CHAPITRE II — MARS-JUIN
si l'on entendait avoir quelque influence utile sur les esprits. En 17ÎK3, Sa Majesté Britannique avait parlé de procurer à ses alliés ainsi qu'à elle-même une juste indemn'sation. Wickham ne cachait point que le mot seul d'indemnité suffirait à détruire tout l'effet de la mesure qu'il réclamait :
« ...Si j'osais présenter ma très-humble opinion dans nue occasion si importante, je suggérerais à Votre Seigneurie qu'une déclaration claire et explicite des vues et des sentiments de Sa Majesté à l'égard de la France, évitant la moindre expression de reproche, rédigée en termes amicaux et affectueux pour le peuple, et établissant expressément qu' « après la sécurité de son propre royaume et celle de l'Europe, Sa Majesté n'a eu qu'un but, celui de travailler au rétablissement de l'ordre et du bon gouvernement en France», aurait en ce moment les effets les pins profitables.
« La très-gracieuse déclaration faite par Sa Majesté, au mois d'octobre 1793, semble être complètement ignorée; mais maintenant je pourrais me charger de faire imprimer et distribuer n'importe quelle proclamation tout le long de la frontière.
« J'anraispu faire circulera nouveau, avec la plus grande facilité, cette dernière déclaration ; mais, quant à présent, il ne serait pas sage de raviver le souvenir de la malheureuse affaire de Toulon.
« Je ne saurais en aucune façon dire dans quelle mesure le manifeste que je propose pourrait paraître inconciliable avec le premier qu'a fait la cour de Londres, ou avec les déterminations prises à l'égard de la Vendée, ou les rapports actuels entre la cour de Londres et les autres cours européennes, ni quelles autres puissantes objections il peut soulever.
a Je sais que le mot « indemnité » ne pourrait y être introduit sans détruire absolument l'effet de cette mesure.
« Tout ce que j'entends suggérer est ceci : Si ces objections ne sont pas trop puissantes, une déclaration de ce genre aura, selon toute probabilité, l'effet le plus salutaire dans les circonstances actuelles; il faut faire des démarches encore plus effectives pour détruire les préventions qui existent; sinon il faut absolument renoncer à tout espoir de coopération avec l'intérieur de la France '... »
1 Wickham à lord Grenville, 27 février 1795. — Reçu à Londres le 29 mai en duplicata, l'original s'étant égaré.
Après avoir rêvé des conquêtes, les puissances ne pouvaient guère se résigner à continuer la lutte pour des principes : on ne fit pas de nouvelle déclaration. Quelques mois plus tard, un autre diplomate, le représentant de l'Angleterre à Turin, d'accord avec Wickham sur la nécessité d'un manifeste, mais moins exigeant que lui sur les termes à employer, écrivait :
« Vous savez que je ne puis avoir aucune confiance dans le succès d"uue mesure quelconque qui ne serait pas précédée de quelque déclaration explicite. Il suffirait que les alliés adhérassent à celle qui a été faite au nom de Sa Majesté à Toulon pour assurer le succès dans un moment comme celui-ci. Mais je ne sache pas qu'aucune démarche ait été faite dans ce sens '. »
Cela même coûtait trop aux puissances. D'ailleurs, il n'est pas certain qu un manifeste, alors même qu il eût été conçu dans les termes indiqués par Wickham, eût eu une influence si décisive sur l'issue de la guerre : les Français étaient trop habitués à 1 idée que les alliés prétendaient démembrer la France, trop rebelles à l'intervention des étrangers dans leurs affaires intérieures, pour ajouter une foi pleine et entière à une simple formule diplomatique affirmant des sentiments douteux de modération et de renoncement. Quoi qu il en soit, Wickham se résigna à voir ses conseils dédaignés, et se mit à l'œuvre avec ardeur.
« L'impulsion doit venir de Paris », ajoutait la dépêche déjà citée '.
Telle était aussi l'opinion de Wickham, qui, dès le 27 mars, adressait des instructions détaillées à un agent qu'il avait à Paris : employé à la poste aux lettres avant la Révolution, cet agent, nommé Vincent, était considéré par tous comme un homme intègre, intelligent, très-répandu dans le monde*. Dans ses instructions du 29 mars,, Wickham invitait Vincent à
1 Trevor à Wickham, Turin, 6 juin 1795.
* Pour dérouter les investigations de Barthélémy, Wickham no signa pas les instructions et n'en envoya copie à son gouvernement que le 15 mai; le