étendra Vous jugerez aisément, Monsieur, de la convenance extrême que les fonds qui seront destinés aux opérations soient constamment réunis dans une caisse à cet effet. Le Roi ordonne en conséquence à M. le prince de La Trémouille d'y verser les six mille pièces que Mvlord Grenville lui a fait compter. Ladite caisse devra fournir chaque mois aux trois agents les sommes nécessaires pour la suite des opérations tant au dedans
qu'au dehors de Paris Enfin, il paraît au Roi qu'il serait utile
de former une agence en Suisse, dont MM. de Vezet, de Précy et Delamarre seraient les membres, pour assurer la correspondance entre Paris et le Roi, de manière qu'ils ne s'éloignassent jamais tous les trois à la fois du domicile qui serait choisi.
« Le Roi se flatte que l'organisation totale, telle que je viens de vous l'exposer, aura les plus heureux effets, et qu'elle obtiendra la confiance du ministère britannique comme celle de Sa Majesté1 »
11 était difficile à un diplomate qui tenait à ménager son interlocuteur de dire en termes plus clairs : « Vous êtes en opposition formelle avec votre gouvernement; lord Grenville entend que toutes les affaires passent parles mains du conseil ; il vous désavoue. C'est donc une concession toute gracieuse que nous vous faisons en réduisant à trois le nombre des mem-
1 Sainl-Priest à Wickham, Blankenburg, 15 juillet 1797. — Envoyé par Wickham à lord Grenville le 27 août.
lues de ce conseil et en laissant à votre choix deux places sur trois, quoique lune de vos créatures, M. d'André, soit l'objet de soupçons fort légitimes. » Cette concession, pourquoi la faisait-on? Parce que l'on voulait avoir les clefs de la caisse de Wickham. La cour de Louis XVIII substituait une fois de plus ses propres plans à ceux que lui proposaient les acteurs principaux du mouvement royaliste.
Que pouvait Wickham? En lui écrivant cette lettre, Saint- Priest avait eu soin de lui mander qu'il partait pour la Russie, et d'Avaray lui fit savoir que toute correspondance politique lui était interdite par Louis XVIII. Wickham ne put même pas répondre ; d'ailleurs, il lui fallait aller au plus pressé; l'expérience ne lui avait que trop prouvé que toutes les protestations étaient inutiles; restait à tirer le meilleur parti possible de la situation qu'on lui faisait.
Ce n'était pas la première fois que Wickham se voyait menacé par les agents de Louis XVIII d'une désapprobation de sa cour. La Vauguvon s'était servi de ce procédé pour que Wickham abandonnât à Précy, sans aucun contrôle, la direction des fonds destinés à Lyon ; le lendemain sans doute un ordre roval eût versé ces fonds dans la caisse commune, où ils eussent disparu sans laisser de traces. Wickham ne s'était pas laissé intimider. Cette fois encore, il refusa formellement de confondre la caisse de Berger avec celle de La Trémouille '. Il n'avait qu'à se louer de ses rapports avec Berger : craignant que le Directoire ne méditât un coup d Etat contre les Conseils, il lui avait envoyé 500,000 francs pour les mois de juillet et d'août, en lui permettant de souscrire au besoin des lettres de change pour une somme de 1,250,000 francs : Berger, avec une délicatesse peu commune aux royalistes, n'avait pas fait usage de ce crédit. En serait-il de même avec La Trémouille? Cela était douteux, et les fonds anglais iraient sans doute alimenter les insurrections, que l'on avait tant de
1 Wickham .i lord Grenville, 27 aoât 1797.