‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 143 sur 156 · CHAPITHF. XI. — DECEMBRE 1799-JUIN 1801. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITHF. XI. — DECEMBRE 1799-JUIN 1801. 2S

de Monsieur, mieux placé selon lui pour diriger les affaires '. Hais d'André, conseille par VVickham, avait toujours entretenu

des relations très-suivies avec les favoris de la cour de Mittau, notamment avec l'abbé Delamarre ou abbé André, Savoyard intrigant et débauché dont d'Avaray s'était >ervi pour faire disgracier La Vauguyon, et, depuis lors, seul émissaire confidentiel de Louis XVIII. Or, l'abbé Delamarre était précisément cause, plus ou moins directement, de la froideur survenue entre les deux princes : au commencement de 1798, il avait fait un voyage à Londres, et avait été fort mal reçu par Monsieur, d'IIarcourt et Dutheil ; depuis cette époque, les relations entre Mittau et Londres étaient extrêmement tendues, et si d'André allait à Londres, il se perdrait auprès de Louis XVIII. D'André refusa donc de se rendre à l'invitation qui lui était adressée. Il prétexta qu'il ne pouvait s'absenter avant d'être fixé sur le sort de Willot, ni communiquer le nom de ses amis sans leur assentiment et sans celui du roi. G était en effet une croyance répandue en France que toutes les personnes correspondant avec Monsieur étaient compromises par la légèreté de son entourage. Les agents de d'André lui déclarèrent que, s'il livrait leurs noms, ils cesseraient tous rapports avec lui; un moment même, croyant la chose déjà faite, ils envoyèrent leur démission. Il était extrêmement important de conserver les sources d'information qu'avait d'André : avant le 18 fructidor, il avait travaillé au changement d'opinion qui se manifesta dans les Conseils; puis, tandis que les proscrits se disputaient à l'étranger, il avait renoué ses relations avec quelques personnes que leur prudence avait fait échapper au péril*. C'était encore par d'André qu'on avait su les plans militaires du gouvernement français, les correspondances échangées

1 Wickham à lord Grenville, 16 août 1800.

2 Wickham à lord Grenville, 16 août 1800. Parmi ces personnes se trouvait Lebrun, qui, avant son consulat, écrivait au roi, et voyait maintenant des intermédiaires; il exprimait « son désir de servir le roi dès qu'une occasion Favorable se présenterait », mais considérait la chose comme impossible « tant que Bonaparte resterait conquérant ».

entre Thugut et Talleyrand durant l'hiver 1799-1800. Un instant, avant le 18 fructidor, Wickham avait cru que les royalistes de l'intérieur, appuyés par le seul argent de l'Angleterre, amèneraient la restauration : après comme avant, il pensa l'invasion d'une armée étrangère nécessaire. Aussi, lorsqu'il exposait les avantages des agissements de d'André, les considérait-il comme un corollaire utile, plutôt que comme l'élément principal de l'entreprise. Mais cela suffisait pour qu il employât toute son énergie à résister aux empiétements du comte d'Artois.

La ruine de toutes les espérances autrichiennes en Italie rendit celte résistance inutile : les projets de Willot avortèrent '. Mêlas, Thugut prétendirent que, par la faute de "Willot, ils n'avaient pas connu la vérité sur l'armée de réserve réunie par Bonaparte à Dijon, ni sur aucun des plans du Premier Consul. C'était un mensonge de plus. Le passage du Saint-Bernard n'avait été projeté qu'au mois d'avril : à cette époque, Willot était encore à Vienne, et les Autrichiens étaient seuls responsables du retard apporté à son arrivée en Italie. D'ailleurs, le service de la correspondance avait continué par d'André et Wickham, et toutes les informations qui leur parvenaient étaient communiquées au quartier général autrichien. Vers le 2G avril, les Autrichiens eux-mêmes firent part à Wickham de l'intention qu'avait Bonaparte de se rendre en Italie par la Suisse avec 50,000 hommes. Vers le 10 ou le 12 du même mois, les émissaires chargés d'apprendre à Wickham le mouvement des troupes de Dijon sur Genève furent arrêtés et retenus aux avant-postes de M. de Kray, quoique munis des lignes de reconnaissance convenus, puis relâchés sur la demande du ministre anglais. Vers le 1er mai enfin, eut lieu une arrestation du même genre : l'agent porteur du plan détaillé du Premier Consul ne rejoignit Wickham que le 18; le

1 Toutes les lettres de Willot .'< Wickham, pendant son séjour en Italie, g égarèrent; Wickham ne sut donc que fort mal le détail dr, événements

antéiieins à la bataille de Marengo.

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