‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 142 sur 156 · CHAPITRE XI. — DECEMBRE I799-JC1N · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — DECEMBRE I799-JC1N

Willot arriva enfin à Turin vers le milieu du mois d'avril , en retard de deux mois, presque jour pour jour, sur I époque primitivement fixée pour l'entrée en action. Rien à regretter cependant : les succès des autrichiens sur la rivière de Gènes étaient du meilleur augure, et firent croire que les sommes dépensées pour préparer l'insurrection avaient déjà produit les plus heureux effets1.

D'un autre côté, des symptômes peu satisfaisants se manifestaient parmi les royalistes. Louis XV11I avait donné la direction des affaires de l'Ouest à son frère, le comte d'Artois, qui résidait alors à Londres. Le 17 février, le duc d'Orléans avait écrit, en son propre nom et au nom de ses deux fils, une lettre de soumission au prétendant; ainsi donc, aucune compétition n'était à craindre de ce côté. Mais les appréhensions de la cour de Mittau se reportaient sur Monsieur, depuis que le duc d'Anpoulême avait épousé la fille de Louis XVI : on redoutait qu'il n élevât quelques prétentions à la couronne, et, malheureusement pour le parti, la conduite du comte d'Artois prêtait à ces soupçons. Non content des pleins pouvoirs

Seigneurie touchant un entretien du Premier Consul avec M. de Hourmont; le Consul se servit à peu près des termes suivants :

« Si vous voulez retourner en Angleterre, je vous en faciliterai les moyens; « mais si, au contraire, votre intention est de rester ici, je vous invite très-fort ■ à vous tenir tranquille, car vous serez soumis à une surveillance très- « sévère, et au moindre écart je vous ferai fusiller; vous en Feriez autant à « ma place. J'irai commander l'armée du Rliin, et je ne veux laisser derrière « moi rien qui m'inquiète. Si vous désirez prendre du service dans les troupes « de la République, je vous placerai convenablement à vos talents, je serai « charmé de vous avoir, et je compterai bien plus sur votre attachement <pie « sur celui de tous les gens qui m'environnent et qui me craignent bien plus « qu'ils ne m'aiment. »

« Dans un autre moment, il a ajouté : « Si vous eussiez réussi, tout ce que « vous pouviez espérer de mieux, c'était l'épée de connétable, c'est-à-dire « la seconde place de l'Etat. Quant à moi, je suis à la première, et j'v res- « teiai. J'ai eu quelques succès, peut-être ai-je quelques talents, mais sùre- « ment ai-je du bonheur, et je compte sur mon étoile. ■ Dans le cours du même entretien, le Consul répéta plusieurs fois : .< Mais pourquoi le comte « d'Artois n'était-il pas en Vendée? » d'une façon qui montrait évidemment son désir d'exciter le mépris contre les princes français. » — Texte français.

1 Wickham à lord Grenville, 23 avril 1800.

qu'il avait sur une partie de la France , ce prince envoyait des agents dans les provinces du Midi, sur lesquelles il n'avait aucune juridiction. Wickham lui fit une première fois adresser des remontrances par un ami commun, le baron de Roll : Monsieur promit de ne plus se livrer à ces excès de zèle. Il continua cependant ses errements, avec la complicité de Dutheil qui représentait alors Louis XVIII auprès du gouvernement anglais. Malgré tous les efforts de Wickham, un Suisse, nommé Bourret, fut envové dans le Midi, où il se présenta comme l'agent de Monsieur, et sut gagner la confiance de plusieurs personnes, avant que Wickham eût pu les mettre en garde1.

La conduite de Monsieur ne pouvait que jeter le désordre et l'insubordination parmi les rovalistes; il était évident qu'un jour où l'autre des ordres contradictoires partiraient des deux partis qui prétendaient à la direction des affaires. Le plus grave, c'est que, par ses obsessions incessantes auprès du cabinet britannique, le comte d'Artois en était arrivé à influencer les ministres anglais, de manière à contrecarrer les vues de Wickham : ainsi, «à une époque où l'on pensait que Pichegru serait utile soit à l'Est, soit au Midi, lord Grenville invita Wickham2 à faire passer ce général en Angleterre, sous prétexte de le consulter, suivant le désir de Monsieur, sur un projet d'expédition au Nord ou à l'Ouest, qui devait se réaliser vers la fin de juin.

Monsieur cherchait ainsi à accaparer un à un tous les ressorts de (intrigue royaliste. Depuis le 18 fructidor, les débris de l'agence de Paris avaient été placés sous sa direction; un jour, il pria d'André, qui, de la Suisse, correspondait trèsactivement avec Paris, de venir le trouver en Angleterre : il le suspectait d exciter les sentiments de jalousie du prétendant contre son frère, alors que d'André avait au contraire fait tous ses efforts pour calmer ces sentiments et faire étendre l'autorité

i Wickham à lord Greimlle, 26 avril 1800. ; 10 ...ai 1800.

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