CHAPITRE IX. — JUIN-DECEMBRE
aussi à nous, parce que notre parti est le seul qui puisse les sauver. Enfin, je crois que les affaires du Hoy n'ont jamais été en meilleur train; si l'Empereur et l'Angleterre recommencent la g uerre, comme cela parait assuré, notre général en chef arrivant avec un prince, il n'y a pas de doute que nous allons enfin réussir1... »
Ce langage était celui d'un homme jaloux des services des autres, heureux de se croire désormais indispensable. Quels que fussent les torts des royalistes de Paris, et ils en avaient peut-être moins que ceux de l'Ouest, ils s'étaient dévoués à la cause et avaient lutté dans la mesure de leurs forces : cela aurait dû leur conquérir la sympathie des membres de leur parti.
A la suite des événements de Paris, Berger avait voulu passer en Angleterre pour y conférer avec Dutheil, l'agent de Louis XVIII à Londres ; mais quelques-uns des députés proscrits réfugiés en Suisse le supplièrent de rester avec eux et de laisser Lemérer aller à Londres. YVickham s'occupa aussitôt de leur assurer des asiles.
Il voyait avec philosophie les conséquences du 18 fructidor, et n'était même pas éloigné de s'en féliciter. Sans prétendre recommencer immédiatement l'action, il affirma qu'il n'y avait aucune raison de désespérer :
« Quelque chose de ce genre était peut-être nécessaire pour unir dans un but commun tous les amis de l'ordre... et pour mettre fin aux dissensions et aux jalousies qui rendaient toute unité de principes ou de conduite impossible2. »
Wickham ne s'attendait guère au coup qui allait le frapper. Dès le 29 fructidor cependant (1-4 septembre), le Directoire avait pris l'arrêté suivant :
« Le Directoire exécutif, convaincu que la mission de Wickham près les cantons helvétiques n'a aucun rapport aux intérêts res-
1 Britisb Muséum, Mss., Add. 8027.
2 Wickham à lord Grenville, 4 octobre 1797.
pectifs de l'Angleterre et de la Suisse, et que son seul objet est d'exciter et de favoriser des complots contre la sûreté intérieure de la République française, charge le citoyen Mengaud d'inviter et requérir le gouvernement du canton de Berne, et au besoin les gouvernements des autres cantons helvétiques, de donner ordre à Wickham de sortir sans délai de la Suisse. »
Le 7 octobre, Mengaud requit du canton de Berne l'expulsion de l'ambassadeur anglais; le conseil des Deux-Cents fut convoqué pour discuter sa demande.
Cette démarche du Directoire était pleinement justifiée par la conduite de Wickham dans les dernières années : il avait abusé de sa situation en pays neutre ; on pouvait à bon droit reprocher à la Suisse d'avoir toléré des intrigues notoirement hostiles à la France. Wickham, se refusant à reconnaître les torts qu'il avait eus, trouva la demande du gouvernement français absolument extraordinaire : il n'y vit qu'un indice de ses mauvaises intentions à l'égard de la Suisse.
La position de Wickham devenait fort délicate : s'il intervenait officiellement, il risquait d'amener une rupture entre son gouvernement et la Confédération, ou au contraire d'exposer celle-ci à toutes les colères du Directoire; si, comme le lui conseillaient plusieurs personnes, il quittait volontairement la Suisse, il compromettait l'honneur de son souverain. Aussi se résolut-il à demeurer passif en cette occurrence. II se rendit à la campagne, près de Berne. Avant de quitter cette dernière ville où il laissait son secrétaire de légation, Talbot, il avait effacé toutes les traces de ses relations avec l'intérieur de la France, et donné à Talbot les instructions les plus détaillées sur la distribution des secours, lui interdisant d augmenter sans ordre exprès les dépenses de la légation '.
Le conseil des Deux-Cents se réunit le 11 octobre ; il décida de renvoyer la demande au corps helvétique, de déléguer deux députés à Paris pour réclamer des preuves sérieuses contre
1 Talbot à lord Grenville, 8 octobre. — Wickham à lord Grenville, 10 octobre 1797.