‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 132 sur 156 · CHAPITRE \. - DECEMBRE 1797-DECEMBRE 1799. '2r · texte numérisé non relu

CHAPITRE \. - DECEMBRE 1797-DECEMBRE 1799. '2r

hitre suprême des affaires européennes, Talbot tenait à se montrer original et personnel dans ses combinaisons; cela est surtout sensible dans une autre dépêche <>ù il affirme la nécessité de donner le signal du mouvement par un « coup de

main » :

« La fameuse insurrection de Paris, le -i septembre 17!)7, a prouvé l'imprudence qu'il y a à s'en fier seulement au jeu naturel de l'opinion publique, et montré la nécessité de tenir prête une troupe d'hommes pour commencer par un coup de main l'exécution de tout plan avant pour objet de changer le système qui a si longtemps prévalu en France, quand on trouvera une occasion suffisamment favorable. Mais on ne pouvait s'en remettre exclusivement à cette troupe, et, afin d'agir avec une certaine chance de succès, il devenait indispensable de chercher un appui chez les personnes à qui pourrait revenir ]a direction des affaires publiques, si le gouvernement actuel était renversé.

a Nous nous sommes d'abord flattés de pouvoir trouver cet appui dans une majorité parlementaire bien disposée; mais les mesures adoptées par le gouvernement avant les dernières élections ont mis fin à nos espérances; et, comme il y avait peu à faire de ce côté, on a jugé utile d'essayer de détruire la confiance de la nation dans ses représentants, en poussant les Jacobins à prendre la tête de l'opposition. Le parti modéré des Conseils s'est tellement avili aux veux de l'opinion par sa pusillanimité et son acceptation d'un accroissement de salaire, qu'il a perdu depuis longtemps toute influence

« Le gouvernement a été très-embarrassé par l'assistance apparente donnée aux Jacobins, et ces opposants furieux ont été à plusieurs reprises tellement enhardis et exaspérés, qu'ils songent sérieusement à renverser le Directoire par la violence. Si cette tentative avait réussi, il v a tout lieu de croire que les convulsions qui en seraient résultées auraient profité aux rovalistes : ils sont tout prêts à tirer parti de cette situation. En fomentant cette animosité entre les Jacobins et le Directoire, on a tellement détourné l'attention de celui-ci que les royalistes ont pu agir sans être dérangés ni presque remarqués1 »

1 Talbot à Canning, 25 novembre 1798. — Reçu à Londres le 16 décembre.

Talbot n'était pas seul de cet avis; il avait entendu parler Royer-Collard, en qui l'on avait la plus grande confiance, .. parce qu'il est clairvoyant et peu enthousiaste >> . Royer- Collard disait que l'opinion ne s'était jamais prononcée aussi fortement en faveur de la royauté; avant le 18 fructidor, on ne pouvait espérer qu'un transfert du gouvernement en des mains plus modérées; maintenant, on devait compter sur la restauration de la monarchie; les sections étaient prêtes, les officiers bien disposés, notamment le commandant des troupes dans le ravon constitutionnel ; à défaut de Pichegru, Moucey dirigerait l'insurrection.

Quant aux moyens d'exécution, ils étaient élémentaires : avoir plusieurs lieux de réunion aux environs de la capitale; entrer dans Paris vingt-quatre heures avant le moment fixé pour le « coup de main » ; si l'on chassait le Directoire, le tocsin sonnerait pour réunir les sections; le roi serait proclamé, la Constitution abolie, le gouvernement remis, jusqu'à l'arrivée du roi, à une commission composée de quatre victimes de la loi du 19 fructidor an V : Jourdan (des Bouches-du-Rhône), Quatremère de Quincy, Pouchet et Royer-Collard. En plus des sommes déjà déposées à Lyon et à Paris, Talbot allait ouvrir un crédit d'un million de livres françaises. Pour agir, on n'attendait plus qu'un « motif puissant » : par exemple, la reprise des hostilités, l'augmentation des impôts ou quelque mesure violente.

Talbot s'écartait singulièrement de la teneur de ses instructions premières; on verra comment lord Grenville jugea sa, conduite et quelle impression produisit à Londres ce plan d échauffourée rovaliste auquel il est si intéressant de voir mêlé le nom du futur chef des doctrinaires. Talbot croyait sans doute tenir la clef de son avenir diplomatique; il ne lui manquait que talent et prudence pour réussir.

Pour plus de sûreté, il a répandu le bruit que, nommé à Saint-Pétersbourg, il ne s'est arrêté que par hasard sur les frontières suisses. Il s'efforce de cacher soigneusement ses

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