‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 131 sur 156 · CHAPITRE X. — DECEMBRE 1T97-DECEHBRE I7!M(. 2i.'.i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DECEMBRE 1T97-DECEHBRE I7!M(. 2i.'.i

déjà réussi à établir de ce côté quelques relations qui pourront à l'occasion devenir précieuses. En même temps, on fait des préparatifs pour être prêt à un coup de main, quand le moment en par. ùtra favorable, et la grande difficulté est «pu- cela ne tourne pas à l'avantage des Jacobins.

« Voilà l'esquisse de l'état intérieur de la France et des vues des divers partis. Je me suis borné à des termes généraux..., m. lis, si les hostilités reprennent, d'autres projets seront possibles, qui feront l'objet d'une autre dépèche '. »

Le concours des puissances étant indispensable, soit pour fournir les fonds nécessaires, soit pour intervenir par la force, Précy se rendit à Vienne. On songea un instant à établir à Londres Je centre des correspondances de 1 intérieur. Mais il y avait à cela des obstacles matériels : les moyens de communication avec Paris n'étaient pas sûrs; enfin, Londres était éloigné des divers loyers d'affaires2.

La négociation de la triple alliance était pénible : un instant, en octobre 1798, la Russie, pour se retirer de la coalition naissante, allégua qu'il convenait de laisser- à l'Angleterre sa liberté d'action à l'égard de l'Autriche, et de ne pas augmenter ses charges au moment où elle allait sans doute avoir besoin de subventionner la cour de Vienne. On insista cependant : le 16 novembre, l'Angleterre demanda formellement de concerter un plan européen contre la France; la Prusse refusa son adhésion (mars 1700), mais la Russie se résolut enfin : Whitworth, ambassadeur anglais à Saint-Pétersbourg, signa avec elle sub sperati, le 20 décembre 1798, une convention par laquelle le Gzar s'engageait à fournir 45,000 hommes, movennant vin subside mensuel de 1,875,000 francs et le versement préliminaire dune somme égale. Cette convention fut ratifiée en avril 1790.

Toutes ces négociations forçaient Talbot à se tenir sur l'ex-

1 Talbot à Cnnniii;;, Wurzach, 12 juillet 1798. — Reçu à Londres le 3 août.

2 Talbot à Canning, 30 juillet 1798.

pectative, sans renoncer complètement à se servir des loyalistes, mais aussi sans les soutenir trop énergiquement. Il pensait à lever un corps suisse qui entrerait en France avec l'appui dune armée étrangère, quelle quelle fût: en attendant, il encourageait les relations avec quelques officiers français, commandant les places fortes de la frontière. A la lin du mois d'octobre 1708, la correspondance était établie de Besançon à la Rochelle en passant par Lvon, Toulouse et Bordeaux; les commandants de ces deux dernières villes étaient gagnés. Dans le Midi, les royalistes avaient rencontré de grandes facilités pour accroître les forces de leur parti, parce que l'expédition d'Egypte y avait interrompu le commerce avec le Levant. A Paris enfin, la majorité des sections était prête à se déclarer : une bande d'hommes -olides avait été formée en vue d'un guet-apens. Mais quelle attitude prendre sur le terrain électoral? Il importait de ne pas laisser la nation s'abandonnera l'indolence :

« Cela ne prêterait pas à discussion, si l'on pouvait s'assurer une majorité royaliste, ce qui, pour le moment, ne paraît pas possible. D'autre part, malgré bien des arguments topiques que l'on a employés pour s'opposer à une alliance quelconque avec les Jacobins, je ne puis m'empêcher de penser qu'en général ceux qui ont recouru à ces arguments étaient principalement mus par leurs craintes sur le sort des membres de leurs familles restés en France : beaucoup font tous leurs efforts pour que Ton rave leurs parents des listes d'émigrés. Je n'ai jamais admis ce motif, car j'ai toujours pensé que plus on laissera la nation jouir d'un certain repos, plus il sera difficile de la soulever. Le Directoire, sacbant cela, s'est toujours abstenu de commettre plus d'actes d'oppression qu'il n'était absolument nécessaire pour sa propre sûreté '. »

Un royaliste de l'école de Puisave ne se fût pas autrement exprimé. Heureux de se croire un moment Par-

1 Tilliot à Canning, Aii^sbourg, 3 novembre 1798. — Reçu à Londres le 6 décembre.

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