CHAPITRE \. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE
il assister tout parti intérieur capable de « résister ouvertement et directement au gouvernement tyrannique de la France, ou de coopérer efficacement avec les alliés dans »<• sens » . Sans discuter la question de savoir si ces engagements de date ancienne n'étaient pas éteints par une sorte de prescription, s'ils n'étaient pas modifiés par les derniers événements, Grenville ordonna à Wickham de faire valoir cette considération que les subventions que Sa Majesté Britannique entendait accorder à la Suisse contre-balanceraient et au delà l'avantage que les royalistes eussent retiré de secours directs. D'ailleurs, et cela avait toujours été convenu, l'appui pécuniaire de l'Angleterre n'était destiné qu'à faciliter le premier effort des rovalistes, leur résistance à la première attaque de la part de leurs ennemis; aussitôt après, les provinces françaises ralliées à la monarchie, devaient subvenir à leurs besoins. Ce but ne serait-il pas « au moins aussi bien » atteint maintenant par une invasion du territoire français par les alliés? ou par une diversion si puissante sur les frontières que le Directoire fût obligé de retirer ses troupes des départements où 1 insurrection rovaliste était possible? Wickham, à moins d'une nécessité urgente, ne devait faire aucune avance de ce chef.
En fait, l'Angleterre retirait aux royalistes sa protection, et, pour justifier sa décision, lord Grenville se fondait sur des motifs qui eussent pu tout aussi bien influencer sa conduite dans les précédentes campagnes. Il espérait peut-être que la coalition montrerait dorénavant plus de cohésion ; par conséquent, l'appui de l'intérieur lui serait moins utile : de là un désir fort naturel de se délivrer d'amis coûteux et gênants.
Toute négative en ce qui concernait les royalistes, la mission de Wickham était au contraire très-positive à l'égard de la Confédération helvétique et des armées coalisées. Pendant les premiers temps de son séjour sur le continent, Wickham voyagea fréquemment dans les cantons pour y reformer le parti conservateur et antifrançais; il s'occupa minutieusement de la campagne de l'archiduc Charles, qui se plaignait d'être
négligé par sa cour, de n'avoir ni instructions ni infanterie ' ; il s'efforça d'établir l'entente entre les Russes et les Autrichiens pour les pousser en avant; en un mot, son objectif principal était d'organiser les opérations militaires des armées alliées.
Mais, si l'on semblait vouloir ainsi se désintéresser à Londres des royalistes de France , la cause du royalisme luimême restait en faveur auprès des ministres anglais. Les garnisons françaises qui avaient capitulé en Italie avaient été autorisées à faire le service de l'intérieur. « Les royalistes ont protesté très-vivement et justement» , écrivit lord Grenville à Wickham % et il lui annonça que l'on s'était concerté pour insérer à l'avenir dans toutes les capitulations une clause interdisant aux troupes de servir « contre tout parti agissant au nom de Louis XVIII ». Certes, rien de plus facile que de vit lier dans la pratique une semblable stipulation; mais elle aurait au moins J'avantage « de mettre les royalistes sur le même pied que les alliés, et de leur rendre la confiance, à un moment où ils semblent devoir être contraints à l'action » .
Ce n'est pas la seule trace de cette préoccupation que l'on rencontre dans les dépêches de lord Grenville; quelques jours plus tard 3, en effet, il invita Wickham à se concerter avec 1 archiduc sur un plan de campagne, dont l'un des principaux points devait être de mettre en avant le nom et la personne du comte d'Artois, pour que ce prince levât en France l'étendard de la royauté; Sa Majesté Britannique venait d'autoriser Monsieur à partir pour la frontière suisse vers la mi-août. Accompagné seulement de trois ou quatre personnes et caché sous un nom d'emprunt, il ne se ferait connaître qu'après l'entrée des coalisés en France, au moment de prendre le commandement de ses partisans; encore serait-il invité à ne point régler par lui-même avant la restauration officielle de la monarchie certains points de gouvernement civil. C'était sans
1 Wickham à lord Grenville, 29 juin 1799. - 23 juillet 1799.
8 30 juillet 179'J.