CHAPITRE X. — DECEMBRE 1791-DECEMBRE I7'i9. 2(iT
relations avec les royalistes, et cependant, il a, flans une ville comme Ausbourg, où tout s ébruite, des entrevues avec d'André, de Précy, l'abbé Delamarre '. Il est beureux de dire à son gouvernement que ses correspondants d'Alsace craignent des changements de garnison et voudraient agir tout de suite, pour ne pas être arrêtés ou tout au moins retardés par ces changements". Il indique qu'il serait utile d'exciter quelques petites insurrections dans la Provence, le Vivarais, le Labour et la Saintonge, à titre de diversion. Il parle d'envoyer de grandes quantités d'armes sur les côtes de la Méditerranée. Une déclaration désintéressée de la part de l'Autriche ferait le meilleur effet sur les troupes républicaines 3. Chose étrange, les agents du roi ont osé écrire à Mittau sans le consulter, pour demander qu'on leur envoyât un prince du sang. Mais, cbose bien plus étrange encore, Talbot est si enthousiaste, si crédule, qu'il ne s'aperçoit nullement qu'un plan présenté en octobre comme immédiatement réalisable n'a, quatre mois après, reçu aucun commencement d'exécution; la plus simple réflexion devrait cependant lui montrer qu'on en veut surtout à son argent. Aussi reçoit-il bientôt de Londres une leçon des plus sévères :
« Je n'entends nullement vous blâmer, si, soucieux des intérêts de votre pays, vous avez dépassé les limites qui avaient été assignées à votre conduite... Mais je ne puis vous cacher que le plan qui a été formé à Paris en vue de frapper un coup, qui (si j'entends bien les phrases dont on se sert pour le décrire) ne serait rien moins qu'un attentat contre la vie des membres du Directoire, ne serait aucunement approuvé ici, et doit être rejeté immédiatement et absolument, comme une mesure que Sa Majesté condamne entièrement, parce qu'elle répugne aux sentiments d'honneur et d'humanité qui, quels que soient le caractère et la conduite de l'ennemi, conviennent à une nation civilisée et sont
1 Ce sont probablement les trois agents dont il a été question plus haut. — Précy n'approuvait plus les insurrections. - 2 janvier 1799.
3 9 lévrier 1799.
nécessaires pour conserver à la guerre les lois et les droits que la civilisation lui a reconnus.
« Vous devez donc sans retard mettre clairement un terme à la négociation en question, à supposer qu'elle ait pour objet ce qui vient d'être indiqué, et, si vous avez déjà fait des avances d'argent pour les opérations dont cet attentat devait faire partie, vous devez vous efforcer de faire rentrer l'argent dans vos mains... Je ne puis que regretter que vous vous soyiez cru autorisé à accéder à ces propositions et à faire des traites sur Londres... sans avoir reçu d'ordres positifs, car il est peu probable qu'une^ occasion se présente qui soit assez urgente pour vous empêcber d'en référer
« En renonçant à suivre la négociation et en faisant entendre que vous ne pourrez jamais être autorisé à la renouer pour un tel objet... je n'entends cependant point que vous interrompiez entièrement le service d'informations (pie vous pouvez avoir établi, soit pour être renseigné sur l'état des affaires en France, soit pour poser les bases dune coopération future aux efforts des Suisses, au cas où la reprise des hostilités par la cour de Vienne permettrait de travailler à la délivrance de leur pays.
« La situation de la France semble ne laisser que peu de place... à un essai de donner un tour favorable aux élections des Conseils; il est donc évident que, pour le présent, une somme trèsrestreinte... vous suffira pleinement; il est à peine conforme à l'objet général de votre mission de consacrer une aussi forte somme à des mesures d'un caractère aussi vague que la corruption d'individus de rang ou de caractère quelconques à l'intérieur, sans savoir exactement l'époque et l'endroit où leurs services pourront être rendus applicables à la Suisse.
« Il me reste à parler des rapports avec les agents immédiats du roi de France, rapports que, j'en suis convaincu, vous n'avez pas été à même d'éviter, mais qu'il est très-important de restreindre. Lu ce qui concerne l'objet de votre mission, les affaires de Suisse, une intervention ou une apparence d'intervention de leur part ne peut qu'être mauvaise. En recevant des informations de l'intérieur, vous aurez découvert combien ils sont plus soucieux de poursuivre des intrigues séparées que de soutenir vos vues avec zèle ou efficacité. Et, quant aux affaires du Roi et du parti royaliste en France, au cas où ils s'en serviraient comme d'un prétexte à continuer leurs relations avec vous, Sa Majesté ordonne