‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 127 sur 156 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Réserve de l'Angleterre. — Mission et désaveu de Talbot. — Seconde mission de Wickham. — Coup d'Etat du 1S brumaire.

(Décembre 1797-décembre 1799.)

Le coup d'État directorial et la conclusion de la paix par l'Autriche semblaient mettre fin pour toujours aux entreprises royalistes. L'Angleterre avait successivement eu recours aux insurrections et aux intrigues parlementaires pour vaincre la Révolution; partout et toujours elle avait échoué. A qui en incombait la responsabilité? Ce n'était certes point au cabinet de Saint-James : il s'était prêté tour à tour à toutes les combinaisons qui lui avaient été proposées. Il avait soutenu les insurgés de l'Ouest ; il s'était uni à Louis XVIII pour rejeter l'appui des constitutionnels; puis il avait fait alliance avec ceuxci, en tenant le prétendant à l'écart, dans la mesure du possible. Qu'était-il résulté de tant d'efforts ?Quiberon, le 13 vendémiaire, le 18 fructidor. Toutes les forces contre-révolutionnaires, celles de l'intérieur comme celles de l'extérieur, s'étaient montrées impuissantes : elles étaient trop diverses dans leurs origines et dans leurs tendances pour constituer une masse unie et forte. Dans ce ramassis de haines et de convoitises qu'on appelle la contre-révolution se trouvaient des étrangers et des Français, des exaltés et des modérés, des chercheurs de conquêtes et des défenseurs de l'intégrité nationale : que faire avec des éléments aussi hétérogènes?

Un fragment de note de Puisaye présente à ce sujet des

considérations fort intéressantes ' : en octobre 1794, Puisaye avait de'claré à Pitt que le meilleur moyen de soutenir le royalisme était d'amener les puissances à conclure la paix.

1 Voici ce fragment; il est écrit de la main de Puisaye, mais ne porte ni date ni signature; néanmoins, il est évidemment du général chouan :

« ... [Dans ma] première entrevue avec M. de Pitt [octobre 1794], aux questions que me fit ce ministre sur la manière dont je pensais que les puissances étrangères devraient seconder le parti du lîov de France, ma réponse fut : La meilleure serait peut-être quelles fissent une paix générale.

■ Cette réponse dans la bouche d'un homme qui n'était venu en Angleterre que dans l'unique dessein de concerter les moyens de poursuivre la guerre avec plus d'activité, me parut avoir fait assez d'impression sur le premier ministre pour qu'il me soit permis de croire qu'il ne l'a |>as oubliée.

« Le parti royaliste qui agissait en France ne manquait ni d'hommes, ni de bonne volonté, ni de courage : il avait plus qu'il ne fallait de tout cela, il n'avait besoin que d'argent. Deux cent mille soldats tout portés au sein du royaume n'auraient pas plus coûté à mettre et à entretenir sur pied, que trente mille Allemands, ou même quinze mille Anglais, puisque le zèle des habitants n'a pas cessé de fournir gratuitement à nos besoins de première nécessite. Mais, hors le cas d'une paix générale, un secours d'hommes devenait indispensable, puisque ceux qui auraient été les plus propres à former une armée de ligne royaliste continueraient d'être retenus à la tête et dans les rangs des troupes de la Convention, contre leur gré.

« L'effet de cette paix, au contraire, eût été de rendre d'un côté aux campagnes ces milliers d'hommes de réquisition qui avaient été arrachés à leurs charrues pour combattre pour un parti qui était devenu l'effroi et la désolation de leurs familles; et de l'autre, de faire refluer dans les villes cette populace inquiète qui venait de s'exercer aux combats, et qui était toujours disposée a servir celui qui l'aurait payée le mieux.

« Ajoutez maintenant, sous un point de vue plus général, ces divisions intestines, produit nécessaire d'une variété incalculable d'intérêts, d'opinions et de prétentions qui se seraient agités dans le bouillonnement de toutes les passions déchaînées; il est à présumer que l'Europe, tranquille spectatrice des troubles de la France, n'aurait eu rien à souffrir de ces fureurs, ou que du moins elle aurait conservé plus de forces pour s'opposer à ses écarts.

» Mais il eût fallu pour cela des hommes très-considérables qui n'étaient pas sans doute à la disposition des ministres pour un objet qui n'a jamais été considéré que comme un accessoire dans le plan général. D'ailleurs il n'était pas plus raisonnable de demander de telles avances d'argent, qu'il n'eût été prudent de les faire sans autre garantie que celle des probabilités, et sans autre omptabilité que relie de la confiance. Cela était donc impossible. Et telle est malheureusement la destinée des empires que leur salut dépend le plus gourent de mesures que la sagesse humaine doit réprouver, alors qu'elles pourraient être efficacement employées, et dont elle n'aperçoit l'utilité que lorsque l'occasion a fini et que le mal est sans remède. » — British Muséum, Mss., Add. 8087.

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