‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 18 sur 156 · CHATITUE II. — MARS-JUIN 1 T · texte numérisé non relu

CHATITUE II. — MARS-JUIN 1 T

d'agir sur-le-champ : si, par exemple, la Convention attaquait Lyon inopinément. Dans ce cas, il faudrait s adresser sain retard au Piémont pour lui demander de laide. Mais il était de toute importance d éviter les scènes du genre des dernières, afin d'écarter une telle occurrence; on devait aussi chercher à se concilier les hahitants des campagnes, annoncer I arrivée de Précy pour le jour où les sages, et non plus seulement les jeunes, le demanderaient; enfin, assurer chacun des dispositions conciliantes des princes.

Quoique sans instructions, Wickham déclara à lord Grenville qu'il n'hésiterait pas à faire des avances aux insurgés si Lyon était forcé de se défendre. 11 caressait toujours 1 idée de faire de Lyon le véritable cenlre d'action, chose assez facile, grâce aux relations toutes spéciales qui existaient entre la ville et Précy; quelques détails seraient seuls difficiles à régler. Par exemple :

« Le mot indemnité sonne mal à l'oreille de beaucoup de Français, que l'on pourrait aisément amener à consentir les sacrifices que le gouvernement anglais a le droit de réclamer, en flattant leurs passions et leur vanité '. n

Mais on ne devait pas s effrayer pour si peu : l'intervention anglaise était plus aisée à Lyon que dans le Midi, parce qu'elle exciterait moins de jalousie chez les Autrichiens; puis, l'Angleterre ayant l'intention de lever des régiments français, on pourrait opérer à l'intérieur, une fois que Lvon se serait déclaré; peut-être le gouvernement britannique perdrait- il ainsi une partie de l'influence qu'il voulait acquérir par cette mesure, mais le résultat général serait bien plus considérable. Les princes enfin, Condé notamment, étaient d'accord pour que la direction de l'affaire fût confiée à Précy8.

Wickham commençait à s'abandonner à l'enthousiasme et semblait préférer aux intérêts particuliers de sa cour ceux de

1 Wickham à lord Grenville, 15 mai 1795.

2 Wickham à lord Grenville, 10 mai 1795.

la cause commune ; dans ses lettres à Trevor et à Précy, il montrait une telle confiance qu'il leur parut songer à encourager l'insurrection de Lyon, en dehors même à-e toute invasion régulière de la France par les armées coalisées. Il dut expliquer1 que telle n'était nullement sa pensée : il n'avait entendu parler que du cas où Lvon serait forcé de s'insurger sans attendre un secours armé du dehors. Trevor cependant cherchait à calmer la fièvre qu'il voyait naître chez son collègue :

« Une grande prudence est nécessaire. — Je crois que la première impulsion doit venir de Paris. Lyon peut faire beaucoup en secondant et peut tout ruiner en se montrant trop ardent à jouer un rôle trop considérable et prématuré'.»

Et en effet, 1 insurrection de Lvon n'atteindrait pleinement le but que l'on s'était proposé que si elle était combinée avec une invasion du territoire français par les armées coalisées : or, à Vienne et à Turin, les efforts faits par F Angleterre pour donner quelque unité aux mouvements des alliés ne rencontraient que défiance, incertitude ou désir de conclure la paix.

Dès les débuts de Tannée 1705, lord Grenville avait avisé Wickham que le gouvernement autrichien pensait à se servir du prince de Condé pour envahir la Franche-Comté dans la prochaine campagne. Le ministre anglais invitait Wickham à se concerter avec le baron de Degelmann :

« Vous insisterez tout particulièrement, ajoutait-il, sur l'importance qu'il y a... à tout mettre en œuvre pour se concilier le parti royaliste dans les provinces où la tentative doit être faite, et à tirer du rang, de la situation et du caractère du prince de Condé l'aide qu'ils peuvent prêter3. »

D'Artès seconderait l'expédition projetée en soulevant les Franc-Comtois et en cherchant à gagner les armées répu-

1 Wii kham à lord Grenville, G juin 1795.

2 Trevor à Wickham, Turin, 6 juin 1795.

■'■ Lord Grenville à Wickham, 24 février 1795.

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