CHAPITRE II. - MARS-JUIN
établir une correspondance avec Berne, et à entrer en relation avec des officiers et des hommes politiques, tels que d'Arçon Frérot, Lacour, d'Ablancourt, Yernier, Lanjuinais, les généraux Delacour et Foissac, etc.; Tallien surtout lui semblait utile à gagner. « Vous promettrez à ce député tout ce qu'il peut désirer, s'il consent à se mettre à la tête d'un parti pour rétablir la royauté en France. Les députés qui voudront y travailler peuvent être assurés du pardon et d'un sort heureux... »
Comme on le voit, Wickbam poursuivait son but par les mêmes voies que celles auxquelles Mounier avait songé. II s'y croyait autorisé par les progrès qu'avait faits l'opinion royaliste depuis son arrivée en Suisse.
« Les rapports de l'intérieur Je la France sont de jour en jouiplus satisfaisants.
« Le courant qui porte l'opinion publique vers la religion et la royauté dans toutes les provinces avoisinantes me paraît maintenant très-décidé et fait encore de rapides progrès. Chaque jour produit quelque nouvel événement connu de tous, et qui ne me permet aucunement de douter des informations confidentielles que je reçois '. »
Des prêtres, des émigrés, des Lyonnais rentrent en France sans aucune difficulté, sauf à Toulon et à Marseille; la paix conclue entre la Prusse et la République cause une vive surprise à Berne ; on s'étonne surtout que le baron de Hardenberg n'ait pas résisté plus longtemps, car il aurait pu obtenir de bien meilleures conditions, la France voulant la paix à tout prix; le baron de Degelmann, ministre autrichien, est convaincu qu'une alliance entre les deux puissances est proche, que les petits États allemands vont faire la paix. Mais la confiance n'est cependant pas altérée.
nom de l'agent auquel il s'adressait n'est pas porté sur la copie conservée aux Archives anglaises; mais la suite de cette intrigue semble prouver que dès l'origine ce fut Vincent qui en eut la direction.
origine ce tut V incent qi 1 Wickham à lord Grenville, 28 mars 1795.
« Ici, le parti aristocratique lui-même n'est pas aussi affecté par le traité que je l'aurais cru ; ses adeptes disent que la France est maintenant si bas qu'elle ne peut plus faire aucun mal. La monarchie, ajoutent-ils, reviendra certainement, et leurs appréhensions commencent à être dirigées contre la maison d'Autriche, qu'ils ne veulent certes pas voir maîtresse de l'Alsace1. »
La paix de Bâle eut. même pour effet d'opérer un certain rapprochement entre l'Angleterre et les constitutionnels. Mounier ne perdait pas l'espoir de voir une restauration monarchique s'opérer en France ; la paix ne pouvait que lui être agréable ; il pensa que la sécession de la Prusse calmerait les ardeurs belliqueuses de l'Angleterre, et il chercha de nouveau à tourner les intentions serviables du cabinet de Saint-James vers l'œuvre pacifique qu'il avait toujours rêvée. Dans une nouvelle lettre3 à lord Grenville, il dépeignait ainsi la situation :
« On peut conjecturer que la monarchie sera rétablie de l'une des deux manières suivantes :
« Ou les membres de la Convention qui n'ont pas voté la mort du Roi formeront un parti pour le gouvernement monarchique. Ce moyen serait le plus court, mais il est le moins vraisemblable.
« Ou la Convention, fatiguée de ses périls et voyant sa retraite désirée par le peuple, se hâtera de proclamer une constitution républicaine et cédera la place à une nouvelle assemblée qui sera élue dansle sens des opinions actuelles et dont les membres, n'ayant commis aucun crime et cherchant de bonne foi un remède à tant de maux, sentiront la nécessité de la monarchie.
« On pourrait fortifier la première chance... »
Que faire pour cela? Mallet du Pan a dès longtemps conseillé de chercher un parti « non dans les cendres de l'ancienne monarchie, mais dans les moins mauvaises dispositions de ceux qui, après avoir concouru à la renverser, viendront un jour en
1 Wiekliam à lord Gi «-mille, 19 avril 1795.
2 Cette lettre De porte pas de date; mais elle doit être du 18 ou du 19 avril, (ar elle arriva à Londres avec la dépêche de Wickliam précédemment citée.