CHAPITRE IX. — JUIN-DECEMBRE
Wickham, et d'exhorter la Confédération «à adopter la même ligne de conduite. Mais il était évident que la moindre preuve suffirait pour déterminer l'expulsion de l'agent anglais : or, de son propre aveu, eelles que le Directoire devait avoir entre les mains causaient à Wickham « une inquiétude très-sérieuse » , et étaient de nature à compromettre un nombre assez considérable de citoyens suisses '.
Comme la décision du corps helvétique pouvait être obtenue dans un délai de quinze jours, il y avait lieu de se hâter. Wickham demanda a son gouvernement soit de le rappeler, soit de lui donner un congé, en motivant cette mesure par l'amitié que le roi d'Angleterre portait à la Confédération, et par son désir de lui éviter des désagréments. Ce mode de procéder aurait un grand avantage : celui d'assurer à Sa Majesté Britannique beaucoup de crédit auprès du gouvernement helvétique lorsque les circonstances seraient meilleures. Les Suisses en effet ne cachaient point à Wickham leur crainte de se voir compromis par sa faute.
La dépêche où Wickham rapporte ces incidents * ne parvint à Londres que le 1er novembre; lord Grenville lui répondit le 3, approuvant sa conduite et l'invitant à se retirer avec Talbot et tout le personnel de la mission anglaise, mais d'une façon tout amicale pour les cantons. Cet ordre fut reçu à Berne le 2 décembre. Wickham n'était déjà plusdans le pays ; la situation de la Suisse était devenue tellement critique, on avait tellement pressé Wickham de divers côtés, qu'il s'était résigné à user d'une permission qui lui avait été accordée au début de l'année : le 8 novembre, il partit pour rejoindre le colonel Crawfurd à Francfort, car il s'était rendu compte que les intentions de sa cour ne pourraient lui être connues avant que le Directoire exigeât de la Confédération une réponse définitive3. Tout bien considéré, il pensa qu'il serait plus utile à l'Angleterre
1 Wickham à lord Grenville, 13 octobre 1797.
» 13 octobre 1797.
3 Wickham à lord Grenville, 21 octobre 1797.
d'éviter un conflit entre la Suisse et la France, que de s'acharner à faire respecter les immunités diplomatiques : il prit sur lui de quitter le théâtre de ses intrigues, mais il laissait derrière lui Talbot, et il conservait ses correspondances.
Plusieurs députés, dont quelques-uns condamnés à la déportation, s'étaient réfugiés en Suisse ; dix d'entre eux, parmi lesquels Camille Jordan, Lemérer, Yauvilliers, Conchery, Blain, etc., réunis à Précv et à d'André, décidèrent de maintenir à Berne le centre des opérations, et exprimèrent le désir d'avoir auprès d'eux un agent anglais sans caractère officiel, de façon que les royalistes ne crussent pas à un abandon complet de la part des puissances1. Mais, pour le moment, l'Angleterre entendait arrêter tout secours direct : Talbot quitta Berne le 20 décembre pour retourner à Londres ; ce ne fut que deux mois plus tard que commença sa mission secrète sur les frontières de la Suisse. Wickham, revenu dans sa patrie, devint conseiller de son ministre dans toutes les affaires royalistes qui se traitaient au Foreign-Office.
1 Talbot à lord Grenville, 13 décembre 1 TOT.