CHAPITRE IX. — JUIN-DECEMBRE i;9ï
raisons do craindre : plusieurs chefs de chouans étaient précisément réunis à Paris à celte époque.
Wickham cependant était très-désireux de maintenir l'union entre le- agents royalistes : le moindre dissentiment pouvait en effet amener quelque complication. Connaissant le mécontentement de Berger, de Pichegru et d'Imbert-Golomès, il chercha à rétablir l'entente entre eux et La Trémouille, les invitant soit à sacrifier une partie de leurs préventions pour le salut de la cause, soit à avertir le roi sans retard du danger auquel la présence de La Trémouille et des chefs de chouans exposait les royalistes. Deux lettres qu'il adressa à Berger montrent avec quel esprit de conciliation il s'efforçait de chasser la mauvaise humeur des rovalistes, affectant au besoin plus de satisfaction qu'il n'en éprouvait réellement :
u Par rapport à M. de La Trémouille, je ne sais quelle confiance il a eue de la part de nia cour; je suis moralement sûr cependant que ce n'est nullement l'intention que sa présence nuise en rien à votre travail; mais nia cour ne peut et ne doit pas prendre sur elle de dicter le choix des personnes que le Roi pourrait choisir pour être à la tête de ses agents.
« Pour lui personnellement, tel que je le connais, je crois que vous pourrez l'avoir à vous avec un peu d'adresse; et je vous conseille de le ménager beaucoup ; mais, en même temps, je ne peux pas trop vous le répéter, tenez ferme sur l'article de votre propre travail, de même que sur l'emploi des 2.000 louis par mois que vous devez remettre à X (sic en blanc), qui doit être unique-
ment employé au travail des Sociétés. Vous ne pouvez pas trop le répéter à Despommelles '. »
Et quelques jours plus tard, Wickham écrit encore :
« Il me parait très-clair que l'abbé Delamarre est l'homme
de confiance. Il faut donc à tout prix le ménager et le gagner à vous. Vous pourrez le faire, si vous le voulez, et par lui vous aurez tous les autres Ne révélez à qui que ce soit le véritable secret
1 Wickham à Berger, 8 août 1797. — Envoyé à lord Grenville le 27 août; texte français.
de votre travail. On a donné à Londres, à ce que vous dira M. Delaniarre, 6,000 louis à M. de La Tréniouille. L'agence générale aura donc à sa disposition tout ce qui sera donné par Londres, mais rien de plus. J'ai refusé péremptoirement que vos fonds et ceux de Despommelles soient versés dans la caisse commune.
« La Tréniouille est doux et liant; il a l'esprit conciliateur. Sans avoir de grands talents, il ne manque pas de moyens; je suis sûr que vous l'aurez à vous dans huit jours de temps.
« A tout prendre, je suis assez content du travail de Blankenlurg. 11 me semble aussi que quoique vous n'avez pas obtenu toutes vos demandes, vous ne devez pas être mécontent, ni de ce qui vous regarde personnellement, ni des arrangements pris pour le travail. Je vous le répète, si vous savez gagner les deux personnes dont je vous parle, tout ira bien.
« La position du Roi est telle qu'on ne peut, qu'on ne doit pas espérer de lui ce qui serait le plus convenable à l'état actuel des affaires, dont il est impossible qu'il puisse saisir la véritable direction. Je crois qu'il est allé aussi loin que possible1. »
Comment croire en effetque Louis XVIII ferait plus et mieux, lorsqu il se trouvait des hommes pour souhaiter que le Directoire triomphât de l'opposition rovaliste dans les Conseils?
« Bonaparte flatte l'archiduc, écrivait Puisaye le 26 juillet 1707 au comte d'Artois; c'est le système des modérés. La lutte qui va s'élever entre les Conseils et le Directoire se terminera à l'avantage de celui-ci : tant mieux pour nous, parce que, se croyant puissance légitime, il sera ennemi de toute usurpation2. »
Le 18 fructidor justifia ces prévisions; le 18 brumaire les infirma. Au fond, la pensée de Puisaye était sans doute la môme que celle de l'un de ses principaux agents nommé Dufour. Le chef de la division de Dinan, Victor de la Barrooais, avait écrit à Dufour les lignes suivantes, empreintes d'un véritable sens politique :
« Vous n'êtes pas à vous apercevoir combien les choses changent
1 Wickham à Berger, 15 août 1797. — Envoyé à lord Grenville le 27 août; teste frai» ii-.
! BritUb Muséum, Mas., A<L\. 7972.