‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 141 sur 156 · CHAPITRE XI. — DÉCEMBRE I799-JCIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — DÉCEMBRE I799-JCIH

tant que la flotte anglaise et le corps de débarquement ne feront point leur apparition.

Encore importe-t-il d'agir sans délai; mais, d'après les instructions de la cour de Londres, Willot ne doit entrer en France qu'avec des pouvoirs de Louis XVII l : un premier retard en résulte, car ces pouvoirs n'arrivent en Suisse que le 21 mars. Quelle en était la teneur? Wickham, dans une dépêche du 2G mars, dit que, copiées sur un modèle que luimême avait t'ait, les instructions données à Willot « lui laissent expressément la faculté d'employer le langage républicain et de déclarer son adhésion à la constitution telle qu'elle existait avant le 18 fructidor, s'il croit utile aux véritables intérêts de la cause du Roi d'en user ainsi au début » .

C'est là une concession capitale, et l'on conçoit malaisément que Louis XVIII en soit arrivé à ce degré de condescendance et d'oubli des principes qui ont toujours été sa règle. D'ailleurs, le 10 avril, Wickham envoie à lord Grenville des pouvoirs donnés à Willot, d'autres à un commissaire civil qui devait accompagner le général, à la date du 23 février : dans aucune de ces deux pièces on ne retrouve la trace de ce que dit Wickham. Willot. est nommé commandant en chef du Dauphiné, de la Provence, du Languedoc, du Vivarais, du Rouergue, de la Gascogne, de la Guyenne et de la Saintonge ; il est appelé à nommer ses officiers, à recevoir le serment de fidélité, à promettre aux déserteurs des armées républicaines la conservation de leur grade ou même de l'avancement. Quant au commissaire civil, il peut faire tout ce qu'il jugera convenable pour rétablir dans les mêmes provinces la religion et l'autorité du roi; il doit promettre l'amnistie, et «s'il est des forfaits que nous avons dû excepter de cette promesse par notre déclaration du mois de juillet 1795, dit Louis X^ III, il n'en est point cependant qui ne puisse s'effacer par de grands services rendus à Ihtat » . Le commissaire doit en outre interdire toute procédure criminelle, toute vengeance particulière; commissionner les officiers publics en fonction, s ils

prêtent serment, destituer tous les autres; percevoir fies impôts « qui seront établis... en apportant toutefois dans cette perception les ménagements que la situation des contribuables exige » ; protéger tous les habitants et assurer la sûreté « de ceux que leur conduite à notre égard aurait pu rendre plus répréhensibles, d'autant mieux que nous aimons à croire que la plupart d'entre eux nous sont demeurés secrètement fidèles» ; suspendre provisoirement toutes les fonctions existant avant le 1" janvier 1791 . Enfin, tous les pouvoirs donnés antérieurement par Louis XVIII, tant au civil qu'au militaire, sont révoqués.

Certes, il y a de nombreuses différences entre ces instructions et celles données à Précy dans une circonstance analogue, quelques années auparavant. L'amnistie, telle qu'on l'admet maintenant, est infiniment pluscompréhensive qu'autrefois; on ne songe plus à rétablir tout d'une pièce l'ancienne administration. Mais on est loin encore des intentions prêtées par Wickham à Louis XVIII; il est possible, quoique improbable, que des instructions secrètes dont Wickham aurait eu connaissance aient été données. Le texte en manque aux archives anglaises.

Une fois muni de ses pouvoirs, Willot partit; mais il avait reçu de Thugut l'invitation de passer par Vienne pour se rendre à Turin : nouveau délai. Pendant ce temps, on parlait sérieusement de l'établissement d'un camp républicain à Dijon, ce qui eût singulièrement entravé l'action de Willot. Toutefois, malgré le départ des Russes de la frontière orientale de la France, malgré la défaite des rovalistesde l'Ouest, la situation du gouvernement consulaire n était pas encore très-affermie : Bonaparte craignait une jonction des Russes de la Baltique avec ceux de Jersey pour opérer une descente dans l'Ouest '.

1 Une dépêche de Wickham du 26 mars 1800, reçue à Londres le 8 avril, montre combien le caractère de Bonaparte se dessinait déjà; décidé à tout briser autour de lui, il cherchait à se former une com choisie en dehors du monde républicain :

■ J ai reçu un rapport qui est peut-être digne d'être communiqué à Votre

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