CHAPITRE XI. — DECEMBRE H99-JUIN
avait-il guère que des officiers, dont les familles encombraient
l'année '. Quant aux soldats, il était difficile d'en recruter : peu d'individus désertaient les rangs français; d'autre part, on risquait, en incorporant les prisonniers, d'introduire dans l'armée de Condé de mauvais éléments'. On ne pouvait donc compter sur la valeur militaire de cette troupe.
La première pensée qui vint à l'esprit des agents anglais fut d'envoyer Condé dans la Méditerranée pour le comprendre dans le débarquement projeté sur les côtes de France. Pour que ce plan aboutît, il fallait que l'Autriche y prêtât son concours en assurant, moyennant indemnité, les fournitures du corps expéditionnaire et en lui adjoignant quelques régiments de cavalerie 3.
La guerre d'Egypte empêcha 1 Angleterre de donner suite à ce projet : lord Grenville ordonna à Wickham de diriger Condé soit sur le Piémont, soit sur l'armée du général de Kray*. Mais la retraite de Mêlas, qui quitta la ligne du Var pour venir se faire battre à Marengo, ne laissait point d'alternative : l'Italie étant perdue, Condé dut joindre l'armée d'Allemagne. Les derniers événements de la campagne amenèrent Thugut à fermer les yeux sur les inconvénients qu'il voyait à ce qu'un corps royaliste servît d'auxiliaire à l'armée autrichienne 5. Condé avait en ce moment 5 400 hommes mal armés, mal équipés, suivis de femmes, d'enfants et de malades : pour ces derniers, on forma un dépôt à Rastadt, et Condé se posta sur l'Inn, à Rosenheim6. A partir de ce moment, le prie.ee prit part aux opérations militaires qui aboutirent à la bataille de Hohenlinden.
Les Autrichiens étant définitivement vaincus et disposés à traiter, Wickham dut s'occuper à licencier les corps soldés
1 Raïusay à lord Grenville, 4 mai 1800^
2 Ramsay à lord Grenville, 12 avril 1800.
a Lord Grenville à Wickham, Il avril 1800. '' Lord Grenville à Wickham, 19 avril 1800.
5 Lord Grenville à Wickham, 24 mai 1800.
6 Ramsay à lord Grenville, 20 juillet 1800.
li).
par l'Angleterre. Il se rendit à Vienne et se prépara à embarquer celui de Condé pour l'Egypte : beaucoup d'officiers et de soldats, considérant que leur devoir de royalistes était accompli, ne cachaient point leur désir de rentrer en France, à moins qu'on ne s'engageât à les entretenir sans les employer en Egypte. Wickham, convaincu que la plupart déserteraient à l'arrivée au port, chercha à éviter les frais : il promit six mois de pave à tout officier, huit mois à tout soldat qui quitterait l'armée avant le 5 février 180] '. Le 31 janvier, tout le régiment d'Enghien, à l'exception des officiers, passa à l'ennemi avec armes et bagages 2. L'Autriche cherchait à hâter le départ, tandis que les royalistes ne voulaient pas se prononcer avant de connaître la destination définitive du corps. Wickham dut reporter le ternie qu'il avait fixé du 5 au 20 février. Mais Condé, méconnaissant tous les services que lui avait rendus le gouvernement anglais, excitait l'insubordination et la résistance par la légèreté de ses paroles.
Le 13 février, lord Grenville donne à Wickham l'ordre de licencier tout le corps de Condé, si l'on ne peut former avec ses débris une troupe capable de servir avec avantage en Egypte ; quant au prince lui-même, sa situation sera ultérieurement réglée, mais il est autorisé à venir s'établir en Angleterre. Le 28, Wickham, qui n'a pas encore reçu ces nouvelles instructions, écrit que la désertion prend des proportions effrayantes, et que la dissolution du corps noble devient indispensable; cela produit un effet déplorable sur les Suisses, déjà rebelles à l'idée de faire une traversée maritime ; le duc d'Enghien refuse de commander, si l'on ne renonce à l'expédition d'Egypte. Enfin, ce qui est plus grave encore, on a de sérieux motifs pour craindre que la France ne considère l'embarquement dans un port autrichien comme une violation de l'esprit du traité de Lunéville.
1 Wickham .'i lord Grenville, 25 janvier 1801. - Wickham à lord Grenville, 3 février 1801.