‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 128 sur 156 · CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE

Dire que les événements auraient été tels ou tels, si l'on avait suivi telle ou telle ligne de conduite, est toujours aisé et ne prouve rien : en histoire, l'hypothèse n'a pas d'autorité. On peut croire cependant que le plan exposé par Puisaye n'avait rien de déraisonnable, car il e*t manifeste que le grand moyen de gouvernement employé par la Convention, puis par le Directoire, était de surexciter chez les Français la haine de l'étranger; c'était un dérivatif puissant dont les Jacobins se servaient pour cacher les ahus criants que l'on commettait au nom de la Révolution, pour excuser et justifier les lois dictatoriales, pour faire oublier la situation économique dans laquelle on se trouvait. La guerre cessant, l'attention publique se serait reportée sur le gouvernement intérieur, cela est incontestable. Mais on ne doit pas aller plus loin dans cette voie ; on ne saurait affirmer que, dans ces nouvelles conditions, la restauration de la monarchie était certaine , car on pourrait dire avec autant de vraisemblance qu'un retour de l'opinion vers les soins de la politique intérieure aurait, après quelque temps, empêché les excès, calmé les passions, désarmé les partis, fait prévaloir les grands principes de la Révolution en écartant les abus, et amené la prompte constitution d'un gouvernement paisible et libéral, également éloigné de l'ancien régime et du régime conventionnel : les premiers actes du Directoire en sont une preuve. Quoi qu il en soit, ce sont là de part et d'autre de pures hypothèses; le seul fait utile à constater, c'est que, vers la fin de 1794, un royaliste aussi ardent que Puisaye sentait déjà les inconvénients de l'alliance étrangère.

Aussi n'est-il pas étonnant qu'à la fin de 1797, au moment où une certaine détente se produisait en Europe, Puisaye ait écrit de Londres au major général de Ghalus dans les termes suivants :

« La paix de l'Empereur ne doit point effrayer. Les puissances ont déjà plus obtenu par la politique que par les armes. Tout ceci est concerté, et vous en verrez les suites. Le Congrès sera long et

très-long : L'Europe entière y prendra part. C'était le seul moyen Je tout réunir. On ne craint point ici les menaces d'invasion : on désire qu'elles s'exécutent... On a peur qu'elles n'aient pas lieu, car c'est un moyen sûr de détruire une armée tout d'un coup et d'ôter l'envie de recommencer. L'opinion publique est une actuellement... Mais tout ceci sera long, et il ne faut se prêter dans l'intérieur à aucune démarche qui contrarierait les données générales '... ')

Et quelques jours plus tard, le 5 décembre 1797, Puisaye se joignait à plusieurs chefs bretons, Frotté, Châtillon, Bourmont, Suzannet, etc., pour adresser au comte d'Artois un pressant appel2. Les puissances européennes ne songent plus au Boi, v lisait-on : « Son nom ne sera peut-être pas même prononcé au Congrès.» Elles mettront sans doute sur le trône un prince quelconque, l'archiduc Charles ou tout autre avec la lille de Louis XVI. « On le dit, et il est plus que probable qu'on le pense. » Qu'un prince vienne donc se mettre à la tête de l'insurrection de l'Ouest : il faut agir, et sans retard.

S il se rencontrait certains esprits pour craindre que le Directoire ne profitât de la paix en vue de rendre quelques lois douces et supportables qui amortiraient l'ardeur des royalistes et les plongeraient dans la mollesse et l'insouciance, on semblait en général considérer le traité de Campo-Formio comme le premier pas vers l'affranchissement du parti monarchiste. L'Angleterre, abandonnée à elle-même, aurait besoin d'un allié continental, qui ne pouvait être que le corps insurrectionnel de l'Ouest; d'où la nécessité de donner aux insurgés assez d'importance pour qu'ils pussent traiter d'égal à égal avec le gouvernement protecteur, au lieu de subir ses conditions, comme il l'avait fallu jusqu'alors, et la pensée d'amener en toute hâte pour les commander un prince de la famille royale.

Mais on oubliait trop, en réclamant la présence d'un prince,

1 Londres, 20 novembre 1797. — Britisfa .Muséum, Mss., Aiid. 8010. 1 Britisfa Mu, eiiiii, Mss., AdJ. 7972.

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