‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 130 sur 156 · CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE

Tous les renseignements qu'il avait recueillis lui faisaient perdre l'espérance de pouvoir sauver la Suisse ; d'autre part, l'état intérieur de la France ét;tit à cette heure peu propice à un mouvement de l'opinion ou à un changement de régime. L'apparition d'un agent anglais allait sans doute faire croire qu il venait chargé d'or et avec pleins pouvoirs pour distribuer des fonds à l'infini. Talbot saisit la première occasion de faire connaître les vues de sa cour.

Les commissaires de Louis XVIII lui dirent <|ue la situation en France n'avait jamais été plus défavorable aux royalistes : la vigueur que déployait le Directoire, l'appui moral qu'il trouvait dans les armées, 1 appui effectif qu'il saurait en tirer au besoin effrayaient l'opinion, entravaient l'organisation du parti. Néanmoins, un symptôme satisfaisant s'était manifesté dans les Conseils : une lutte encore sourde commençait à diviser les républicains; Tallien et Barras craignaient les progrès des Jacobins. Mais la modération de ces hommes était douteuse : Talbot attribuait leur mécontentement à leur seule ambition; il pensait qu'il n'v avait rien à attendre des prochaines élections et désirait même qu'il en sortit une majorité jacobine. Ses motifs pour juger ainsi étaient bien simples et bien connus : de l'excès du mal résultera le bien, se disaitil; les Jacobins feront de l'opposition au gouvernement; delà, une convulsion, dont on pourra peut-être profiter. Talbot refusa l'argent qu'on lui demandait.

Il resta quatre mois en observation sans prendre aucune initiative : pour les Suisses comme pour les rovalistes, l'Angleterre ne voulait encourager les soulèvements que si l'Autriche y coopérait; lord Grenville interdit donc à Talbot de donner aucune subvention aux cantons '.

Cependant, la négociation d'une triple alliance entre l'Angleterre, la Russie et l'Autriche prit bientôt une tournure plus favorable; en juillet, le Czar résolut de signer un traité de sub-

1 Lord Grenville à TalLiot. 24 mai 1798.

sides avec la Grande-lîretagne et envoya à Vienne le prince Repnin afin de de'cider l'Empereur à entrer dans la nouvelle coalition. Dès lors, l'activité reprit dans le parti royaliste; Talbot s occupa d'organiser en Suisse une insurrection qui se combinerait avec une intervention autrichienne payée par l'Angleterre.

Le Direct- ire avait alors fort à faire : il luttait à la fois contre les Jacobins et contre les royalistes, se servant plutôt des premiers pour écraser les seconds, mais les maintenant dans les postes inférieurs de l'administration. Maître de détruire chacun de ces deux partis séparément, il faisait reposer toute son autorité sur la force armée, qui d'ailleurs méprisait le gouvernement. La politique que devaient suivre les royalistes était donc toute tracée : rester dans l'ombre, tenter d'amener un conflit entre le Directoire et les Jacobins, et être prêt pour un « coup de main » éventuel.

u Dans ces conditions, le plan des royalistes est de se tenir en garde et de concentrer leurs moyens de façon à profiter de tous les mouvements qui pourront se produire. On leur conseille de rester tranquilles pour le moment, car, s'ils faisaient étalage de leurs intentions, ils réuniraient immédiatement contre eux les deux autres partis. Ils ne rejettent pas les ouvertures que leur font les Jacobins1 ; ils votent avec eux dans les Conseils chaque fois que cela est compatible avec la Constitution, et, de concert avec eux, ils tentent d'entraver l'action du pouvoir exécutif. En même temps qu'ils excitent ces hommes à attaquer violemment l'ennemi commun, ils essayent de rendre le Directoire conscient du danger que présente sa situation sans l'appui du parti modéré, pour l'amener à écarter ses agents inférieurs, presque tous jacobins. Par cette attitude, ils espèrent sauver leur parti des persécutions auxquelles il est exposé, produire une collision entre le Directoire et les Jacobins, et en tirer au moins l'avantage d'être délivrés de l'un de leurs ennemis. Leur attention est sérieusement tournée vers l'armée, et il semble que nos correspondants aient

1 Les Jacobins cherchaient à se rapprocher des royalitstes pour former une

m.ijoi j t'j contre le Directoire dans les Conseils.

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