‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 129 sur 156 · CHAPITRE X. — DECEMBRE I797-DECEMRRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DECEMBRE I797-DECEMRRE

que l'héritier présomptif de la couronne, le comte d'Artois, était resté longtemps à portée de l'armée de Charette, -ans que les autres provinces eussent (ail le moindre mouvement.

N'en serait-il pas encore une fois de même? Depuis le 18 fructidor, les agents royalistes, répandus dans soixante-trois départements par les comités de Paris, étaient exposés aux coups du Directoire : beaucoup d'entre eux avaient été arrêtés, et la province redeviendrait peut-être républicaine ou affecterait de l'être. Le chevalier de Chalus, adjudant général du bas Maine, conseillait une insurrection générale, une proclamation annonçant le retour des princes, et, après leur retour, une constitution pour chaque province, comme il y en avait une en Bretagne. Et Chalus disait d un ton prophétique :

u II n'y a pas maintenant de milieu : il faut que Louis XVII ï transige avec les nations voisines ou avec les Français, ou peutêtre avec l'un et l'autre '. »

Absolument isolée2, n'ayant plus qu'une confiance limitée dans les royalistes , l'Angleterre se vit cependant contrainte, pour continuer la lutte, de recourir à leurs services. II ne s'agissait plus, à la vérité, de ces grandes entreprises destinées à réduire la France, à renverser le gouvernement. On voulait seulement entretenir la division, et laisser les voies ouvertes pour le jour où de sérieuses expéditions militaires viendraient appuyer les mouvements intérieurs. L'invasion de la Suisse parles armées françaises permettait de consacrer ses efforts à préparer un soulèvement de la population helvétique ; ici encore il fallait poser quelques jalons.

Rien n'étant possible sans une nouvelle coalition, l'Angleterre ouvrit des négociations actives avec Vienne et Saint-Pétersbourg. Dans l'intervalle, lord Grenville envoya Talbot sur les frontières suisses. Etablir des relations secrètes

' 13 janvier 179S. — British Muséum, Add. 8011.

: En décembre, le Czar déclara à l'ambassadeur anglais que la Russie ne pourrait fournir aucun contingent à l'Angleterre.

JT.

avec l'intérieur; encourager et soutenir les Suisses; amener le retour d'une mission régulière, mais sans jamais pénétrer sur le territoire de la Confédération; quant aux royalistes, comhiner leur action avec 1 insurrection éventuelle de la Suisse; sinon, se borner à continuer les correspondances : tel était le rôle assigné à Talbot :

« Il ne me reste qu'à vous parler de vos rapports avec ceux des émigrés avec lesquels M. Wickham avait l'habitude d'entretenir des relations. Dans le cas d'une guerre entre la Suisse et la France, il y a tout lieu de croire que les opérations militaires de la première de ces puissances dépendront en quelque manière des movens d'influence que ces émigrés ont conservés dans l'intérieur de la France..., et, dans ce cas, les movens d'appuyer des mesures de ce genre doivent être combinés avec la question plus générale de la somme et de la nature des secours que Sa Majesté se verra à même de fournir. Si, au contraire, un accord momentané se produit, tel que l'indépendance et la tranquillité de la Suisse ne soient pas détruites, on peut encore tirer un grand parti des communications avec l'intérieur de la France, en vue des prochaines élections1... >>

Dans cette nouvelle combinaison de l'Angleterre, les royalistes ne constituaient plus qu'un instrument secondaire dont 1 usage serait subordonné à l'efficacité des secours que Ion parviendrait à s'assurer à l'étranger.

En quittant Blankenburg pour se rendre a Mittau , Louis XVIII avait révoqué tous les pouvoirs donnés à ses agents, et chargé une commission de quatre personnes de diriger les affaires de l'intérieur; Tune de ces personnes fut envovée en Angleterre pour s entendre avec les ministres britanniques; Talbot vit les trois autres à l'abbaye de Salmansweiler en Souabe et eut avec elles, le 12 mars 1798, un entretien qui ne l'encouragea pas à sortir de la réserve que lui imposaient ses instructions 2.

1 Lord Grenville à Talbot, 4 février 1798.

* Talbot à Carming, 13 mars 1798. — Talbot ne nomme pas ses interlocuteui -.

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