CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DEGEMBRE IT9Q
que, pour le moment, aucune mesure ne soit [irise sans qu'il en ait été traité ici, par l'entremise du duc d'Harcourt.
« La même réserve doit être pratiquée à l'égard des dispositions qui peuvent exister dans les parties de la France avec lesquelles vous êtes entré en communication. L'insurrection n'y serait désirable qu'en tant qu'elle servirait de diversion contre l'armée républicaine de Suisse; il ne serait ni utile ni justifiable d'encourager une partie du pays à se déclarer contre le gouvernement, avec la certitude d'une prompte défaite, qui sera inévitable s'il n'y a point de mouvement général et combiné; — ce n'est que dans la mesure où elles influeront sur les affaires de la Suisse que les affaires de l'intérieur de la France doivent être prises par vous en considération.
« Cette remarque s'applique naturellement à la proposition de faire débarquer une quantité d'armes sur la côte méridionale de la France; je ne saurais aucunement vous autoriser à prendre un engagement à ce sujet '... »
Le désaveu était formel et ne portait pas seulement sur la complicité de Talbot dans un complot d'assassinat, mais sur l'ensemble de sa conduite. Ses instructions originaires interdisaient à cet agent d'entrer dans aucune combinaison, tant que la coalition ne se serait pas reformée. Il s'en était écarté ; il avait excédé ses pouvoirs. Le gouvernement britannique saisit le premier prétexte pour le rappeler : les opérations militaires étant sur le point de reprendre, Talbotfut nommé, le 15 mars, chargé d'affaires à Stockholm, et remplacé en Souabe par le colonel Crawfurd.
Les instructions données à Crawfurd montrent combien peu Talbot avait compris les intentions de son gouvernement. Elles montrent aussi et surtout que l'Angleterre, dans son long commerce avec l'émigration, en était arrivée à juger inutile le concours des rovalistes et à vouloir se servir d'eux comme d'un moven, non d'obtenir ce quelle cherchait dans la guerre, mais de le garder une fois qu'elle l'aurait obtenu :
1 Lord Grenville à Talbot, 25 janvier 1799.
« Vous devez faire entendre uniformément que Sa Majesté* pense que c'est seulement par le succès des ennemis extérieurs du gouvernement français que Ton peut ouvrir une voie sûre à une insurrection heureuse de l'intérieur contre la tyrannie dont la France gémit en ce moment.
« Vous donnerez à ceux avec qui vous causerez de cette question l'assurance que Sa Majesté est toute disposée à faciliter l'exécution de ce plan, en prêtant toute l'assistance qu'elle pourra aux amis de l'ordre, du bon gouvernement et de l'ancienne monarchie1. »
De dépenses, il n'en faut faire que pour la correspondance, les secours de première nécessité aux émigrés entretenus jusque-là par Wickham, et les principaux officiers de Précy qui formeront peut-être les cadres d'une armée, si une irruption en France est jamais possible. On est donc loin de ce rêve des amis de Puisaye qui voulaient devenir les alliés et non plus les protégés du cabinet de Saint-James; c'est une simple aumône qu'on leur donnera.
Les premiers succès de la coalition en Allemagne et en Italie ranimèrent les espérances de l'Angleterre; le 6 juin 1799, Wickham reçut l'ordre de partir pour la Souabe en vue d'agir sur les royalistes et surtout d'aider au rétablissement en Suisse des anciens gouvernements renversés par les républicains. Relativement à la France, lord Grenville renvoyait Wickham à ses instructions antérieures et à celles du colonel Crawfurd. Sans vouloir cesser la correspondance ni refuser des secours aux agents, le cabinet britannique entendait allouer à ces divers services une somme fixe, qui ne devrait être dépassée « sous aucun prétexte » . A son départ de Suisse, Wickham avait parlé de 30,000 francs par mois ; cela devrait suffire à tous les besoins (correspondances, allocations aux agents et aux proscrits, etc.) ; Wickham était même invité à réduire ses dépenses à 20,000 francs par mois, si cela était possible.
On avait promis autrefois à Pichegru, à Précy, aux princes,
1 Lord Grenville au colonel Crawfurd, 18 mars 1799.